Sous l’avenue Simon-Bolivar, dans le 19e arrondissement de Paris, dort depuis 1921 une station de métro entièrement carrelée que personne n’a jamais empruntée. Son nom : Haxo. Sa construction a quasiment été terminée dans les années 1920, mais elle n’a jamais été ouverte au public. Les rames de la ligne 3 bis passent devant ses quais depuis un siècle, sans jamais s’arrêter.
À retenir
- Une station parisienne construite il y a cent ans n’a JAMAIS vu passer un seul voyageur
- À Berlin, la Guerre froide a transformé des dizaines de stations en zones interdites et surveillées par des militaires
- Ces lieux oubliés servent aujourd’hui de décors de cinéma parfaitement préservés par le temps
Sommaire
- Haxo, le décor de cinéma qui n’a jamais vu un voyageur
- Porte Molitor, Arsenal, Croix-Rouge : le musée souterrain des occasions manquées
- À Berlin, des gares transformées en zones interdites pendant la guerre froide
Haxo, le décor de cinéma qui n’a jamais vu un voyageur
Ce qui frappe d’abord, c’est l’illusion de normalité. La station ressemble en tout point aux autres avec ses quais, ses voûtes carrelées et sa signalétique, mais elle ne dispose d’aucun accès public. Pas d’escaliers, pas de couloir vers la rue : ses escaliers n’existent tout simplement pas. La station devait relier les lignes 3 et 7 actuelles via une voie unique surnommée la voie des Fêtes, mais le service de navettes mis en place entre Pré-Saint-Gervais et Porte des Lilas a fait un flop. Vu la faible fréquentation, seul un service de navettes a été mis en place, boudé du public et supprimé en 1939. Haxo n’a jamais vu passer un seul voyageur et ses accès extérieurs n’ont jamais été construits.
Le lieu n’est pourtant pas resté totalement inerte. La station est souvent utilisée par les réalisateurs, avec environ cinq films tournés par an, parmi lesquels Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. En 1993, elle a même servi de décor pour une occasion bien précise : la présentation à la presse du nouveau matériel roulant MF 88. Un carrelage centenaire, jamais foulé par le public, mais parfaitement entretenu pour les caméras.
Porte Molitor, Arsenal, Croix-Rouge : le musée souterrain des occasions manquées
Haxo n’est pas un cas isolé. À l’autre bout de la capitale, sous le 16e arrondissement, la station Porte Molitor connaît un destin presque symétrique. Construite sur un raccordement entre les lignes 9 et 10 appelé « voie Murat », elle possède un quai central encadré de deux voies, conçue pour desservir le Parc des Princes les soirs de matches. Le projet s’effondre pour une raison prosaïque : en 1932, la capacité du Parc des Princes est doublée et la station n’aurait pas pu assumer le flux de voyageurs attendu, si bien qu’elle n’ouvrira jamais, ses deux voies servant aujourd’hui de garage.
D’autres stations parisiennes prolongent cette liste discrète. On peut citer les stations Arsenal sur la ligne 5, Champ de Mars sur la ligne 8, ou encore Porte Molitor entre les lignes 9 et 10. Un peu plus au nord, la station Croix-Rouge, fermée en 1939 comme plusieurs autres arrêts de l’époque, n’a jamais rouvert ses portes au public mais sert aujourd’hui de décor pour des tournages de films et séries, son authenticité d’époque en faisant un lieu prisé par les producteurs parisiens. Quant à la station Porte des Lilas-Cinéma, elle a été construite en 1921 pour accueillir le terminus de la ligne 7 bis, un projet qui n’a jamais abouti, et constitue aujourd’hui le point de départ de la voie des Fêtes. Un réseau entier de couloirs achevés, carrelés, éclairés, et pourtant vides depuis un siècle sous les pieds des Parisiens.
À Berlin, des gares transformées en zones interdites pendant la guerre froide
Le phénomène prend une tout autre dimension à Berlin, où la géopolitique s’est invitée sous terre. Treize ans après la construction du mur, en 1961, des dizaines de stations de métro et de train urbain de Berlin-Ouest s’étaient transformées en tombeaux souterrains vides, éclairés a minima, surveillés par des soldats est-allemands en armes. Plutôt que de raser ces tronçons ou de dévier les tracés, les autorités est-allemandes ont opté pour une solution radicale : fermer purement et simplement les stations situées côté Est, sans toucher au tracé des voies.
Résultat, un ballet souterrain surréaliste s’est installé pendant près de trente ans. Les trains ralentissaient, mais ne s’arrêtaient jamais dans ces stations désertées. On les surnommait les Geisterbahnhöfe, littéralement les gares fantômes, et elles sont restées figées ainsi jusqu’en 1990. Une seule exception à ce régime : la station de Friedrichstrasse, avec son poste-frontière, qui servait de point de passage officiel entre les deux Berlin. Partout ailleurs, les usagers de l’Ouest traversaient ces quais abandonnés en apercevant, à travers les vitres, des militaires figés dans la pénombre.
Aujourd’hui, l’une de ces anciennes gares fantômes, Nordbahnhof, conserve une trace matérielle de cette parenthèse. Les quais de certaines anciennes stations fantômes portent encore des carreaux d’origine, jamais rénovés entre la construction du Mur et la réunification. Un carrelage berlinois figé dans les années 1960, tout comme celui de Haxo l’est resté depuis les années 1920 : deux villes, deux histoires, un même réflexe de laisser le carrelage parler à la place des voyageurs absents.
Sources : parissecret.com | berlin.de


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