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Plusieurs salles de spectacle et organisateurs de festivals à Edmonton applaudissent la décision du tribunal fédéral américain qui a déclaré Live Nation, la maison mère de Ticketmaster, coupable de monopole illégal. Ils y voient un moyen de retrouver plus de marge de négociation avec les plateformes de vente de billets, et un prix plus juste pour les consommateurs.
Le procès du géant de la billetterie en ligne a révélé que Ticketmaster avait profité de sa position dominante sur le marché pour surfacturer ses clients.
Chaque fois que nous utilisons Ticketmaster, nous devons ajuster le prix de nos billets en conséquence, pour que nos clients n'aient pas l'impression que nos tarifs ont augmenté à cause de leurs frais de service, explique Viet Nguyen, de Boodang Music Canada, un organisateur de concerts de musique électronique en Alberta.
Plus d’options sur le marché
Boodang, qui organise notamment le Bomfest et Scream (un festival musical durant la période de l'Halloween) à Edmonton, travaille avec des salles et des lieux d’événements différents.
C'est un maillon de la chaîne de production de spectacles, dominée par les plateformes de ventes de billets, selon Viet Nguyen.
Les entreprises de billetterie se montrent assez agressives dans leur approche des organisateurs et des salles pour décrocher des contrats. Cela passe par des accords de partage des recettes, des systèmes de primes, ou encore la signature de contrats à long terme assortis d'incitations financières et d'autres avantages, explique-t-il.
Ces stratégies commerciales sont décriées par les acteurs indépendants à Edmonton, car elles deviennent problématiques lorsque la plateforme de billetterie participe aussi à la production et à l’organisation d’événements.
Sahib Quraishi, l’un des organisateurs des festivals Downtown Defrost et Down By The River, a choisi de travailler avec Showpass, une entreprise calgarienne qui est le principal concurrent de Ticketmaster au Canada.
On cherche la flexibilité, la communication, l'analyse des données [...] Mais le plus important, c'est de chercher les frais les plus bas, car en réduisant les coûts, on fait en sorte qu'une autre entreprise ne vienne pas s'immiscer dans son événement, souligne-t-il.
Il voit ainsi d’un bon œil la décision de la justice américaine.
Aucune plateforme n'est parfaite, mais le fait qu'il peut exister plusieurs options sur le marché est, à mon avis, une bonne chose pour le secteur.
Terry Wickham, producteur du Festival folk d’Edmonton, est du même avis.
Quand Ticketmaster et Live Nation ont fusionné, il y a une quinzaine d’années, j’ai directement pensé que c’était une mauvaise idée. C’est le plus grand organisateur de concerts et le plus gros vendeur de billets dans le secteur de la musique. Cela allait forcément entraîner une hausse des prix des billets, se souvient-il.

Terry Wickham est le producteur du Festival folk d’Edmonton. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Manuel Carrillos Avalos
Il dit toutefois être satisfait de la collaboration avec Ticketmaster, qui remonte aux débuts du festival, il y a plus de 40 ans.
Leurs tarifs pour notre public sont très raisonnables. Nous avons négocié, car nous sommes un client de longue date, déclare Terry Wickham, ajoutant que la stabilité et la prévisibilité d’un poids lourd comme Ticketmaster sont des garanties pour la vente des billets du festival.
Un service plus large que la billetterie
Si les plateformes facturent leurs services de plus en plus cher, c’est aussi parce qu’elles ont bonifié leur offre.
Avant, les plateformes proposaient un service qui permettait simplement d'encaisser le paiement et d'émettre un code QR. Cette époque est révolue depuis longtemps. Désormais, elles touchent à bien d’autres aspects du cycle de vie d'un événement, constate Lucas McCarthy, directeur général de Showpass.
Ce dernier décrit Showpass comme le premier fournisseur de billets au Canada. L’entreprise calgarienne vend plus de 20 millions de billets par an à l'échelle mondiale, dont plusieurs millions en Alberta.
Dans un marché très compétitif, Showpass met l'accent sur la proximité. Offrir un soutien aux clients au téléphone et une présence aux événements plaît aux petits et aux moyens acteurs de la scène musicale albertaine.
Mais l'entreprise mise aussi sur l’innovation technologique en développant par exemple des outils pouvant prédire le succès d’un concert en fonction de la ville et de l’artiste, ou bien les besoins logistiques d’un événement indiquant le nombre d’effectifs nécessaires, leur répartition sur les lieux et la fréquence à laquelle ils doivent se déplacer.
Chez Ticketmaster, un des principaux atouts a été de développer un système de revente des billets, selon Michel Poitevin, professeur en sciences économiques à l'Université de Montréal.
Ça prend des ressources pour faire ça. Et la plateforme de revente qui serait valide pour Calgary, l'est également pour Montréal ou Los Angeles. Donc, il y a énormément d'économies d'échelle une fois qu'on a développé cette technologie, soutient-il.
Toutefois, Ticketmaster a élargi son service à un tel point que cela vient inhiber les acteurs locaux du secteur.
Les producteurs indépendants ne disposent pas des moyens financiers ni des infrastructures pour organiser eux-mêmes une tournée nationale. Les grandes entreprises bénéficient ainsi d'économies d'échelle que les producteurs indépendants ne peuvent tout simplement pas reproduire.
Pour Michel Poitevin, les mesures qui seront prises par la justice américaine concernant la position de Ticketmaster seront déterminantes pour l’avenir du secteur.
Je pense que Ticketmaster contrôle aussi le marché avec des ententes exclusives avec les artistes ou les salles. Si celles-ci sont brisées, il pourrait alors y avoir d'autres joueurs.


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