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Au sommet du Pic du Midi tourne depuis 1963 un télescope de 106 cm payé par la NASA, et ce n’était pas pour regarder les étoiles

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Une coupole perchée à 2 877 m d’altitude, dans les Hautes-Pyrénées, abrite depuis 1963 un télescope dont le miroir de 106 cm vient des États-Unis. Il a été financé par la NASA et a servi à prendre des photographies détaillées de la surface de la Lune, en préparation des missions Apollo. Plus de 60 ans plus tard, l’instrument tourne toujours, mais il a changé de cible.

Sa première cible n’avait rien de lointain : la Lune.

À retenir

  • Un télescope de 106 cm, financé par la NASA, est installé au Pic du Midi en 1963.
  • Il a produit près de 60 000 clichés de la Lune en une dizaine d’années.
  • Ces cartes ont aidé à préparer les sites d’alunissage d’Apollo 11.
  • Aujourd’hui, l’instrument observe toujours les planètes, dont Jupiter, Saturne et Mars.

Sommaire

  1. Une commande de la NASA livrée au sommet des Pyrénées
  2. 60 000 clichés pour dessiner un atlas
  3. Un instrument de 1963 qui n’a pas pris sa retraite

Une commande de la NASA livrée au sommet des Pyrénées

À la fin des années 1950, la Lune restait un territoire mal connu. Avant d’y envoyer des hommes, les Américains avaient besoin de cartes précises. Le Pic du Midi a été associé à ce travail, dans un programme conduit avec l’astronome Zdeněk Kopal et l’université de Manchester.

Le site avait des arguments. L’instrument dédié à ce travail était alors en pointe technologiquement, et la faible pollution lumineuse jouait en faveur du site pyrénéen. La coupole qui l’abrite, fabriquée en 1925 à Paris, avait été offerte par Marcel Gentili et se dressait au sommet depuis 1947. L’optique d’origine est venue des États-Unis, avec ce miroir de 106 cm. Ciel & Espace précise pourtant que le miroir d’origine, de mauvaise qualité, a rapidement été remplacé par un miroir de l’opticien Jean Texereau.

Pas d’internet, à l’époque, ni de transmission numérique. Les photos étaient remises aux Américains puis envoyées par avion aux États-Unis, où elles étaient développées et étudiées. Chaque cliché pris sous la coupole traversait donc l’Atlantique dans une soute avant d’être examiné.

60 000 clichés pour dessiner un atlas

Près de 60 000 clichés en près de dix ans.

Répartis sur toute la période, cela donne une quinzaine de photos par jour, week-ends et nuits nuageuses compris. Le directeur adjoint du Pic du Midi, Nicolas Bourgeois, a raconté à franceinfo que des centaines de photos étaient prises chaque soir sous cette coupole. Le travail se concentrait donc sur les nuits favorables, et France 3 Occitanie évoque une cinquantaine de personnes mobilisées.

Le résultat est un atlas de la Lune au millionième, c’est-à-dire une carte où 1 cm représente 10 km de sol lunaire. Ce document a servi à préparer le choix des sites d’alunissage d’Apollo 11, dont le module a touché la surface le 20 juillet 1969. Il n’a pas décidé seul : d’autres travaux et d’autres observatoires ont nourri la préparation de la mission. Mais le Pic du Midi y a pris sa part, assez nettement pour que Ciel & Espace ait dédié un film sur le télescope à Neil Armstrong, en rappelant que l’observatoire s’est modestement inscrit dans l’aventure Apollo.

Une autre expérience a marqué cette période. En 1964, un laser a permis de déterminer la distance de la Terre à la Lune avec une précision de quelques décimètres.

Un instrument de 1963 qui n’a pas pris sa retraite

La mission lunaire terminée, le télescope n’a pas fini au musée. Ses programmes se partagent aujourd’hui entre la météorologie de Jupiter et de Saturne, la surface de Mars et des campagnes sur les comètes. Les observateurs du Pic suivent ainsi les tempêtes des planètes géantes comme on suit un bulletin météo, nuit après nuit.

Détails de 150 à 200 m sur le cratère Tycho, depuis le sol.

Cette finesse est celle que Ciel & Espace attribue à l’instrument avec les moyens actuels. PG Astronomie va plus loin : les meilleurs clichés CCD obtenus approchent la qualité de ceux du télescope spatial Hubble. Pour un miroir d’un mètre conçu à l’ère de la photographie argentique, le résultat surprend. La raison tient à la turbulence de l’atmosphère, que les grands télescopes ne corrigent qu’avec une optique adaptative, alors que l’air stable du sommet fait une bonne part du travail ici.

Autour de lui, l’observatoire a changé d’échelle. Le télescope Bernard-Lyot a été installé en 1980 au sommet d’une colonne de 28 m, construite à l’écart pour que le vent ne perturbe pas la qualité d’image des autres instruments. Les travaux de cette tour ont commencé en 1972, pour un miroir de 2 m, le plus grand télescope de France. Le télescope de 106 cm, lui, reste sous sa coupole historique, avec un statut d’instrument professionnel de taille modeste, mais toujours demandé.

Le site compte aujourd’hui 7 observatoires astronomiques, dont 5 abritent des instruments scientifiques encore en activité. Parmi eux, un télescope de 60 cm est confié depuis 1982 à une association d’amateurs, l’association T60, qui y observe à son tour le ciel pyrénéen.

Sources : france3-regions.franceinfo.fr | pg-astro.fr | cieletespace.fr

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