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Entre proximité avec le pouvoir et « discours du déclin », l’AFO fait face aux critiques

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Alors que l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) est réunie en congrès annuel jusqu'à samedi au nord de Toronto, certains membres de la communauté franco-ontarienne, absents de l'événement, en profitent pour remettre en question les motifs de l'organisme.

Je suis très préoccupé par les discussions qui auront lieu cette fin de semaine au congrès de l'AFO, lance tel un pavé dans la mare Denis J. Bertrand, directeur général de la Place des Arts du Grand Sudbury, sur sa page Facebook. L'homme qui œuvre depuis plusieurs décennies au sein de la francophonie ne mâche pas ses mots, accusant l'AFO de créer une crise artificielle pour justifier la tenue d'états généraux.

M. Bertrand reproche notamment à l'organisme provincial un discours qui rabaisse sa communauté en mettant l'accent sur la baisse du poids démographique de la population de langue française en Ontario plutôt que sur sa croissance réelle en nombre.

Selon moi, ce discours nie toutes les avancées faites par la francophonie depuis 50 ans, a-t-il expliqué lorsque rejoint par Radio-Canada. Les institutions dont on s'est dotés, la créativité du milieu, les droits acquis accordés par les tribunaux... Tous les gens comme Gisèle Lalonde ou Paul-François Sylvestre qui ont passé leur vie à défendre la francophonie… Je trouvais que le discours de l'AFO rabaissait les contributions de ces personnes. Nous n'avons jamais eu autant d'infrastructures et de services que la francophonie qu'on en a présentement. […] Nous n'avons jamais eu autant accès à des services garantis par des lois fédérales et provinciales.

Il ajoute que le ton alarmiste de l'organisation le dérange profondément : Le discours de l'AFO disant qu'on va vers un mur vers l'assimilation et le déclin me trouble vraiment. Pourquoi faire confiance aveuglément à un organisme qui rabaisse sa communauté au lieu de la célébrer? Il croit également que les états généraux entrepris en mai 2025 représentent un coup de force de l'AFO pour s'approprier plus de revenus pour ses propres fins.

Denis J. Bertrand.

C'est sur sa page Facebook que Denis J. Bertrand, directeur général de la Place des Arts du Grand Sudbury, a lancé la controverse.

Photo : Facebook/Denis J. Bertrand

Ses propos sont salués par une dizaine de personnes, dont quelques-unes poussent la critique plus loin. Je partage une préoccupation importante : à force de présenter la francophonie sous l'angle de sa fragilité, ne risque-t-on pas d'occulter sa vitalité, ses réalisations et son extraordinaire capacité de résilience?, écrit Fernard Ackey.

De son côté, l'artiste franco-ontarien Serge Monette soutient qu'il faudrait sûrement poser un regard plus critique sur l'évolution de l'AFO, mais aussi sur sa relation avec Queen's Park, avant d'ajouter : Mon père aurait dit : "Ça mange quoi en hiver, l'AFO?" Et surtout, qu'est-ce qu'on lui sert à manger? Est-ce qu'elle est rendue à la merci d'un gouvernement conservateur qui lui sert juste assez pour qu'elle reste à table?

Daniel Cayen renchérit dans le même sens : Je vois l'AFO comme étant beaucoup plus intéressée à être acceptée dans les couloirs du pouvoir que de représenter les intérêts de la communauté.

Un équilibre délicat

Lucille Collard, députée libérale provinciale d'Ottawa-Vanier, était présente jeudi matin pour représenter son parti. Questionnée sur la proximité de l'AFO avec le gouvernement, elle avance que l'organisme, qui se présente comme la voix politique des Franco-Ontariens, a tout intérêt à cultiver ce lien.

Je pense que tous les grands organismes ont besoin des liens avec le gouvernement, soutient-elle. Si on veut faire valoir nos priorités, il faut parler avec le gouvernement, puisque les décisions viennent de là. Le démarchage politique est super important [et] je les encourage à continuer ce qu'ils font.

Lucille Collard.

Présente jeudi matin pour représenter son parti, la députée libérale provinciale d’Ottawa-Vanier, Lucille Collard, estime que l’AFO a tout intérêt à cultiver sa proximité avec le gouvernement.

Photo : Radio-Canada / Florence Bolduc

Benoît Hubert, président de PGF Consultants et mandaté pour la mise en place des états généraux, est plus nuancé. S'il n'y a pas de proximité, on n'est pas capable d'avoir des conversations, en coulisse, stratégiques qui peuvent mener ensuite à des pistes d'action et de résolution. Cependant, il reconnaît qu'être si près peut donner l'impression que l'organisme est trop souple et dans la main du gouvernement qui le finance.

Le grand défi c'est toujours de trouver le juste équilibre, explique-t-il.

Pour son président, Fabien Hébert, l'AFO a démontré à plusieurs reprises qu'elle est capable d'entretenir de bonnes relations avec le gouvernement tout en gardant son indépendance : Lorsqu'on n'est pas d'accord, on les adresse. Puis, lorsque ça ne va vraiment pas, on fait comme lorsqu'on a cancellé le projet de l'UOF (Université de l'Ontario français), indique-t-il en faisant référence à la mobilisation qui a mené le gouvernement Ford à revenir sur sa décision de mettre fin au projet en 2018.

Pour moi, entretenir un dialogue ouvert, c'est se dire les vraies choses, tranche-t-il.

Un exercice tourné vers l'avenir

En ce qui concerne les reproches de négativité, Fabien Hébert se veut philosophe, rappelant que ce n'est pas parce qu'on aime certaines choses qu'il faille faire du déni face à ce qu'on aime moins.

La réalité est la suivante… [...] On a un défi démographique, puis on a un défi identitaire, lance-t-il sans détour, faisant référence à la perte du poids démographique de la communauté et aux francophones issus de l'immigration, qui constituent aujourd'hui un potentiel de croissance. Pour permettre à ces gens-là de [...] demeurer en Ontario et vivre en français en Ontario, il faut qu'ils soient capables d'avoir ce dont ils ont besoin pour s'ancrer dans nos communautés, puis avoir le sens d'appartenance et d'attachement.

Fabien Hébert.

Pour le président de l’AFO, Fabien Hébert, il ne faut pas fermer les yeux sur les défis que rencontre la communauté franco-ontarienne d’une région à l’autre.

Photo : Radio-Canada / Charley Dutil

Il rappelle aussi que la réalité vécue dans une région peut être bien différente de celle d'une autre et que même les acquis peuvent s'effriter : Trois fois dans la dernière année, j'ai dû me rendre à l'urgence et deux de ces fois-là, je n'ai pas été capable d'avoir de services en français dans une communauté qui, il y a 10 ans passés, aurait pris ça pour acquis, raconte-t-il en parlant de sa propre expérience à l'hôpital de Hearst.

Le directeur général de l'AFO, Peter Hominuk, rappelle également que les états généraux ne sont pas un exercice négatif : On est en train de dire : "Au cours des 50 dernières années, on a évolué" [...] et maintenant, on regarde les choses que ça va prendre pour réussir les 50 prochaines années. C'est un exercice très positif. On est en train de dire : "On est bon, mais comment qu'on peut être encore meilleur?"

Des participants au congrès réunis dans une salle, assis en petits groupes et discutant.

L'édition 2026 du congrès annuel de l'AFO se veut différente, car elle est entièrement consacrée aux états généraux.

Photo : Radio-Canada / Florence Bolduc

Ce dernier s'insurge aussi contre l'idée que son organisme ne songe qu'à accaparer plus de fonds au détriment des autres. Le problème du financement est tellement au niveau local, insiste-t-il en donnant l'exemple d'un organisme communautaire du Sud-Ouest ontarien devant remplir son rôle avec un financement annulé de 37 500 $. Ce n'est pas assez.

Il confirme d'ailleurs que l'AFO milite depuis des années pour l'augmentation du financement dans l'ensemble du réseau autant auprès du gouvernement provincial que fédéral.

M. Hominuk conclut en rappelant que les états généraux se sont toujours voulus un exercice du bas vers le haut et que le dernier mot reviendra aux membres.

Avec la collaboration de Gabrielle Poulin

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