Au moins 139 migrants sont morts et 84 sont portés disparus dans le naufrage au large de Djibouti d’une embarcation surchargée, en majorité d’Ethiopiens, qui faisait route vers le Yémen, a indiqué l’ONU dimanche. Des dizaines de milliers de migrants empruntent chaque année la «route de l’Est», voie maritime qui relie la Corne de l'Afrique au Yémen via Djibouti et le détroit de Bab el-Mandeb, bien qu’elle soit une des routes migratoires les plus dangereuses du monde. Selon des survivants, le bateau plein à craquer a chaviré dans la nuit du 8 au 9 octobre près de Guhere, au nord de la ville djiboutienne d’Obock, indique un communiqué de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), une agence de l’ONU.
L’embarcation, surchargée, transportait 305 personnes, en majorité éthiopiennes, a précisé à l’AFP le chef de mission de l’OIM à Djibouti, Alexandre Coissac. L’embarcation, «beaucoup trop petite pour le nombre de passagers», a chaviré à quelques dizaines de mètres de la côte djiboutienne, a-t-il ajouté. «Des survivants m’ont dit que l’embarcation a commencé à chavirer vers l’arrière dès qu’ils sont montés dedans», a-t-il déploré.
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En dépit de la reprise des combats au Yémen, début septembre, entre rebelles pro-iraniens Houthis et forces pro-gouvernementales, l’OIM a recensé plus de 20 000 arrivées en provenance d’Ethiopie à Djibouti depuis le 10 septembre. «Il y a toujours le même objectif d’atteindre les pays du Golfe», a expliqué Alexandre Coissac, soulignant qu’un groupe d’environ 150 personnes qui se trouvait dans l’embarcation naufragée avait déjà été refoulé du Yémen et avait malgré tout retenté la traversée.
L’humanitaire a raconté avoir parlé à un survivant originaire du Tigré, région du nord de l’Ethiopie où des combats ont repris le mois dernier entre les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et l’armée fédérale, et où l’Erythrée voisine a déployé des troupes ces derniers jours. «Cette tragédie nous rappelle brutalement les dangers auxquels sont exposés les migrants le long de cette route migratoire», qu’ils empruntent dans l’espoir de trouver de meilleures «opportunités économiques», a-t-il résumé.
Il s’agit d’un des naufrages les plus meurtriers de ces dernières années au large de Djibouti, selon l’OIM. Le bilan est passé à 139 morts après la découverte de 30 corps supplémentaires, tandis que 84 personnes restent portées disparues, a annoncé l’organisation, environ trois heures après son premier communiqué qui indiquait un premier bilan de 109 morts. Plus de 80 personnes ont survécu au naufrage, toutes de nationalité éthiopienne, selon l’OIM. L’organisation apporte son aide à 64 rescapés dans son centre d’aide aux migrants d’Obock, en leur fournissant notamment des soins de santé, un hébergement temporaire et une aide alimentaire, tandis que les autorités djiboutiennes poursuivent les opérations de recherche.
Plus de 900 morts en 2025
En 2025, plus de 900 migrants sont morts ou portés disparus sur la «route de l’Est», l’année «la plus meurtrière jamais enregistrée», selon l’OIM. Le nombre de personnes empruntant cet itinéraire a augmenté de 18% sur cette période, précise l’organisation onusienne. Entre le 1er janvier et le 1er octobre 2026, l’organisation a comptabilisé environ 178 000 arrivées à Djibouti en provenance d’Ethiopie.
Lire aussi: Au moins 70 morts sur les plages yéménites après le naufrage d’une embarcation«Nous ne pouvons pas continuer à considérer ces morts comme quelque chose de normal. Des voies de migration sûres et légales sauvent des vies. J’appelle les gouvernements et les bailleurs de fonds à agir avant qu’une autre embarcation ne fasse naufrage», a réagi Amy Pope, la directrice générale de l’OIM, citée dans le communiqué.
Le président de la Commission de l’Union africaine Mahmoud Ali Youssouf a également exprimé «sa profonde tristesse» suite à cette «perte tragique de vies». Dans un communiqué, il a souligné l’urgence de «s’attaquer aux causes profondes de la migration irrégulière, de lutter contre le trafic de migrants et la traite des êtres humains et de promouvoir une migration sûre, ordonnée et régulière».
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