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30 millions d’examens médicaux par an dépendent d’une poignée de réacteurs des années 1960 et d’une matière dont la moitié disparaît en 66 heures

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Chaque année, environ 30 millions d’examens de médecine nucléaire dans le monde dépendent d’un seul isotope : le technétium-99m. Il est utilisé dans environ 80 % des scintigraphies osseuses, cardiaques ou thyroïdiennes réalisées à l’hôpital. Et il provient d’une réaction en chaîne d’une fragilité extrême, qui démarre dans une poignée de réacteurs vieux de plus de soixante ans.

À retenir

  • Six réacteurs de recherche prodisent 90-95 % du molybdène-99 mondial nécessaire à 30 millions d’examens annuels
  • Le technétium-99m se désintègre en 6 heures et le molybdène-99 en 66 heures, rendant tout stockage impossible
  • La pénurie de 2008-2010 a réduit l’approvisionnement de 73 % et retardé d’innombrables examens médicaux
  • Le réacteur français Jules Horowitz, prévu en 2013, ne sera opérationnel qu’en 2037

Sommaire

  1. Une matière qui s’autodétruit avant d’arriver à l’hôpital
  2. Une poignée de réacteurs nés dans les années 1960
  3. 2009-2010, la panne générale
  4. Les remplaçants attendus depuis quinze ans

Une matière qui s’autodétruit avant d’arriver à l’hôpital

Le technétium-99m ne s’extrait pas d’une mine et ne se stocke pas dans un entrepôt. Il naît de la désintégration du molybdène-99, dont la demi-vie est de 66 heures : passé ce délai, la moitié de la matière produite a déjà disparu, sans qu’on puisse rien y faire.

Aucun stock tampon n’est possible.

Une fois généré, le technétium-99m lui-même se périme en seulement 6 heures. Les perturbations intervenant dans la chaîne d’approvisionnement de ces isotopes, qui ne peuvent être stockés, risquent d’empêcher la réalisation de ces examens médicaux importants. Toute la chaîne, des réacteurs jusqu’aux services de médecine nucléaire, fonctionne donc comme un relais permanent, sans marge de sécurité.

Une poignée de réacteurs nés dans les années 1960

La production mondiale de molybdène-99 repose sur une liste très courte de réacteurs de recherche : HFR à Petten aux Pays-Bas, BR2 à Mol en Belgique, SAFARI-1 en Afrique du Sud, auxquels s’ajoutent LVR-15 en Tchéquie et Maria en Pologne. Seul OPAL, mis en service en Australie en 2007, fait figure de petit jeune dans cette flotte.

L’Autorité de sûreté nucléaire française a rappelé que le nombre limité de réacteurs utilisés pour produire du molybdène 99 ainsi que l’âge de ces réacteurs, tous mis en service dans les années 1960, peuvent entraîner une pénurie qui pourrait s’aggraver dans les années qui viennent.

Deux poids lourds historiques ont déjà quitté la partie. Le réacteur canadien NRU, en service depuis 1957, a cessé de produire du molybdène-99 en 2016. Son homologue français OSIRIS a été mis à l’arrêt fin 2015, après un demi-siècle de fonctionnement à Saclay.

Six installations tiennent aujourd’hui toute la chaîne mondiale.

2009-2010, la panne générale

Ce scénario n’est pas théorique : il s’est déjà produit. Les pénuries ont été provoquées par la fermeture de deux des cinq principaux réacteurs de recherche âgés de plus de 44 ans, qui ensemble produisent plus de 90-95 % de l’approvisionnement mondial en molybdène-99. Entre 2008 et 2010, l’arrêt simultané des deux principaux réacteurs mondiaux a occasionné une pénurie temporaire mondiale de six mois, durant lesquels l’approvisionnement a été réduit de près de 73 %. Des examens ont été reportés, parfois annulés, dans de nombreux pays.

À la mi-2009, l’Agence de l’OCDE pour l’énergie nucléaire a créé le Groupe à haut niveau sur la sécurité d’approvisionnement en radioisotopes à usage médical, avec un mandat de deux ans. Quinze ans plus tard, ce groupe existe toujours, preuve que le problème n’a jamais vraiment été résolu.

Les remplaçants attendus depuis quinze ans

En France, le réacteur Jules Horowitz devait prendre le relais d’OSIRIS à Cadarache. Le chantier a démarré en 2007, avec une divergence initialement promise en 2013. Mais les reports se sont accumulés année après année, jusqu’à cette annonce administrative validée fin 2025 : la demande de modification de l’autorisation de création fixe désormais la mise en service au plus tard au 14 octobre 2037, marges de sécurité comprises. La Cour des comptes évoque déjà douze ans de retard et deux milliards d’euros de surcoûts, soit un coût initial multiplié par quatre.

Le relais promis pour 2015 n’arrivera pas avant 2037.

Une piste existe pourtant pour sortir de cette dépendance aux vieux réacteurs de recherche : produire le molybdène-99 par cyclotron plutôt que par fission nucléaire. Des études très avancées permettent d’envisager la production, par les cyclotrons, du molybdène 99 servant à la préparation du technétium 99m. Mais aucun cyclotron ne fournit aujourd’hui des volumes comparables à ceux des six installations historiques, et les hôpitaux continuent de recevoir, chaque semaine, une livraison qui commence à se périmer au moment même où elle sort du réacteur.

Sources : lenergeek.com | legifrance.gouv.fr

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