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Une femme de 94 ans dénonce les obstacles à l’aide médicale à mourir au Manitoba

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Depuis son lit d'hôpital à Vita, Marion Penner attend. À 94 ans, la résidente de Steinbach souhaite avoir recours à l'aide médicale à mourir, mais les démarches entreprises au cours des derniers mois n'ont pas encore abouti. Son parcours soulève des questions sur l'accès à ce service au Manitoba, particulièrement pour les patients dont la mort n'est pas imminente.

Marion Penner estime avoir pris sa décision depuis longtemps. Hospitalisée depuis décembre après une fracture du bassin, elle souhaite avoir recours à l’aide médicale à mourir (AMM).

Son état de santé relève de la voie 2, une catégorie qui s’applique aux personnes dont la mort naturelle n’est pas raisonnablement prévisible et qui doivent franchir des étapes supplémentaires avant d’être déclarées admissibles.

En attendant, la nonagénaire a cessé de prendre ses médicaments pour le cœur et ses antibiotiques.

Je laisse la nature faire son œuvre et je verrai ce qui se passe. Nous en avons discuté en famille et nous sommes d’accord là-dessus. C’est tout simplement ce qui semblait logique, confie Marion Penner de son lit d'hôpital.

Valerie Penner, sa fille, raconte que la famille avait abordé la question du recours à l’aide médicale à mourir bien avant la détérioration de son état de santé. Nous savions depuis des années que c’était ce qu’elle souhaitait.

Cependant, quand Valerie Penner a commencé à se renseigner sur le processus, elle a rencontré plusieurs obstacles.

Certains des médecins que nous avons eus à Bethesda [le Centre régional de Santé à Steinbach] ont clairement indiqué qu’ils n’étaient pas à l’aise avec l’AMM, dénonce-t-elle.

Un accès limité au Manitoba

Selon les informations publiées par Soins communs, les demandes d’aide médicale à mourir sont évaluées par des professionnels formés, afin de déterminer si les critères établis par la loi fédérale sont respectés.

Dans les dossiers de voie 2, des consultations supplémentaires peuvent être nécessaires, notamment auprès de spécialistes participant aux soins du patient.

Des données montrent toutefois que peu de Manitobains ont obtenu l’AMM dans cette catégorie depuis son élargissement en 2021.

En 2024, le taux de refus de l’aide médicale à mourir au Manitoba était de 32 %. C'est cinq fois plus élevé que la moyenne nationale, qui est de 6 %.

Selon les chiffres de Santé Canada, seuls 17 Manitobains atteints de maladies chroniques ont eu accès à l’aide médicale à mourir par la voie 2 au cours des cinq dernières années. À titre comparatif, 1817 patients ont au accès à l’AMM dans cette catégorie à l’échelle nationale, entre 2021 et 2024.

La province comptait également 20 évaluateurs et prestataires de l’AMM en 2024, soit l’un des nombres les plus faibles au pays. Trois d’entre eux exerçaient à l’extérieur de Winnipeg.

Pour la Coalition pour le droit à l’avortement au Canada, le cas de Marion Penner démontre les limites du système actuel. L’organisme réclame l’abrogation de la Loi sur l’aide médicale à mourir, adoptée à l’unanimité par l’Assemblée législative du Manitoba en 2017. Cette loi indique notamment que les professionnels de la santé ne sont pas tenus de participer au processus d’AMM ou de répondre aux demandes d’information des patients.

C’est une marque de cruauté et un traumatisme qu’on lui inflige, soutient la directrice générale de l’organisme, Joyce Arthur, en parlant de Marion Penner.

Selon elle, la situation de cette dernière est injuste.

Elle doit avoir recours à des méthodes désespérées, comme l’arrêt de ses médicaments pour le cœur et de ses antibiotiques. [...] La loi est donc en train de la punir. C’est vraiment injuste et regrettable.

Le gouvernement manitobain défend son programme

Dans un communiqué, le bureau d'Uzoma Asagwara, ministre de la Santé, rappelle que les Manitobains peuvent obtenir de l’information sur l’aide médicale à mourir et avoir accès au programme provincial par l’entremise de Soins communs Manitoba, peu importe l’endroit où ils reçoivent des soins.

Le ministère souligne également que Soins communs coordonne les services d’AMM à l’échelle provinciale et travaille avec des professionnels de la santé, afin d’obtenir les évaluations et l’expertise clinique requises par la législation fédérale.

Pendant que le débat se poursuit, Marion Penner attend toujours une réponse.

Transférée à l'Hôpital Vita au mois de mai, elle se retrouve à plusieurs kilomètres de son domicile et de son entourage. La plupart de ses connaissances ne peuvent pas faire le trajet pour lui rendre visite.

Malgré les obstacles qu'elle a rencontrés, le souhait de Marion Penner demeure inchangé : pouvoir choisir les conditions de sa fin de vie.

Avec les informations de Christopher Gareau

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