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Malgré la technologie toujours plus sophistiquée dont dispose la recherche, il reste des endroits que les scientifiques peinent à atteindre et à explorer. C'est notamment le cas des eaux profondes des régions arctiques, difficiles d'accès en raison de la glace de mer. Étudier la dynamique océanique de ces régions du globe est pourtant crucial pour comprendre l'évolution du climat. La fonte des glaciers et de la calotte glaciaire du Groenland pourrait en effet perturber la circulation océanique et avoir des répercussions sur le climat bien au-delà de l'Arctique. Ce phénomène est toutefois encore mal caractérisé et quantifié, notamment à cause de l'accès difficile à ces régions souvent englacées.
Pour réaliser les mesures nécessaires, une équipe de chercheurs a toutefois trouvé des alliés originaux et redoutablement efficaces : les narvals.
Des narvals transformés en océanographes
Ces cétacés, caractérisés chez les mâles par une longue défense torsadée pouvant mesurer jusqu'à trois mètres, sont emblématiques des océans arctiques, qu'ils sillonnent au gré de leurs migrations saisonnières.
Capables de rester en plongée pendant 25 à 30 minutes, ils peuvent descendre à plus de 1 500 mètres de profondeur. Des capacités hors du commun que les chercheurs ont eu l'idée d'exploiter pour collecter des données dans la région de Scoresby Sound, le plus grand système de fjords de la côte Est du Groenland.
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Six narvals fréquentant cette région ont ainsi été temporairement capturés et équipés de capteurs permettant de mesurer et d'enregistrer la température de l'océan, la salinité et la profondeur.
Capture d'un narval et installation d'un capteur de température, salinité et profondeur sur son dos. © Carsten Egevang
Relâchés dans leur environnement, les narvals ont ainsi, sans le savoir, participé à enrichir le catalogue de données océanographiques sur l'une des régions arctiques les plus difficiles à explorer.
Capteur placé sur le dos d'un narval. Six individus ont été ainsi équipés. © Mads Peter Heide-Jørgensen
Des données inédites jusqu’à 1 500 mètres de profondeur
Les capteurs sont restés attachés à leurs hôtes pendant 85 à 332 jours et ont permis de collecter un total de 2 060 profils océanographiques entre 2017 et 2020. Certaines données ont été acquises à plus de 1 500 mètres de profondeur, dans des zones où aucun navire n'avait jusqu'à présent pu se rendre en raison de la présence de glace de mer.
Une fois récupérés, les capteurs ont donc livré des données extrêmement précieuses, qui ont été combinées avec plus de 2 200 profils océanographiques historiques issus de la World Ocean Database. Les résultats révèlent que l'eau intermédiaire de l'Atlantique, plus chaude et plus salée, pénètre bien plus profondément dans les fjords de l'est du Groenland qu'on ne le pensait jusqu'à présent.
Des eaux plus chaudes qu’on ne le pensait dans les fjords groenlandais
L'eau des fjords est en effet un mélange d'eau polaire froide provenant de l'Arctique et d'eau intermédiaire de l'Atlantique, plus chaude et plus salée, provenant de l'océan Atlantique. En combinant les nouvelles mesures réalisées par les narvals avec les données historiques, les chercheurs ont pu modéliser l'évolution de ces différentes masses d'eau. Ils montrent que la couche d'eau atlantique s'est épaissie, tandis que la couche supérieure d'eau polaire s'est amincie.
Plus surprenant encore, les eaux intermédiaires chaudes de l'Atlantique atteignent des bassins profonds situés au pied des glaciers, à plusieurs centaines de kilomètres à l'intérieur des réseaux de fjords. « Cette eau contribue à faire fondre les glaciers. Nous montrons comment l'eau chaude peut contribuer à accélérer la vitesse à laquelle les glaciers perdent de la glace », explique Mads Peter Heide-Jørgensen, professeur au Greenland Institute of Natural Resources et co-auteur de l'article publié dans la revue Science Advances.
A et B : localisation de la zone d'étude. C : les points rouges représentent les positions où les mesures ont été collectées par les narvals entre 2017 et 2022. D : Les points bleu représentent les mesures réalisées par bateau entre 1891 et 2022. © Heide-Jørgensen et al. (2026)
Une meilleure compréhension des mécanismes à l’origine de la fonte des glaciers
Ces résultats apportent ainsi un nouvel éclairage sur les mécanismes pouvant favoriser la fonte des glaciers groenlandais. Ils montrent surtout l'importance de ces eaux chaudes de l'Atlantique, jusque-là particulièrement difficiles à observer dans les profondeurs des fjords.
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Grâce aux narvals, les chercheurs disposent désormais de données provenant de zones où les navires océanographiques peuvent rarement se rendre.
Ces observations pourraient contribuer à améliorer la représentation de la fonte des glaciers du Groenland dans les futurs modèles climatiques. Celle-ci constitue en effet un élément important des projections climatiques : en fondant, les glaciers et la calotte glaciaire libèrent de grandes quantités d'eau douce dans l'océan, susceptibles d'influencer la circulation océanique et le climat bien au-delà de l'Arctique.


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