Une tour de 210 mètres inaugurée en 1973, puis, quatre ans plus tard, une règle qui interdit à Paris de dépasser 37 mètres. La séquence ressemble à une cause suivie de sa conséquence. La capitale a voulu son symbole de modernité, l’a obtenu, et s’est ensuite interdit d’en bâtir d’autres sur ce modèle.
Le plafond de 37 mètres est né d’un rejet populaire.
À retenir
- La tour Montparnasse mesure 210 mètres et a été inaugurée en 1973.
- Le plafond de 37 mètres a été instauré en 1977 par le Plan d’occupation des sols.
- Bertrand Delanoë a relevé cette limite en 2010, et elle est revenue en 2023.
Sommaire
Malraux, son beffroi et un quartier d’affaires dessiné sur maquette
En 1959, devant la maquette du gratte-ciel censé marquer le futur quartier d’affaires de l’ancienne gare Montparnasse, André Malraux, ministre des Affaires culturelles, lance : « Montparnasse aura son beffroi ! » La formule dit l’ambition : offrir à la capitale un signal contemporain, comme les villes médiévales avaient le leur. Le permis de construire est accordé en 1968 aux architectes Jean Saubot, Eugène Beaudouin, Urbain Cassan et Louis de Hoÿm de Marien.
Le projet dépasse la seule tour. Malraux veut faire de Montparnasse un quartier central, avec une grande tour de bureaux près de la gare, couplée à un centre commercial et à des équipements de loisirs, dont une piscine. Sous terre, des poutres renforcent l’ouvrage et dégagent l’emplacement des voies ferrées, pour un ensemble qui pèse plus de 120 000 tonnes. Le chantier traverse des tensions politiques et médiatiques, des menaces d’arrêt et la colère d’une partie des architectes avant l’inauguration de 1973.
Le résultat mesure 210 mètres, affiche une teinte chocolat, et les Parisiens ne l’aiment pas. Certaines sources, dont Euronews, retiennent plutôt 209 mètres pour la même tour. Elle reste pourtant, d’après la documentation disponible, le plus haut gratte-ciel de bureaux d’Europe jusqu’en 1990.
La « verrue », l’argument de campagne et la règle des 37 mètres
L’œuvre que Malraux avait tant défendue passe au rang d’accusée, raconte franceinfo, et l’on parle de « verrue » dans le paysage parisien. Parmi les reproches, la tour gâcherait des perspectives chères aux Parisiens, dont l’axe Trocadéro-École militaire.
En 1977, ce rejet devient un argument électoral.
Michel d’Ornano, ministre de l’Industrie et candidat à la Mairie de Paris, en fait un thème de campagne. Il sera battu par Chirac. Mais l’idée de limiter la hauteur des tours fait son chemin : quelques mois plus tard, le Plan d’occupation des sols de la Ville interdit toute construction au-delà de 37 mètres. Le Conseil de Paris entérine cette interdiction, comme le rappelait Le Monde en 2007.
Après 1974, le mot « tour » est même banni au profit d’IGH, pour immeuble de grande hauteur, rappelle une sélection documentaire de la Bibliothèque publique d’information. La règle des 37 mètres devait panser ce que beaucoup tenaient pour des plaies architecturales, Montparnasse en tête. Elle admettait pourtant quelques zones d’exception, bien délimitées.
2010, le verrou saute ; 2023, il se referme
La limite de 1977 reste en vigueur jusqu’en 2010. Bertrand Delanoë la relève : 180 mètres pour les bureaux, 50 mètres pour les logements. Les projets qui en découlent, dont le tribunal des Batignolles, la tour Duo ou la tour Triangle (alors en chantier en 2023), rappellent que la capitale compte d’autres tours que Montparnasse.
En juin 2023, le plafond de 37 mètres fait son retour.
Le 5 juin, le Conseil de Paris adopte le plan local d’urbanisme dit « bioclimatique », qui limite les nouveaux bâtiments à 12 étages, soit environ 37 mètres. Les écologistes ont obtenu cette limite, présentée comme la hauteur historique de 1977, a rappelé l’élu Emile Meunier, tandis que les socialistes y avaient dérogé jusqu’à 180 mètres. Les surélévations restent possibles dans les rues les plus larges.
La hauteur n’est qu’une ligne parmi d’autres dans ce texte. Il fixe aussi l’objectif de 40 % de logements publics en 2035, dont 30 % de logements sociaux, et l’ouverture de 300 hectares d’espaces verts supplémentaires à la même échéance.
Ce que l’on voit aujourd’hui depuis la rue
Depuis la plupart des quartiers de Paris, le regard accroche d’abord la silhouette sombre de Montparnasse. Autour d’elle, comme dans le reste de la ville, les immeubles neufs restent sous la barre des 37 mètres. Le contraste que dénonçaient les détracteurs de 1973 s’est donc maintenu, voire accentué, par la règle même qu’ils avaient réclamée.
Le calcul est vite fait : 210 divisé par 37 donne environ 5,7, et il faudrait empiler près de six immeubles de 37 mètres pour atteindre le sommet. La tour fut, selon Wikipédia, le plus haut gratte-ciel de France jusqu’en 2011, avant d’être dépassée par la tour First à La Défense, qui culmine à 231 mètres. Elle demeure à ce jour le plus haut bâtiment de Paris intra-muros.
Le plafond n’a rien d’une loi d’airain : la Ville a prouvé en 2010 qu’on pouvait le relever, et le texte de 2023 ne vise que les nouveaux bâtiments. Montparnasse reste, elle, à 210 mètres, ou 209 selon les sources.
Sources : banquedesterritoires.fr | entreprisesalvodelli.fr


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