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Vietnam : l’eau potable peut contenir jusqu’à 300 fois plus d’arsenic que les recommandations de l’OMS !

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Au Vietnam, un chercheur a alerté sur la pollution de l’eau des deltas des fleuves rouges et du Mékong. Selon l’intéressé, les eaux se destinant à la consommation peuvent contenir jusqu’à 300 fois plus d’arsenic que le seuil que les recommandations officielles. Pourquoi une telle situation ? Que faire pour l’arranger ?

Les deux plus importantes régions du Vietnam fortement touchées

Rappelons tout d’abord quelques points de géographie concernant le Vietnam. Au sud, le delta du fleuve Mékong où l’on retrouve la capitale Ho Chi Minh City concentre entre 18 et 20 millions d’habitants. Cette zone est connue pour être le grenier à riz du pays, présentant une population très rurale vivant le long d’un immense réseau de canaux. Au nord, le delta du fleuve Rouge où se situe la ville d’Hanoï regroupe entre 23 et 24,5 millions de personnes. Il s’agit de la région la plus densément peuplée du pays, principalement urbaine.

Tran Le Luu, professeur associé à l’université vietnamienne-allemande d’Ho Chi Minh (Vietnam) s’est intéressé à la pollution des deux deltas par des métaux lourds, principalement l’arsenic. Entre 2010 et 2020, le chercheur a prélevé environ un millier d’échantillons afin d’analyser la qualité des nappes phréatiques. Deux études ont vu le jour, la première dans la revue Environmental Science and Pollution Research en 2017 et la seconde, dans la revue Environmental Science & Health en 2025.

L’auteur de l’étude a découvert que parfois, l’eau des deltas pouvait présenter une concentration en arsenic entre 100 à 300 fois supérieure aux recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), à savoir 10 µg/L (microgrammes par litre). Tran Le Luu affirme toutefois que certains niveaux peuvent être réduits de 30 à 50 µg/L, mais ces derniers restent supérieurs au seuil officiel. Par ailleurs, les taux de contamination sont très inégaux à l’échelle du pays.

Un élément toxique présentant des risques pour la population

Rappelons que l’arsenic est un élément chimique naturel présent dans la croûte terrestre et se dissolvant dans les eaux souterraines. Celui-ci est extrêmement toxique dans sa forme pure ou associé avec des éléments tels que l’oxygène, le chlore ou le soufre. Tran Lee Lu a également souligné que l’arsenic a des propriétés de liaison magnétique avec les oxyhydroxydes de fer.

« Les bactéries se nourrissent de matière organique en décomposition, consommant de l’oxygène et abaissant le niveau d’oxygène du sol ou de la nappe phréatique. Lorsque les conditions deviennent pauvres en oxygène, les microbes dissolvent les minéraux de fer et d’aluminium qui piègent naturellement l’arsenic et le libèrent. », a déclaré le chercheur.

Sans grande surprise, nombreuses sont les conséquences sur les populations locales les plus exposées : mélanose, hyperkératose, pigmentation de la peau, lésions cutanées, maladies cardiovasculaires et cancers.

Une solution idéale mais pas encore déployée

Pour contrer la crise, Tran Lee Lu préconise l’utilisation de la latérite naturelle. Il s’agit d’une roche sédimentaire rouge très riche en oxydes de fer et en aluminium, capable d’éliminer efficacement l’arsenic. Dans un premier temps, cette roche est broyée sous forme de granules puis placée dans une colonne de filtration. Lorsque l’eau contaminée traverse la colonne, l’arsenic se fixe solidement à la surface des particules de fer – un phénomène nommé « adsorption ». Précisons que le poison n’est pas simplement filtré mécaniquement, comme le sable filtrerait de la boue. Celui-ci est chimiquement « aimanté » et immobilisé par la roche.

latérite roche arsenicCrédit : Avinash Bhat / Flickr

Selon des tests menés par Tran Lee Lu, seulement quelques heures de traitement permet à l’eau de repasser sous le seuil 10 µg/L. Autrement dit, la latérite permet d’éliminer entre 80 et 90% de l’arsenic et ce, sans aucun produit chimique. Il s’agit d’ailleurs d’une méthode décentralisée, pensée pour les zones rurales et très peu couteuse.

Malheureusement, si la technique est scientifiquement validée et écologique, sa mise en place à l’échelle du Vietnam se heurte à plusieurs obstacles. Tran Lee Lu déplore en effet le manque de financements pour passer à l’échelle industrielle. L’autre principal problème est relatif au fait que la latérite ne détruit pas l’arsenic, elle le stocke. Cette caractéristique représente un sérieux défi quant à la gestion de ces déchets saturés en arsenic.

Yohan D

Rédigé par Yohan D

Vulgarisateur scientifique depuis plus de dix ans, je m’intéresse à la géographie, aux technologies et à l’environnement. J’espère attirer votre attention sur des sujets captivants !

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