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Missiles intercontinentaux, bombardiers, ravitailleurs : jusqu’en 2019, les forces nucléaires américaines se coordonnaient sur des disquettes de 8 pouces

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On imagine souvent l’arsenal nucléaire américain piloté par des superordinateurs dignes de la science-fiction, blindés de processeurs dernier cri. La réalité est tout autre : jusqu’en 2019, le Pentagone coordonnait ses forces nucléaires grâce à un ordinateur IBM datant de 1976, qui lisait encore des disquettes de 8 pouces. Un décalage temporel qui a de quoi surprendre.

À retenir

  • Jusqu'en 2019, le Pentagone utilisait un ordinateur IBM Series/1 de 1976 pour coordonner ses forces nucléaires via le système SACCS.
  • Un rapport du Government Accountability Office publié en 2016 révélait cette obsolescence, tout en soulignant l'avantage sécuritaire de ne pas être connecté à internet.
  • Le remplacement du système par une solution de stockage à semi-conducteurs sécurisée s'est effectivement concrétisé en juin 2019, pour un coût estimé à 60 millions de dollars.

Un système vieux de 40 ans, gardien de l’arme la plus puissante du monde

Difficile à croire, et pourtant c’est noir sur blanc dans un rapport officiel. Le Government Accountability Office, l’équivalent américain de notre Cour des comptes, a publié en mai 2016 un document qui a fait grand bruit dans les milieux spécialisés. On y apprend que le système de commandement et de contrôle du Pentagone tournait sur un ordinateur IBM Series/1, une machine conçue dans les années 1970 et commercialisée en 1976.

Ce dispositif porte un nom à rallonge typiquement militaire : le Strategic Automated Command and Control System, ou SACCS pour les intimes. Son rôle est loin d’être anecdotique puisqu’il coordonne les fonctions opérationnelles de l’ensemble des forces nucléaires américaines. Missiles balistiques intercontinentaux, bombardiers stratégiques, avions ravitailleurs : tout ce petit monde dépend de cette infrastructure pour recevoir et transmettre les messages d’action d’urgence.

Autrement dit, si un ordre venait à être donné concernant l’arme la plus destructrice jamais conçue par l’humanité, il transiterait par une machine plus vieille que la plupart des parents des lecteurs de cet article. Un paradoxe saisissant quand on sait que nos smartphones affichent une puissance de calcul sans commune mesure avec celle de ce vénérable IBM.

Pourquoi des disquettes de 8 pouces ont survécu à cinq décennies de progrès technologique

La question se pose naturellement : comment un tel archaïsme a-t-il pu perdurer aussi longtemps au cœur d’une institution aussi stratégique que le Pentagone ? La réponse tient en une phrase, prononcée par la porte-parole de l’institution, la lieutenant-colonel Valerie Henderson, auprès de l’AFP. Selon elle, ce système reste en service parce qu’« en bref, il fonctionne toujours ».

Cette logique, aussi pragmatique soit-elle, cache une réalité plus préoccupante soulignée par le rapport du GAO : les pièces de rechange de ce matériel sont devenues extrêmement difficiles à trouver, la technologie étant déjà obsolète depuis des années. Imaginez devoir réparer une vieille voiture dont le constructeur a cessé de produire les pièces détachées il y a trente ans. C’est un peu la situation dans laquelle se trouvaient les techniciens chargés de maintenir le SACCS opérationnel.

Il faut dire que l’existence de ces fameuses disquettes de 8 pouces n’était pas totalement inconnue du grand public. Un reportage de l’émission américaine 60 Minutes avait déjà levé le voile sur cette curiosité technologique en 2014, deux ans avant que le rapport gouvernemental ne vienne confirmer officiellement ces informations. Pour rappel, ces supports de stockage, ancêtres lointains de nos clés USB, pouvaient contenir à peine 80 kilooctets de données, soit l’équivalent d’une poignée de photos sur un smartphone actuel.

Le lieutenant-colonel Jason Rossi, qui commandait le 595th Strategic Communications Squadron de l’US Air Force, a d’ailleurs apporté un éclairage intéressant sur cette apparente faiblesse technologique. Selon lui, cette ancienneté constituait presque un atout en matière de cybersécurité, puisque, dans ses propres mots, « on ne peut pas pirater quelque chose qui n’a pas d’adresse IP ». Une façon de rappeler qu’un système totalement déconnecté d’internet échappe mécaniquement à toute une catégorie de menaces informatiques modernes.

2019, l’année où le Pentagone a enfin dit adieu aux disquettes

Le rapport du GAO ne se contentait pas de pointer du doigt cette singularité, il appelait aussi à une modernisation urgente. Selon ce document, référencé GAO-16-468, le Pentagone prévoyait de remplacer entièrement le système d’ici la fin de l’exercice fiscal 2020, pour un coût estimé à 60 millions de dollars. Une première étape plus modeste était toutefois annoncée pour plus tôt : Valerie Henderson avait précisé que les lecteurs de disquettes seraient remplacés par des dispositifs Secure Digital, ces fameuses cartes SD que l’on retrouve dans nos appareils photo, avant la fin 2017.

Dans les faits, le calendrier a finalement été respecté avec un peu d’avance sur les prévisions les plus pessimistes. Le remplacement effectif du SACCS est intervenu en juin 2019, lorsque les antiques disquettes ont laissé place à une solution de stockage numérique à semi-conducteurs hautement sécurisée. C’est Jason Rossi lui-même qui a confirmé cette transition, marquant ainsi la fin d’une époque pour le commandement nucléaire américain.

Ce basculement technologique n’a rien d’anodin pour un système aussi sensible. Passer d’un support mécanique vieux de quarante ans à une mémoire flash moderne représente un bond en matière de fiabilité et de rapidité d’accès aux données. Reste que cette histoire, racontée avec un brin d’ironie dans la presse internationale à l’époque, illustre surtout la lenteur avec laquelle les administrations, même les plus puissantes, parviennent parfois à faire évoluer leurs infrastructures critiques.

Au final, cette anecdote dépasse largement le simple folklore technologique. Elle rappelle qu’entre fiabilité éprouvée et modernisation nécessaire, les choix ne sont jamais aussi simples qu’ils n’y paraissent, surtout lorsqu’il s’agit de l’arsenal le plus sensible de la planète. Les disquettes de 8 pouces du SACCS resteront sans doute, pour longtemps encore, l’un des exemples les plus parlants de ce grand écart entre passé et présent au sein des institutions militaires.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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