Les ingénieurs de Hong Kong impriment des briques martiennes à 12 mégapascals le 10 septembre 2026 : la fin du ciment expédié depuis la Terre
Envoyer un sac de ciment sur Mars coûterait une fortune et prendrait des mois de trajet, pour un usage unique. Une équipe de l’université de science et technologie de Hong Kong vient de publier, le 10 septembre 2026 dans la revue Chem Circularity, la formule d’un matériau de construction pensé pour se passer entièrement du béton terrestre : du sable martien simulé, collé non pas par du ciment mais par de la levure génétiquement modifiée. Le procédé, dirigé par l’ingénieur civil Jishen Qiu, produit des prototypes dont la résistance rivalise déjà avec celle d’un béton de qualité médiocre.
À retenir
- Et si les futurs habitats martiens sortaient d’une cuve de fermentation plutôt que d’un four ?
- Une levure spécialement modifiée pourrait remplacer le ciment — et se recycler indéfiniment sur place
- Mars elle-même devient l’outil de construction : son vide et son froid durcissent les briques en minutes
Sommaire
- Une colle inspirée des moules marines, pas du ciment
- Le vide martien fait office de four
- Recycler la levure plutôt que la transporter depuis la Terre
Une colle inspirée des moules marines, pas du ciment
Le principe tient en trois ingrédients. Du sable simulant le sol martien pour la masse et la structure, de la gélatine qui sert de nourriture et de liant, et une levure spécialement modifiée pour l’occasion. Les chercheurs ont créé un matériau imprimable fait de sable maintenu par une colle biologique de gélatine et de levure modifiée. Le détail le plus surprenant reste la manière dont cette levure s’accroche au reste du mélange : assembler de minuscules grains de roche nécessitant une adhérence particulière, l’équipe de Qiu a inventé un nouveau mélange à base de gélatine et de levure modifiée en laboratoire. Concrètement, la levure a été enrobée de protéines très adhésives, dont certaines identiques à celles que les moules utilisent pour s’accrocher aux rochers. Un emprunt direct à la biologie marine pour résoudre un problème d’ingénierie extraterrestre, l’idée a de quoi surprendre. La gélatine maintient le mélange cohérent et nourrit les cellules en croissance, tandis que le sable apporte la masse structurelle.
Le vide martien fait office de four
Pas besoin de four à haute température pour durcir ce matériau. C’est là que l’astuce devient presque poétique : l’inspiration de Qiu lui est venue des fruits séchés par congélation, qui durcissent en perdant leur eau. Mars, avec son atmosphère quasi inexistante et ses températures extrêmes, agit comme un lyophilisateur naturel. La planète se comporte comme un « lyophilisateur naturel » : la combinaison de températures négatives et d’une pression atmosphérique négligeable fait que la glace se sublime directement en vapeur sans jamais fondre. Une fois extrudée par une imprimante 3D, la pâte se transforme instantanément au contact du froid et du vide. La matière visqueuse est extrudée par une buse d’imprimante 3D dans un environnement extrêmement froid et à basse pression, où elle se solidifie car l’eau gèle instantanément et passe directement de la glace à la vapeur. Le résultat ressemble à une mousse légère et poreuse, produite sans four ni fusion de roche.
Les tests menés par l’équipe donnent des résultats concrets. Pour l’instant, les structures imprimées sont de petits dômes de la taille d’un bouchon de vin, hauts de 45 millimètres et larges de 30 millimètres, mais le matériau lui-même est solide, avec une résistance à la compression de 10 à 12 mégapascals, comparable à un béton de faible qualité. Ramené à l’échelle terrestre, ce chiffre a de quoi impressionner Qiu lui-même : « c’est en réalité assez solide pour construire un bâtiment d’un ou deux étages sur Terre, dont la gravité est trois fois supérieure à celle de Mars », affirme-t-il. Sur Mars, moins soumise à la gravité, le même matériau pourrait donc soutenir des structures plus hautes.
Recycler la levure plutôt que la transporter depuis la Terre
L’argument central du projet n’est pas seulement mécanique, il est économique et logistique. Les méthodes concurrentes envisagées pour bâtir sur Mars reposent sur la fusion du régolithe à haute température. La plupart des propositions passées suggéraient de faire fondre le sol martien pour en faire des briques à l’aide d’une chaleur extrême, mais cela nécessite une énergie considérable, une ressource que les premiers colons manqueront cruellement. La levure, elle, offre un avantage que le béton ou la roche fondue ne peuvent pas égaler : elle se régénère. Les colons pourraient récupérer la levure des structures démantelées et la faire repousser dans des bioréacteurs. « Tant qu’il reste une seule levure vivante, on peut la refaire croître », précise Qiu. une même colonie de micro-organismes pourrait servir, en théorie, à construire un premier abri, puis être recyclée pour ériger le bâtiment suivant, sans jamais renvoyer une fusée sur Terre pour du ciment.
Qiu reste prudent sur les limites actuelles de son invention, tout en affichant une confiance nette sur le potentiel du procédé. « Je me demande toujours s’il existe une loi physique ou un mécanisme fondamental qui nous empêche de faire cela. Je n’en vois aucun pour l’instant. Nous sommes confiants sur notre capacité à passer à l’échelle », affirme-t-il. Une déclaration d’intention qui mérite d’être nuancée par un point que la revue elle-même reconnaît : les chercheurs ne savent pas encore si les levures pourraient survivre aux conditions martiennes réelles, et la méthode nécessiterait de toute façon de transporter la gélatine et la levure depuis la Terre. Le procédé n’a donc été validé qu’en conditions simulées en laboratoire, à basse température et sous vide partiel reproduisant l’atmosphère martienne, jamais sur le sol de la planète rouge elle-même.
Le détail passe presque inaperçu dans l’enthousiasme des premières annonces : la levure utilisée ici n’est pas un simple champignon de boulangerie, elle a été génétiquement modifiée pour produire ces protéines adhésives inspirées des moules, un processus qui suppose de maintenir en vie et de cultiver une souche biologique fragile sur un monde sans atmosphère respirable. À côté de ce projet, la NASA planche depuis plusieurs années sur une piste voisine avec des champignons filamenteux capables de tisser des réseaux racinaires autour de simulants de sol martien. Deux options qui partagent la même intuition : sur Mars, la brique de demain sortira peut-être moins d’un four que d’une cuve de fermentation.
Sources : popsci.com | ce.hkust.edu.hk


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