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La Ville de Pont-Rouge a fait la distribution d'érables de Norvège à sa population cet automne. Il s'agit pourtant d'une espèce exotique envahissante « qui présente un risque pour la biodiversité et l’environnement du Québec », selon le ministère de l'Environnement.
La distribution s'est déroulée dans le cadre d'une politique mise en place par la Municipalité pour les nouvelles constructions résidentielles.
La Ville offre gratuitement la possibilité aux nouveaux propriétaires de se prévaloir d’un arbre destiné à être planté à l’intérieur de leur cour avant, explique par écrit Esther Godin, directrice générale de la Ville de Pont-Rouge.
La mesure, dit-elle, vise à favoriser le verdissement des rues situées à l’intérieur des nouveaux ensembles résidentiels. Planter un arbre devant sa nouvelle maison est même obligatoire à Pont-Rouge en vertu d'un règlement de zonage en vigueur à la suite d’une nouvelle construction.
Pour aider les propriétaires à s'y conformer, la Ville a distribué 35 érables de Norvège cette année, lesquels ont tous trouvé preneur, sauf un.
L’érable de Norvège est un arbre feuillu dont la cime est étendue et arrondie. Originaire d'Europe, il peut atteindre de 12 à 30 m de hauteur et ressemble à l’érable à sucre. Il est particulièrement populaire pour ses propriétés ornementales, en raison de la densité et la couleur de ses feuilles.
Espèce envahissante
Si les fondements de la politique de verdissement de Pont-Rouge ne sont pas remis en question, le choix de l'essence fait cependant sourciller.
Selon le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Protection de la biodiversité, de la Faune et des Parcs, l'érable de Norvège est considéré comme une espèce exotique envahissante qui présente un risque pour la biodiversité et l’environnement du Québec.
Il figure sur la liste des espèces contre lesquelles il faut lutter en priorité au Québec, peut-on lire dans la documentation provinciale. La décomposition de ses feuilles libère des toxines qui peuvent altérer la composition microbienne du sol et nuire aux champignons dont dépendent plusieurs arbres indigènes, poursuit le Ministère.

Gabriel Grenier est professeur au Centre de formation professionnelle Le Granit. (Photo d'archives)
Photo : Photographe Charles Dion
La Ville de Pont-Rouge se justifie en affirmant qu'elle a eu recours à un cultivar qui ne serait pas aussi invasif. Après vérification auprès de professionnels horticoles, la variété Princeton Gold est une variété horticole qui, elle, est non envahissante, plaide Esther Godin dans un courriel.
Selon Gabriel Grenier, professeur au Centre de formation professionnelle Le Granit et technicien en aménagement de la forêt, ce plaidoyer ne justifie pas l'utilisation de l'érable de Norvège.
C'est vrai qu'il y a des cultivars qui sont moins propices à faire des semences que d'autres, convient-il. Mais quand on plante de l'érable de Norvège, ça normalise le fait que c'est correct d'en planter.
Dans le fond, il n'y a à peu près pas de raison qu'un citoyen plante un érable de Norvège chez lui.
Dans une ville comme Pont-Rouge, de surcroît, il est convaincu que d'autres alternatives auraient été tout à fait possibles. Il cite le chêne, le tilleul, l'érable rouge et l'érable argenté, notamment.
Le ministère de l'Environnement abonde dans le même sens et ajoute que les connaissances scientifiques sont encore limitées au sujet de ces cultivars.
À notre connaissance, il n’y a pas de recherches spécifiques pour le cultivar Princeton Gold. Quant aux risques de propagation des cultivars horticoles dans les milieux naturels, ceux-ci demeurent à être étudiés.

L'érable rouge fait partie des essences du Québec qui auraient pu être distribuées plutôt que l'érable de Norvège. (Photo d'archives)
Photo : Pixabay
Non recommandé, sauf exception
L'érable de Norvège, malgré son caractère envahissant, n'est pourtant pas formellement interdit dans la province et continue d'être vendu dans certaines pépinières. Malgré les risques qu'il comporte, l'arbre peut en effet aider à verdir les centre-villes, là où rien ne pousse.
Pour Québec, la plantation de l’érable de Norvège devrait être strictement réservée aux milieux fortement urbanisés, lorsque les conditions de croissance sont difficiles, soutient Frédéric Fournier, porte-parole régional pour le Ministère.
Pour tout autre contexte, il existe plusieurs autres options qui permettent d’éviter l'utilisation de l’érable de Norvège, notamment l’érable à sucre et l’érable rouge, dit-il.
Le rôle de l’érable de Norvège demeure important pour le maintien d’une diversité minimale d’arbres en milieu fortement urbanisé.
Selon le Ministère, il est l’un des rares arbres à tolérer les conditions extrêmement difficiles et les coupes fréquentes. Le recours à certaines essences plus résistantes, comme l'orme ou le frêne, n'est plus possible en raison de maladies (maladie hollandaise de l'orme) ou d'insectes (agrile du frêne).

Des ormes ont été abattus à Québec dans le passé en raison de la maladie hollandaise de l'orme. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Alice Chiche
On poursuit que la sensibilisation du secteur horticole, notamment auprès des producteurs, commerçants et aménagistes est menée depuis quelques années en partenariat avec Québec Vert pour s’assurer que l’érable de Norvège soit utilisé avec précaution.
Des villes comme Montréal et Terrebonne ont d'ailleurs réglementé le recours à l'érable de Norvège.


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