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En plantant chaque jour des arbres depuis ses 16 ans sur une île indienne que l’érosion emportait, un homme a littéralement fait pousser 550 hectares de forêt

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1979. Un adolescent de 16 ans s’accroupit sur un banc de sable nu, au milieu du Brahmapoutre, et enfonce une pousse dans le sol. Le lendemain, il recommence. Plus de 45 ans plus tard, soit plus de 16 000 jours de plantation, ce geste a donné 550 hectares de forêt sur une île, Majuli, qui a perdu 71 % de sa surface d’origine.

À retenir

  • Jadav Payeng plante des arbres à Majuli depuis 1979.
  • Les racines fixent le sol et limitent l’érosion de l’île.
  • La forêt couvre aujourd’hui 550 hectares et abrite des tigres du Bengale.

Sommaire

  1. Un banc de sable, des serpents morts, une île qui fond
  2. Un geste répété plus de 16 000 fois
  3. Plus grande que Central Park, et peuplée de tigres
  4. Une distinction en 2015, un fleuve toujours là

Un banc de sable, des serpents morts, une île qui fond

Majuli est une île fluviale d’Assam, dans le nord-est de l’Inde. L’érosion y a fait disparaître 71 % de la surface originelle, plus des deux tiers, et il n’en reste qu’un peu plus du quart. Chaque mousson, les crues détruisent maisons et fermes alentour.

Jadav Payeng a 16 ans lorsqu’une crue du fleuve le met sur la voie. Il découvre des serpents morts sur un banc de sable brûlé par le soleil, rejetés là par l’eau et privés du moindre abri. Il demande conseil aux habitants d’un village voisin : les anciens recommandent le bambou et lui donnent les premiers plants. Il les met en terre, puis les arrose.

Les autorités forestières lui avaient prédit que rien ne pousserait là.

Un geste répété plus de 16 000 fois

Le principe tient en une ligne : des racines retiennent la terre. Jadav creuse, plante et arrose avec ses mains pour seul outil, sur un sable que les crues du Brahmapoutre remanient, et il le fait chaque jour depuis 1979.

Un programme officiel de plantation sur 200 hectares est lancé l’année suivante, et Jadav y est embauché comme ouvrier. Le projet ne dure que quelques années, puis le site est abandonné en 1983. Les autres ouvriers partent, lui reste pour arroser les jeunes pousses et entretenir celles qui ont pris racine. La forêt actuelle couvre aujourd’hui près de 3 fois la surface de ce programme interrompu.

Le bambou est arrivé en premier, puis d’autres essences ont suivi. Le banc de sable a ensuite accueilli des fourmis rouges, capables de modifier la composition du sol. Jadav a fini par s’installer sur place avec sa famille, pour s’occuper des arbres au quotidien. La forêt porte aujourd’hui Molai, le surnom de son enfance.

Rapportés aux jours écoulés, 550 hectares représentent en moyenne environ 335 m² de forêt gagnés par jour, un peu plus qu’un court de tennis. Le calcul reste approximatif, puisque la croissance des arbres n’est jamais linéaire.

Plus grande que Central Park, et peuplée de tigres

Le comparatif revient souvent : la forêt de Molai est plus grande que Central Park, le grand rectangle vert de Manhattan. Autre repère, elle équivaut à près de 700 terrains de football. Sur un sable que l’on jugeait hostile aux arbres, la plantation couvre aujourd’hui cette surface.

Des tigres du Bengale fréquentent cette forêt.

Ils ne sont pas seuls. Rhinocéros indiens, éléphants, singes, reptiles, vautours et, d’après certains décomptes, plus de 100 cerfs ont pris leurs quartiers entre les arbres. En 1979, ce même banc de sable n’offrait aucun abri à de simples serpents.

L’effet recherché dès le départ est bien là : les racines fixent le sol et limitent l’érosion. La forêt joue aussi un rôle de barrière naturelle face aux crues, selon les descriptions qui en sont faites.

Une distinction en 2015, un fleuve toujours là

Le Padma Shri lui a été remis en 2015.

Cela faisait 36 ans que la première pousse était en terre. Le travail avait été mené, dit-il, sans personne pour l’aider.

Le tableau n’est pas réglé pour autant. La réserve de Molai reste exposée à l’érosion de ses rives, et l’île a toujours le Brahmapoutre pour voisin, avec une crue à chaque mousson. Les hectares de forêt n’effacent pas les 71 % de surface perdus.

Pour qui veut s’en inspirer, la méthode de départ tient en deux gestes : demander aux anciens du coin quelle espèce tient dans ce sol, comme les villageois ont conseillé le bambou, puis revenir arroser sans attendre qu’un programme prenne le relais. Celui de 200 hectares s’était arrêté en 1983, la forêt, elle, a continué de grandir.

Sources : parisglobalforum.org | lemediapositif.com

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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