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Une cité bourguignonne a gardé son tracé gaulois pendant des siècles : ce qui l’a rendu invisible n’était ni la terre ni l’oubli

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Sous les caves et les fondations des maisons médiévales de Tonnerre, dans l’Yonne, les archéologues ont retrouvé ce que personne n’avait su voir depuis des siècles : un fossé, un talus et un rempart de terre et de pierre datant de l’âge du Fer. Ce qui a rendu cet oppidum gaulois invisible aussi longtemps n’est ni la profondeur du sol ni un simple oubli des cartes. C’est un geste architectural très concret des bâtisseurs médiévaux, qui ont posé leurs murs directement sur les fondations de l’ouvrage défensif gaulois, faisant disparaître la frontière entre les deux époques.

À retenir

  • Un rempart gaulois caché sous les fondations médiévales : pourquoi détruire quand on peut recycler ?
  • Quinze siècles d’occupation empilée sur une même colline sans interruption
  • Des enduits peints et un chauffage au sol : une vie gallo-romaine de confort oubliée

Sommaire

  1. Une colline occupée sans interruption pendant quinze siècles
  2. Le rempart gaulois, socle invisible du bâti médiéval
  3. Puits, enduits peints et bâtiments chauffés : ce que la terre a livré
  4. Une seconde fouille et des portes ouvertes en 2026

Une colline occupée sans interruption pendant quinze siècles

Le site se trouve sur les hauteurs de la ville, au lieu-dit Montbellant, à l’emplacement du « Chemin des Vieux Châteaux ». L’Inrap y fouille depuis mars 2024, sur prescription de l’État, en amont de la construction d’une maison individuelle, sur une superficie d’environ 1500 m². Le diagnostic archéologique a révélé une occupation stratifiée et dense depuis la fin de la période gauloise jusqu’au XVe siècle, moment où la partie haute de la ville disparaît de l’histoire. Quinze siècles d’occupation continue sur la même colline, sans jamais quitter les lieux : voilà qui explique en partie pourquoi les niveaux se sont empilés les uns sur les autres avec une densité rare.

La ville antique de Tornodorum était située à un carrefour de voies, à l’extrémité ouest du territoire lingon, et l’occupation laténienne puis antique est avérée sur cette colline qui présente toutes les caractéristiques d’un oppidum : une position dominante et un système défensif. Un carrefour stratégique, donc, choisi par les Gaulois pour sa vue et sa position de contrôle, bien avant que les comtes de Tonnerre n’y installent leur pouvoir.

Le rempart gaulois, socle invisible du bâti médiéval

Voici le cœur de l’affaire, et la raison pour laquelle ce site est resté aussi longtemps hors de portée des archéologues. Le site est encore densément occupé à la période médiévale, et le rempart y est repris à cette période : il garde les soubassements du rempart gaulois. les bâtisseurs du Moyen Âge n’ont pas démoli l’ouvrage de leurs lointains prédécesseurs pour construire ailleurs. Ils ont réutilisé son tracé, sa masse de terre et de pierre, comme une assise toute trouvée. Pourquoi creuser un nouveau fossé quand celui des Gaulois fait déjà l’affaire ?

Ce recyclage architectural a un effet pervers pour les historiens : il camoufle littéralement le rempart gaulois sous des couches de maçonnerie médiévale qui en épousent la forme. Sans fouille stratigraphique fine, impossible de distinguer où s’arrête la Tène et où commence le XVe siècle. Le château comtal, construit à l’extrémité sud de l’oppidum au XIe siècle, sera détruit avec la ville haute par les troupes bourguignonnes en octobre 1414, un épisode de la guerre civile qui a scellé l’abandon définitif de ce quartier perché. Résultat : les niveaux gaulois ont été protégés, presque figés, sous les décombres d’une ville médiévale elle-même effacée par la violence.

Puits, enduits peints et bâtiments chauffés : ce que la terre a livré

Entre les deux extrêmes chronologiques, l’occupation gallo-romaine a laissé des traces étonnamment soignées. Un bâtiment avec plusieurs pièces a été mis au jour, dont l’une possède un mur ayant conservé son enduit peint, tandis qu’une autre présente des pillettes d’hypocauste en place, signe d’une pièce chauffée par le sol. Du confort domestique version gallo-romaine, à flanc de colline. Ce n’était donc pas une simple garnison rustique, mais un habitat où l’on soignait la décoration et le chauffage.

Côté période médiévale, la fouille a livré une occupation très dense faite de trous de poteau, de fosses et de plusieurs puits maçonnés dont le fond n’a pas encore été atteint, ces vestiges fossoyés perçant plusieurs niveaux de sols successifs, probablement antiques et médiévaux. Un empilement si serré que chaque coup de truelle risque de traverser trois époques à la fois, ce qui explique la lenteur méthodique du chantier.

Une seconde fouille et des portes ouvertes en 2026

L’histoire ne s’arrête pas à la campagne de 2024. À une cinquantaine de mètres de cette première zone, un nouveau chantier a été ouvert sur la même colline, toujours à l’occasion de la construction d’une maison individuelle. L’Inrap y fouille une parcelle d’environ 750 m2, à moins d’une cinquantaine de mètres d’une fouille antérieure qui a livré des données significatives sur l’évolution de la ville primitive de Tonnerre depuis la période gauloise jusqu’au XVe siècle. Ce nouveau décapage permet de vérifier si le tracé du rempart et l’extension de l’oppidum se prolongent au-delà de la première emprise étudiée.

Ce chantier a même levé le voile pour le grand public : il a ouvert exceptionnellement ses portes ce jeudi 3 septembre 2026, dans le cadre de la saison scientifique et culturelle consacrée aux Gaulois par l’Inrap. Une occasion rare de voir, en direct, ce que quinze siècles de superposition ont fini par sceller sous la terre bourguignonne. Reste une question qui occupe encore les archéologues sur place : jusqu’où ce rempart réutilisé court-il sous le reste du centre ancien, là où aucun permis de construire n’a encore autorisé la moindre tranchée ?

Sources : x.com | inrap.fr

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