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Sous le fort de Douaumont, près de Verdun, repose depuis 1916 une galerie murée que personne n’a jamais rouverte

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Six cent soixante-dix-neuf corps de soldats allemands reposent depuis plus d’un siècle derrière un mur de béton, au cœur même du fort de Douaumont, sur les hauteurs de Verdun. Cette sépulture scellée n’est pas une légende de guerre : elle figure au programme de la visite du site, sous une simple croix qui indique au public l’emplacement exact du cimetière intérieur. Le 8 mai 1916, une explosion accidentelle d’un dépôt de grenades provoque la mort de six cent soixante-dix-neuf soldats allemands, ensevelis dans une galerie qui reste murée depuis lors. Une galerie qu’aucune main, française ou allemande, n’a jamais rouverte.

À retenir

  • Une explosion accidentelle de grenades tue des centaines de soldats en quelques secondes
  • Les autorités allemandes choisissent de murer les dépouilles plutôt que de les évacuer
  • Sept mois plus tard, une catastrophe identique frappe les Français au même endroit

Sommaire

  1. Un lundi matin de mai, l’enfer se referme sous terre
  2. Murer plutôt qu’exhumer : la naissance d’un tombeau militaire
  3. Une seconde tombe scellée, française cette fois
  4. Le fort transformé en musée à ciel ouvert et sous terre

Un lundi matin de mai, l’enfer se referme sous terre

Il est six heures du matin ce 8 mai 1916 quand tout bascule. La veille, les bombardements français avaient été très violents et l’ouvrage avait reçu les blessés ; un bataillon au repos et de nombreuses troupes se trouvaient dans le fort, quand une violente explosion accidentelle, celle d’un dépôt de grenades due à une erreur humaine, mit le feu à un dépôt voisin de lance-flammes. D’autres témoignages, issus d’historiques régimentaires allemands consultés par des passionnés de la Première Guerre mondiale, évoquent plutôt un lance-flammes mal éteint par un pionnier bavarois. L’origine exacte de la catastrophe reste discutée aujourd’hui encore, faute de rapport officiel unanime.

Le souffle, lui, ne laisse aucune place au doute sur sa violence. Selon un récit détaillé du déroulement de la matinée, trois explosions retentissent, suivies d’une énorme onde de choc qui se propage dans tout le fort, bien plus importante que s’il s’était agi d’un tir direct d’obus, et un écran de fumée et de gaz asphyxiant envahit l’ouvrage tout entier. Des couloirs entiers, conçus pour protéger, se transforment en pièges mortels. Les corps sont littéralement catapultés dans tous les coins par groupes de trois ou quatre à la fois, des centaines d’Allemands meurent par asphyxie, et au prix d’un énorme effort, seule une centaine d’occupants sont sauvés.

Le bilan humain, lui aussi, varie selon les sources. Les pertes furent lourdes, de 800 à 900 soldats sont tués selon le médecin Benno Hallauer, le premier arrivé sur les lieux, un chiffre que d’autres témoignages de l’époque font grimper à près d’un millier. Ce médecin militaire, dont le récit reste la source principale de cette tragédie, connaîtra lui-même un destin tragique : de confession juive, il sera déporté et exterminé lors de la Seconde Guerre mondiale, un épisode que la documentation proposée aux visiteurs du fort n’évoque pas.

Murer plutôt qu’exhumer : la naissance d’un tombeau militaire

Face à l’ampleur du désastre, l’armée allemande ne peut pas évacuer tous les corps. Les Allemands commencèrent à enterrer les morts mais comme on en retrouvait toujours, le commandement les fit placer dans deux casemates qui furent murées : 679 sont enterrés derrière cette croix, c’est le cimetière allemand du fort. Une décision pragmatique, dictée par l’urgence des combats qui font toujours rage à l’extérieur, mais qui scelle pour toujours le destin de ces centaines d’hommes, souvent de jeunes recrues qui découvraient à peine le front de Verdun.

Le fort porte depuis un surnom glaçant. Le fort reçu le surnom de Sargdeckel, le « couvercle de cercueil », à cause de sa forme allongée et bombée. Une image qui prend tout son sens quand on sait qu’une partie de sa structure abrite littéralement des dépouilles scellées derrière des mètres de béton et de maçonnerie. Le lieu, pensé pour défendre des vivants, est devenu malgré lui le tombeau collectif de ceux qu’il n’a pas su protéger.

Une seconde tombe scellée, française cette fois

L’histoire ne s’arrête pas là. Sept mois plus tard, le fort connaît un nouveau drame, qui aboutit lui aussi à une paroi murée que personne n’a jamais rouverte. Le 14 décembre 1916, un obus allemand de 420 mm tombe au-dessus d’un piédroit du casernement, perçant le béton et la maçonnerie, faisant s’effondrer les deux casemates voisines : 21 soldats français sont tués. Cette fois, l’évacuation est partielle. On put en sortir quatorze pour les enterrer à l’extérieur, les sept autres, dont les noms sont inscrits sur une plaque, furent déchiquetés et reposent encore derrière un mur épais qui mure maintenant la casemate.

Douaumont abrite donc, à quelques dizaines de mètres l’une de l’autre, deux sépultures murées, l’une allemande et l’une française, nées à sept mois d’intervalle du même acharnement de l’artillerie. Un symétrie macabre que peu de visiteurs soupçonnent en parcourant les couloirs humides du fort.

Le fort transformé en musée à ciel ouvert et sous terre

Repris par l’armée française le 24 octobre 1916 après huit mois d’un déluge de feu, l’ouvrage devient l’un des symboles les plus visités du champ de bataille de Verdun. Le site est accessible du lundi au dimanche, de 10 heures à 17 heures 30, avec un prix d’entrée de 5 euros pour les adultes de plus de 18 ans et 4 euros pour les jeunes de 8 à 18 ans. Casernement, tourelle de 155, casemate de Bourges, postes de commandement allemands : le parcours plonge le visiteur dans une petite ville souterraine figée depuis plus d’un siècle, où les éclats d’obus jonchent encore le sol par endroits.

Mais c’est bien devant la croix du cimetière allemand, gravée dans le béton, que l’expérience prend une tournure différente. Le visiteur ne marche plus simplement sur les vestiges d’une guerre ; il longe une paroi derrière laquelle reposent, sans sépulture individuelle, des centaines d’hommes jamais exhumés. Le fort de Douaumont n’est plus seulement un lieu de mémoire militaire : il est devenu, malgré lui, l’un des rares endroits en France où l’on visite un cimetière sans jamais voir les corps qu’il contient.

Sources : cnes.fr | aufildesmotsetdelhistoire.unblog.fr

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