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Au milieu du désert d’Atacama se dresse une montagne de 60 000 tonnes de vêtements que personne n’a jamais portés

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60 000 tonnes de vêtements s’entassent dans le désert d’Atacama, au nord du Chili, près de la ville d’Alto Hospicio. Le tas occupe une surface comparable à plusieurs centaines de terrains de football, dans l’un des endroits les plus arides de la planète. Il est désormais assez vaste pour apparaître sur des images prises depuis l’espace.

Une décharge de fripes, repérable depuis l’orbite terrestre.

À retenir

  • Le tas occupe la surface de plusieurs centaines de terrains de football près d’Alto Hospicio, au Chili.
  • Le port franc d’Iquique reçoit entre 120 000 et 180 000 tonnes de vêtements chaque année.
  • Chaque habitant de l’UE jette 11 kilos de textiles par an, source principale de ce flux.
  • Brûlés ou enfouis, les textiles synthétiques polluent l’air et le sol pendant très longtemps.

Sommaire

  1. Une montagne de textiles que les satellites repèrent
  2. Le port d’Iquique, plaque tournante de la seconde main
  3. Des incendies, un sol noirci et des habitants exposés

Une montagne de textiles que les satellites repèrent

Les clichés satellites ont été captés notamment via l’application d’imagerie SkyFi, qui permet de distinguer la tache textile sur le sol ocre. Le dernier chiffre en date dépasse 60 000 tonnes, selon 20 minutes. Ces textiles invendus ou jetés sont arrivés d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord. Les Nations Unies ont qualifié la situation d’«urgence environnementale et sociale pour la planète».

Le titre promet des vêtements que personne n’a jamais portés, et la réalité est plus nuancée. Les sources parlent de textiles « usagés ou invendus », donc d’un mélange. Mais les enquêtes menées sur place ont bien relevé des pulls de Noël, des bottes de ski et des étiquettes encore intactes au milieu des tas.

Ces enquêtes sont celles de l’ONG Ekō et du collectif chilien Desierto Vestido. Ils ont identifié, parmi les vêtements, des articles de H&M, Zara, Hugo Boss, Adidas, Levi’s, Old Navy, Under Armour, Tommy Hilfiger et Nike. Leur présence reflète la diversité des cargaisons qui finissent là, pas une responsabilité établie marque par marque.

Le port d’Iquique, plaque tournante de la seconde main

Le port franc d’Iquique reçoit chaque année entre 120 000 et 180 000 tonnes de vêtements. Une partie de ces vêtements d’occasion alimente des marchés d’Amérique latine. Mais une quantité importante échappe à ce circuit, et faute de responsable pour payer l’élimination, une partie est déversée illégalement dans le désert.

Les premières images de la décharge ont circulé en 2020.

Le moteur de ce flux se trouve dans nos placards. Selon le Parlement européen, chaque habitant de l’UE acquiert 26 kilos de textiles par an et en jette 11. À ce rythme, 60 000 tonnes correspondent aux achats annuels de plus de 2 millions d’Européens, soit un peu plus que la population de Paris intra-muros. Et le calcul ne porte que sur la montagne d’Atacama, pas sur l’ensemble des vêtements jetés chaque année dans le monde.

Des incendies, un sol noirci et des habitants exposés

Sur place, les vêtements ne font pas que s’accumuler. Une partie est régulièrement brûlée, ce qui pollue l’air, le sol et potentiellement les nappes phréatiques. Bastian Barria, l’un des fondateurs de Desierto Vestido, décrit après certains incendies une couche noire qui ressemble à du pétrole solidifié.

Les fibres synthétiques, comme le polyester, se dégradent très lentement. Brûler ou enfouir ces stocks ne règle donc rien, cela déplace le problème vers l’air ou le sous-sol.

Selon le National Geographic, cité par 20 minutes, un camion de vêtements usagés est jeté ou brûlé chaque seconde dans le monde.

Pour les habitants d’Alto Hospicio, la conséquence est à la fois environnementale et sanitaire. Des programmes d’observation par satellite, dont Copernicus de l’Agence spatiale européenne, auraient confirmé que la tache textile ne cesse de croître. Le site est devenu l’un des symboles les plus visibles des excès de la fast fashion.

Reste une précision sur les chiffres : les estimations varient selon les années et les sources. Certains articles parlent de 60 000 tonnes accumulées, d’autres de 60 000 tonnes arrivant chaque année au port d’Iquique, et le tas ne fait l’objet d’aucun comptage officiel unique. Une chose ne varie pas, c’est la source du flux : les 11 kilos que chaque Européen jette par an. Allonger la durée de vie de ses vêtements, les revendre ou les déposer dans une borne de collecte réduit d’autant la quantité qui peut partir vers ces ports.

Sources : keops-ingenierie.fr | noticiasambientales.com

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