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La jeune mère qui avait laissé son bébé de 15 mois sans surveillance dans le bain, à Scarborough, en 2022, a été condamnée à trois ans de prison jeudi à Toronto. Tajah Henry avait plaidé coupable, en juillet 2024, d’une accusation d’homicide involontaire relativement à la mort du petit Mashiach.
Le plaidoyer de culpabilité avait montré que Mashiach s’était noyé dans la baignoire, le 5 novembre 2022, alors que sa mère faisait le ménage de l’appartement avec des écouteurs. La porte de la salle de bain avait été laissée entrouverte.
Les observations sur la peine avaient révélé que cette femme de 22 ans faisait l’objet d’une surveillance de la Société d’aide à l’enfance pour la façon dont elle élevait son fils.
Mashiach était tombé de sa chaise haute à l’âge de trois mois et de son lit à l’âge de cinq mois.
Le plaidoyer avait aussi permis de savoir que Tajah Henry, qui avait 19 ans à l’époque, avait découvert son fils inanimé dans une baignoire trop remplie pour sa petite taille.

Le service d’ambulance avait été appelé à l’appartement de Tajah Henry à Scarborough l’après-midi du 5 novembre 2022 à la suite d’un appel au 911. (Photo d’archives)
Photo : CBC
La répartitrice du 911 avait indiqué à la jeune mère la façon de donner les premiers soins. En vain.
Mme Henry avait expliqué aux ambulanciers que son bébé toussait ce jour-là et qu’elle avait eu l’idée de le mettre dans un bain d’eau chaude pour que la vapeur l’aide à mieux respirer. L’enfant avait été retrouvé sur le dos.
Une sentence lue avec émotion
La juge Jane Kelly, de la Cour supérieure de l’Ontario, a retenu de nombreux facteurs aggravants pour imposer sa peine, notamment la gravité des faits, la négligence de l’accusée et la vulnérabilité de la victime.
Mme Henry était au courant des risques que son enfant encourait s’il était laissé sans surveillance : la Société d’aide à l’enfance l’avait mise en garde plus d’une fois à ce sujet, a-t-elle dit.
Submergée par l’émotion, la magistrate a dû s’interrompre durant une minute avant de reprendre la lecture de la sentence. Elle a ajouté que la mort de Mashiach aurait pu être évitée s’il n’était pas resté seul de 5 à 10 minutes.
Mashiach était sans défense, il ne pouvait ni marcher ni se relever et sa mère ne pouvait pas entendre ses cris ou les éclaboussures dans le bain lorsque le bébé a basculé à la renverse, a-t-elle poursuivi.

La Société d’aide à l’enfance de Toronto connaissait déjà le dossier de Mashiach Henry lorsque le bébé s’est noyé dans la baignoire.
Photo : Radio-Canada / Lisa-Marie Fleurent
Mme Henry a failli à son devoir de mère de protéger son fils, elle a été négligente, la mort de Mashiach a été épouvantable et [Mme Henry] doit être condamnée, a-t-elle souligné en ajoutant que la peine doit respecter les principes de dénonciation et de dissuasion.
La Couronne avait réclamé quatre ans de prison (NDLR : le maximum au Canada est de six ans, selon la jurisprudence pour de tels crimes) et la défense avait demandé une peine de deux ans avec sursis à purger dans la communauté.
Une peine de prison dans un pénitencier est appropriée compte tenu des circonstances et de la loi, a précisé la juge, qui n’exclut toutefois pas la possibilité d’une réinsertion sociale.
Racisme systémique anti-Noirs
La magistrate a néanmoins retenu des facteurs atténuants, par exemple l’appel de l’accusée au 911, son plaidoyer de culpabilité, ses remords sincères, l’absence de casier judiciaire, son enfance troublée et son milieu familial.
Tajah Henry, qui a grandi dans une famille où le père était souvent absent, a été violentée et négligée par sa mère, par le petit ami de cette dernière et par sa grand-mère. Sa mère souffrait de problèmes de toxicomanie.
La délinquante, qui a 15 frères et sœurs, peut aujourd’hui compter sur le soutien de sa famille. Peu éduquée, elle a en outre manifesté le souhait de reprendre ses études.
La juge Kelly a enfin retenu les conclusions d’un rapport Morris (NDLR : rapport d'expertise sur l'impact du racisme anti-Noirs sur la peine) que la défense avait commandé en prévision des observations sur la peine. La rédaction du rapport explique les retards dans cette cause.

L’Hôpital général de Scarborough, dans l’est de Toronto, où la mort du petit Mashiach a été confirmée le 5 novembre 2022. (Photo d’archives)
Photo : CBC/Sue Reid
Un tel document est un rapport présentenciel qui aborde l’impact du racisme systémique sur un criminel ainsi que son implication dans le crime pour lequel celui-ci a été reconnu coupable.
Je reconnais que le racisme systémique anti-Noirs peut dans certains cas être pris en compte comme un facteur aggravant pour atténuer la culpabilité morale de Mme Henry, a-t-elle déclaré.
La magistrate a expliqué que le tribunal doit examiner attentivement les éléments de contexte social pour comprendre le degré de responsabilité de l’accusée.
À la lecture des documents que j’ai reçus, je reconnais qu’il existe un lien entre le racisme systémique constaté dans la communauté et les circonstances qui expliquent le comportement de Mme Henry dans cette affaire, a-t-elle conclu.
Tajah Henry, qui avait été libérée sous caution après son arrestation, a été menottée avant d’être emmenée par une gardienne après l’ajournement de l’audience.


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