Pluton met environ 248 ans à faire le tour du Soleil. Repérée en 1930 à l’observatoire Lowell, elle n’achèvera sa première orbite depuis sa découverte qu’en 2178. Un délai si vertigineux qu’aucun être humain ayant vécu sa découverte ne pourra jamais assister à son retour au point de départ.
À retenir
- Pluton met 247 ans et 343 jours à boucler une orbite, soit un retour à son point de départ prévu en 2178
- Découverte par Clyde Tombaugh en 1930, Pluton a été reclassée planète naine en 2006 puis survolée par la sonde New Horizons en 2015
- Réveillée après un an d'hibernation, New Horizons évolue désormais à 9,5 milliards de kilomètres de la Terre et son équipe a annoncé une possible découverte de liquide à la surface de Pluton
Une orbite si lente qu’un siècle humain n’y suffit pas
Pluton file autour du Soleil à une vitesse moyenne de 4,74 kilomètres par seconde, soit environ 16 809 kilomètres par heure. Cela peut sembler rapide, mais à cette distance du Soleil, chaque tour complet demande un temps considérable. Sa période de révolution sidérale atteint précisément 247 ans et 343 jours, ce qui revient à dire qu’il lui faut presque 248 années terrestres pour boucler une seule orbite.
Pour comprendre cette lenteur, il faut regarder la forme de son parcours. L’orbite de Pluton est excentrique, avec une valeur de 0,25, ce qui signifie qu’elle n’est pas circulaire mais nettement allongée. Sa distance au Soleil varie ainsi entre 4,44 et 7,375 milliards de kilomètres selon le moment de son trajet. Elle est également inclinée de 17 degrés par rapport au plan de l’écliptique, ce plan de référence où évoluent la plupart des planètes du système solaire.
Ce grand écart entre son point le plus proche et son point le plus éloigné du Soleil explique en partie pourquoi la planète naine met tant de temps à achever son circuit. Un autre élément vient compléter le tableau : Pluton entretient avec Neptune une résonance orbitale de 3 pour 2. Autrement dit, sa période est exactement une fois et demie plus longue que celle de la géante bleue, un mécanisme gravitationnel précis qui exclut toute collision entre les deux corps malgré des trajectoires qui se croisent parfois.
1930 : l’instant où Clyde Tombaugh a changé la carte du système solaire
Tout commence à l’observatoire Lowell de Flagstaff, en Arizona. C’est là que Clyde Tombaugh, armé de patience et de clichés photographiques pris à quelques jours d’intervalle, repère un point lumineux qui se déplace imperceptiblement sur le fond étoilé. Les prises de vue datent des 23 et 29 janvier 1930, et la découverte officielle intervient le 18 février de la même année. L’annonce au monde suivra quelques semaines plus tard, le 14 mars 1930.
Pendant 76 ans, Pluton portera fièrement le titre de neuvième planète du système solaire. Un statut remis en question le 24 août 2006, lorsque l’Union astronomique internationale décide de la reclasser en planète naine, suite à l’adoption de nouveaux critères de définition. Ce changement de catégorie a fait couler beaucoup d’encre, mais il n’a rien enlevé à la fascination qu’exerce ce petit monde glacé aux confins de notre système.
Il faudra attendre près de 85 ans après sa découverte pour qu’un engin humain s’en approche enfin. Le 14 juillet 2015, la sonde New Horizons réalise le premier survol de l’histoire et livre des images d’une précision inédite. Elle permet notamment de fixer son diamètre à environ 2 370 kilomètres, ce qui fait de Pluton le plus grand objet connu de la ceinture de Kuiper, devant Éris. Les clichés révèlent aussi une vaste région en forme de cœur, baptisée Tombaugh Regio en hommage à son découvreur. Son lobe occidental, Sputnik Planitia, s’avère être un immense glacier d’azote reposant sur un ancien bassin d’impact.
2178, le rendez-vous que personne de vivant aujourd’hui ne verra
Faites le calcul : si Pluton a été repérée en 1930 et qu’il lui faut environ 248 ans pour boucler une orbite complète, elle ne reviendra à son point de départ qu’en 2178. Aucune personne vivante aujourd’hui ne pourra assister à cet événement. C’est une autre manière de mesurer l’échelle de temps propre aux confins du système solaire, où les repères humains n’ont plus vraiment de sens.
En attendant ce rendez-vous lointain, l’exploration de Pluton se poursuit d’une manière que personne n’attendait plus vraiment. La NASA a annoncé le réveil de New Horizons après sa plus longue phase d’hibernation, près d’une année complète. La sonde se trouve aujourd’hui à environ 9,5 milliards de kilomètres de la Terre, bien au-delà de Pluton, en pleine ceinture de Kuiper, et elle reste en bonne santé malgré la distance.
Quelques semaines plus tard, l’équipe scientifique de la mission a publié une annonce qui a de quoi surprendre : « Discovery: Liquid Flowing on Pluto », mise en ligne sur le site de la mission hébergé par le laboratoire de physique appliquée de Johns Hopkins. Cette découverte, si elle se confirme dans les publications à venir, viendrait rebattre certaines certitudes sur l’activité géologique de cette planète naine que l’on croyait figée dans le froid extrême.
Près d’un siècle après les premiers clichés pris à Flagstaff, Pluton continue donc de livrer des surprises, à mesure que les instruments progressent et que les données s’accumulent. Son orbite, elle, poursuit sa course silencieuse et immuable, indifférente aux échelles de temps humaines, jusqu’à ce rendez-vous de 2178 que nos descendants, peut-être, célébreront à notre place.


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