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En se reproduisant avec des Néandertaliens il y a 50 000 ans, nos ancêtres ont littéralement légué à certains Français un risque accru de dépression

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Vous pensez peut-être que votre carte d’identité génétique se résume à vos ancêtres français, italiens ou bretons. Pourtant, niché au cœur de chacune de vos cellules, un secret bien plus ancien sommeille depuis des dizaines de millénaires. La cause de cette étrangeté biologique ? Une rencontre, il y a très longtemps, entre notre espèce et une humanité cousine aujourd’hui disparue. En cette rentrée d’automne où l’on aime se replonger dans les grandes questions existentielles, voici une histoire qui donne le vertige : celle d’un héritage génétique venu d’ailleurs, transmis de génération en génération sans que personne ne s’en aperçoive pendant des siècles.

À retenir

  • Les non-Africains actuels possèdent entre 1,8 % et 4 % d’ADN néandertalien, issu de métissages survenus il y a 50 000 à 60 000 ans, probablement au Moyen-Orient
  • Certains gènes hérités de Néandertal influencent encore aujourd’hui l’immunité, la coagulation et la résistance ou la sensibilité aux formes graves du Covid-19
  • Les populations subsahariennes ne portent quasiment aucune trace de cet héritage, contrairement aux Mélanésiens qui possèdent aussi 5 à 6 % d’ADN denisovien

L’héritage caché qui traverse 2000 générations

Faites le calcul : cinquante mille ans, cela représente environ deux mille générations d’êtres humains qui se sont succédé sans interruption. Et pourtant, un fragment de notre passé le plus lointain continue de circuler intact dans notre sang, nos os et notre peau. Selon les comparaisons de génomes nucléaires réalisées à l’ENS Lyon, les Homo sapiens non africains possèdent environ 2 % d’ADN d’origine néandertalienne. Des travaux publiés dans la revue Science affinent même cette estimation entre 1,8 % et 2,6 %, tandis que d’autres analyses évoquent une fourchette plus large, allant jusqu’à quatre pour cent selon les populations étudiées.

Ce tour de force scientifique, on le doit en grande partie au paléogénéticien suédois Svante Pääbo, de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionnaire de Leipzig. C’est lui qui a séquencé le tout premier génome néandertalien complet en 2010, un exploit technique récompensé par le prix Nobel de médecine en 2022. Le génome de référence utilisé pour ces comparaisons provient d’ossements retrouvés dans la grotte de Vindija, en Croatie, appartenant à trois femelles néandertaliennes.

Comment des amours interdites il y a 50 000 ans ont façonné notre ADN

Néandertal n’était pas une brute épaisse condamnée à l’extinction sans jamais croiser notre chemin. Cette espèce, apparue il y a environ 400 000 ans et éteinte il y a seulement 30 000 ans, a bel et bien partagé le même territoire que nos ancêtres directs. C’est probablement au Moyen-Orient, il y a 50 000 à 60 000 ans, que sapiens et néandertaliens ont eu des enfants ensemble, mêlant durablement leurs patrimoines génétiques respectifs. Preuve que ce métissage remonte à loin : le génome d’un Homo sapiens vieux de 45 000 ans, retrouvé dans l’ouest de la Sibérie, contenait déjà des segments d’ADN néandertalien bien identifiables.

Les études génétiques réservent aussi leur lot de surprises sur la vie intime de ces populations disparues. L’analyse de la femme de Néandertal découverte dans l’Altaï, en Sibérie, a révélé que ses parents étaient demi-frère et demi-sœur, signe d’une consanguinité très marquée au sein de petits groupes isolés. À l’inverse, le génome d’un Homo sapiens vieux de 34 000 ans, exhumé à Sungir près de Moscou, montre une consanguinité nettement plus faible chez les humains modernes de la même époque, suggérant des réseaux sociaux plus larges et des échanges entre communautés éloignées.

Ces gènes néandertaliens qui influencent encore votre santé aujourd’hui

Loin d’être un simple vestige inerte, cet héritage néandertalien reste bien vivant dans notre biologie. Certains gènes hérités de cette union ancestrale sont encore actifs et utiles, notamment pour l’immunité, la résistance aux virus et la coagulation du sang. Une étude publiée dans la revue PNAS en 2021 a même établi qu’un gène d’origine néandertalienne était associé à une meilleure résistance aux formes graves du Covid-19. Un joli clin d’œil de l’évolution, qui aura mis des dizaines de milliers d’années à révéler son utilité face à une pandémie mondiale.

Mais l’héritage néandertalien ne se limite pas à ce seul coup de pouce immunitaire. Une vaste étude publiée dans la revue Science en 2016, portant sur les dossiers médicaux de plus de 28 000 patients, a mis au jour des associations entre l’ADN néandertalien et une gamme étonnamment large de traits modernes : risque accru de dépression, de troubles de la coagulation sanguine, mais aussi de kératose actinique, ces lésions cutanées causées par une exposition répétée au soleil — un trait qui aurait pu, à l’inverse, favoriser la production de vitamine D chez des Néandertaliens vivant sous des latitudes peu ensoleillées. Plus surprenant encore, certaines variantes néandertaliennes augmenteraient significativement le risque de dépendance à la nicotine.

Une autre étude, publiée en 2017 dans l’American Journal of Human Genetics à partir des données de 112 000 individus de la UK Biobank, a confirmé que l’ADN néandertalien influence également la couleur de peau et de cheveux, la taille, le rythme du sommeil (chronotype « du matin »), et l’humeur.

Un héritage génétique vieux de 50 000 ans, donc, qui continue de façonner discrètement notre apparence, notre santé et même certains de nos comportements.

Pourquoi certains humains n’ont aucune trace de cet héritage ancestral

Si vous êtes d’origine subsaharienne, il y a de fortes chances que votre génome échappe presque totalement à cette histoire. La raison est géographique avant d’être génétique : les populations africaines, dont les ancêtres ne sont jamais sortis du continent avant la grande vague de métissage, n’ont pas croisé la route des Néandertaliens ni des Denisoviens, qui évoluaient eux en Europe et en Asie. Seuls les groupes de sapiens ayant migré hors d’Afrique ont pu se mêler à ces cousins archaïques, expliquant pourquoi cet héritage génétique concerne essentiellement les Européens et les Asiatiques d’aujourd’hui.

Cette répartition inégale n’a rien d’anecdotique pour la recherche scientifique. Elle permet aux chercheurs de reconstituer, presque comme un puzzle, les routes migratoires empruntées par nos ancêtres et les points de contact successifs entre les différentes populations humaines. Chaque fragment d’ADN archaïque retrouvé dans un génome moderne devient ainsi une sorte de balise temporelle, indiquant où et quand ces rencontres ont eu lieu.

Au final, ce petit pourcentage d’ADN néandertalien qui sommeille dans nos cellules raconte une histoire bien plus riche qu’on ne l’imagine. Il témoigne de rencontres, d’unions et de métissages entre espèces humaines que l’on croyait autrefois radicalement séparées. La prochaine fois que vous attraperez un rhume ou que votre sang coagulera après une petite coupure, songez que ce mécanisme doit peut-être un peu de son efficacité à un ancêtre néandertalien resté anonyme pendant des millénaires. Et si notre humanité était finalement moins pure, mais bien plus métissée qu’on ne l’a longtemps cru ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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