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Sur les trottoirs de 98 communes franciliennes sont restées depuis 2018 plus de 1 000 bornes de recharge que plus aucune voiture ne venait brancher

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Plus de 1 000 bornes de recharge sont restées abandonnées sur les trottoirs franciliens, et la facture du service est arrivée dans les comptes de 98 communes. Elles appartenaient à Autolib’, le service d’autopartage lancé fin 2011 et arrêté net le 31 juillet 2018, après sept années d’exploitation. Depuis cette date, plus aucune voiture ne vient s’y brancher, et le déficit laissé par le service s’élève à 293 millions d’euros.

Sept ans d’exploitation, pour un contrat prévu sur douze.

À retenir

  • Le service Autolib’ a cessé le 31 juillet 2018 après sept ans d’exploitation.
  • Le déficit du service atteint 293 millions d’euros.
  • Le syndicat mixte a été condamné à verser 66 millions d’euros à la filiale Autolib’.

Sommaire

  1. Un service censé ne rien coûter, qui a perdu 50 millions d’euros par an
  2. Qui règle l’addition des 293 millions d’euros
  3. Des Bluecar alignées, une intox américaine et des batteries retirées
  4. Des bornes orphelines et une facture encore ouverte

Un service censé ne rien coûter, qui a perdu 50 millions d’euros par an

Les premières Bluecar, au nombre de 250, ont été déployées à Paris le 5 décembre 2011. Le service était exploité par le groupe Bolloré via sa filiale Autolib, dans le cadre d’un contrat de délégation de service public signé pour douze ans. Autolib’ n’était pas censé solliciter d’aides publiques et devait apporter 56 millions d’euros de bénéfices par an. Il a au contraire accumulé 50 millions d’euros de pertes annuelles.

Côté industriel, la petite voiture grise a pourtant pesé lourd. En 2012, la Bluecar représentait 1 543 immatriculations, soit 28 % des voitures 100 % électriques enregistrées en France cette année-là. En septembre 2016, 5 689 exemplaires avaient été immatriculés dans le pays, la plupart affectés au service Autolib’.

L’adhésion des abonnés a été rapide au départ : 6 000 fin décembre 2011, puis 37 000 début octobre 2012, dont 13 000 avec un abonnement annuel. Cela n’a pas suffi, car les abonnés restaient trop peu nombreux et les recettes très en dessous des prévisions annexées au contrat. À l’arrêt du service, 4 000 voitures et 254 emplois étaient concernés.

La Bluecar fonctionnait avec une batterie lithium-métal-polymère de 30 kWh, pour une autonomie annoncée de 250 km. Cette batterie, dite « chaude », doit être maintenue à 60 degrés : non branchée, elle se décharge, voire s’endommage. Un acheteur d’occasion cité par l’AFP en tire la conclusion pratique : il faut prendre l’habitude de rebrancher le véhicule.

Qui règle l’addition des 293 millions d’euros

Le contrat contenait un garde-fou. En cas de déficit, l’entreprise assumait les pertes, mais seulement jusqu’à 60 millions d’euros. Le reste était à la charge des communes, au prorata du nombre de bornes installées. Ces communes sont membres du syndicat mixte Autolib’Vélib Métropole, soit 98 communes d’Île-de-France : Paris et 97 autres, qui avaient installé les bornes.

Bolloré avait d’abord tenté un autre calcul : en 2018, il notifie au syndicat mixte le défaut d’intérêt économique de la concession et demande 233,7 millions d’euros de compensation. France Bleu rapportait aussi une réclamation de 40 millions d’euros par an jusqu’en 2023, date de fin de la concession. La Mairie de Paris contestait ces chiffres.

Les élus ont refusé de payer et ont préféré résilier le contrat.

Après cette rupture anticipée, Bolloré a exigé plus de 250 millions d’euros de dédommagement et de remboursement des pertes accumulées. Le nombre de communes concernées varie selon les récits : certains évoquent 103 communes desservies par Autolib’, alors que le chiffre de 98 correspond au syndicat mixte. Diviser 293 millions par 98 donnerait près de 3 millions d’euros par commune, mais la répartition suivait le nombre de bornes, pas une part égale.

Des Bluecar alignées, une intox américaine et des batteries retirées

En 2021, une série de photos diffusée sur Facebook aux États-Unis était censée montrer un cimetière de véhicules électriques aux batteries défaillantes. Le post, partagé près de 400 fois, parlait d’une « décharge » près de Paris. La légende affirmait que leurs batteries se videraient de leurs toxines dans le sol. Les Observateurs de France 24 ont montré qu’il s’agissait de Bluecar issues d’Autolib’, déployé dans la capitale de 2011 à 2018, et arrêté à cause d’un lourd déficit.

Ces images de champs entiers de Bluecar montraient un stock en attente de revente, pas un cimetière de batteries mortes. Sur le site de stockage en Sologne, la Dreal Centre-Val de Loire jugeait en 2019 que le risque de pollution, une fois les batteries évacuées, était très limité. L’Argus avait constaté de son côté que les batteries avaient été enlevées, ce qui écartait un risque d’incendie. L’entreprise Autopuzz, elle, a racheté près de 3 500 Bluecar souvent issues d’Autolib’.

Les anciennes Autolib ne circulent plus dans Paris.

Des bornes orphelines et une facture encore ouverte

Les bornes de recharge, elles, ont posé problème longtemps après la fin du service. Plutôt que de toutes les arracher, la Ville de Paris a préféré les récupérer. Plus de 1 000 d’entre elles sont restées sur les trottoirs franciliens, ce qui ferait plus de 10 bornes par commune si on les répartissait à égalité entre les 98 communes.

Huit ans après l’arrêt, le dossier judiciaire n’est toujours pas clos.

Le syndicat Autolib’Vélib Métropole a été condamné par la cour administrative d’appel de Paris à indemniser la société Autolib, filiale du groupe Bolloré, à hauteur de 66 millions d’euros. Cette condamnation intervient alors que la clause du contrat plafonnait la part du concessionnaire à 60 millions d’euros, pour un déficit total de 293 millions.

Sources : le-bouillon-larochelle.fr | keops-ingenierie.fr | ici.fr

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