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Sous les yeux de 350 000 spectateurs du Bourget en 1973, le rival soviétique du Concorde a perdu une aile au-dessus de Goussainville

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Quatorze morts, quinze maisons rasées et un mystère jamais résolu : voilà ce qu’il reste du jour où le rival soviétique du Concorde s’est disloqué en plein ciel au-dessus du Val-d’Oise. L’URSS voulait prouver au monde entier qu’elle aussi savait faire voler un avion supersonique civil. La démonstration a viré au drame devant des dizaines de milliers de spectateurs du Salon du Bourget. Depuis, une question reste en suspens : que s’est-il vraiment passé dans ce cockpit pendant les dernières secondes de vol ?

À retenir

  • Le 3 juin 1973, le Tupolev Tu-144, rival soviétique du Concorde, s'est disloqué en vol lors d'une démonstration au Salon du Bourget et s'est écrasé sur Goussainville, tuant les six membres d'équipage et huit personnes au sol.
  • L'enquête n'a jamais déterminé la cause exacte du crash, évoquant une possible manœuvre d'évitement face à un Mirage IIIR français ou la chute d'une caméra ayant bloqué les commandes.
  • Cet accident a marqué la fin du programme Tu-144, un an avant l'ouverture de l'aéroport Charles-de-Gaulle à proximité du site de la catastrophe.

Un concurrent soviétique pour humilier le Concorde face au monde

Dans les années 1970, la guerre froide ne se joue pas seulement dans l’espace ou sur les terrains militaires. Elle se joue aussi dans le ciel civil, là où chaque nation veut prouver sa supériorité technologique. Côté occidental, la France et le Royaume-Uni misent sur le Concorde, un bijou d’ingénierie capable de voler plus vite que le son. Côté soviétique, le bureau d’études Tupolev a développé sa propre réponse : le Tu-144.

L’appareil ressemble tellement au Concorde que la presse occidentale l’a surnommé avec ironie le Concordski. Même silhouette effilée, même nez basculant, mêmes ambitions. Mais les Soviétiques veulent aller plus loin et prouver que leur ingénierie n’a rien à envier à son rival franco-britannique.

Le Salon du Bourget de 1973 devient alors la vitrine idéale. Le Tu-144 y est présenté juste après les vols de démonstration du Concorde, comme pour mieux souligner la rivalité entre les deux programmes. L’équipage soviétique, dirigé par le pilote Mikhaïl Kozlov, sait que chaque manœuvre sera scrutée par les ingénieurs occidentaux présents dans le public.

Six secondes de vol avant l’horreur de Goussainville

Le 3 juin 1973, dernier jour du salon, le Tu-144S immatriculé CCCP-77102 décolle pour sa présentation finale. L’avion vole bas, le long de la piste 060, dans une configuration spectaculaire destinée à impressionner l’assistance. Les témoins au sol décrivent des manœuvres extrêmes, presque à la limite de ce que l’appareil peut supporter.

C’est à ce moment précis que tout bascule. L’avion décroche à basse altitude, une situation particulièrement dangereuse puisqu’elle laisse très peu de marge de manœuvre à l’équipage pour reprendre le contrôle. Kozlov tente alors une récupération, mais les contraintes structurelles imposées à l’appareil deviennent trop importantes.

Le Tu-144 se disloque en plein vol et s’abat sur le quartier sud-est de Goussainville. Quinze maisons sont détruites par la chute des débris. Le bilan est lourd : les six membres d’équipage périssent, ainsi que huit personnes au sol. On dénombre également vingt-huit blessés parmi les habitants du quartier, frappés sans aucun avertissement par la catastrophe.

Le mystère du Mirage III : ce que l’enquête n’a jamais osé confirmer

Huit mois après le drame, un communiqué conjoint des enquêteurs français et soviétiques tombe. Il indique qu’aucune anomalie de conception n’a été trouvée sur le Tu-144. Autrement dit, l’avion lui-même n’était pas en cause. Le document évoque plutôt l’intervention probable du facteur humain, sans pour autant trancher définitivement sur la cause exacte de l’accident, officiellement classée non identifiée.

L’hypothèse la plus troublante concerne un Dassault Mirage IIIR, un avion de reconnaissance français qui se trouvait sur la gauche du Tu-144 pendant sa montée. Selon l’enquête, l’équipage soviétique aurait réagi par une manœuvre d’évitement instinctive, alors même qu’aucun risque réel de collision n’existait entre les deux appareils.

Une théorie non officielle, jamais confirmée, suggère que ce Mirage avait pour mission de photographier discrètement les plans canards du Tu-144, ces petites surfaces situées à l’avant de l’appareil et qui intéressaient particulièrement les ingénieurs occidentaux. L’enquête a aussi avancé une autre piste : l’ingénieur de bord Vladimir Benderov aurait laissé tomber une caméra de télévision, laquelle serait venue bloquer le manche de Kozlov en pleine tentative de récupération. Deux hypothèses, aucune certitude, et un dossier qui n’a jamais livré sa vérité définitive.

Cet accident a signé l’arrêt de mort du programme Tu-144. Un an plus tard, en 1974, l’aéroport Charles-de-Gaulle ouvrait ses portes, plaçant ironiquement Goussainville sous l’une des trajectoires de vol les plus fréquentées d’Europe. Aujourd’hui encore, le crash du Bourget reste un cas d’école, symbole d’une course technologique où l’ambition a parfois pris le pas sur la prudence.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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