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« Si on n’avait rien fait, Miquelon serait mort » : le village français déménage

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Situé à près de 20 km de l’île de Terre-Neuve, au cœur de l’archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon, le village de Miquelon-Langlade, qui compte environ 600 habitants, doit être déplacé un peu plus de deux kilomètres à l’intérieur des terres. En cause : la montée du niveau de la mer, l’érosion et la multiplication des tempêtes. Où en est aujourd’hui la municipalité dans ce vaste et ambitieux chantier?

Les changements climatiques avaient déjà incité les autorités françaises à interdire, dès 2014, pratiquement toute nouvelle construction dans les secteurs les plus exposés. Le passage de l’ouragan Fiona, en 2022, a poussé les autorités à accélérer le projet de relocalisation.

Il s’agit d’une première en France. Jamais auparavant un village entier n’avait été appelé à être relocalisé en prévision d’un risque climatique.

La plupart des maisons du village se trouvent actuellement à moins de deux mètres au-dessus du niveau de la mer. Elles devront donc être reconstruites sur des terrains situés à une altitude plus élevée.

Franck Detcheverry.

Franck Detchverry est maire de Miquelon.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Au total, environ 300 résidences, principales et secondaires, sont concernées par le projet et pourraient faire l’objet d’une indemnisation.

Le maire de Miquelon-Langlade, Franck Detcheverry, confirme que les travaux ont commencé. La construction de neuf maisons est déjà en cours et plusieurs autres doivent suivre.

Après, il y a des gens qui ne veulent pas bouger parce qu'ils sont attachés à chez eux, dit-il. C'est sentimental. Moi, je le comprends, ça aussi. Je respecte ça. Par contre, si aujourd'hui on n'avait rien fait, c'est sûr et certain que Miquelon serait mort, sur le long terme.

C'était la seule option qu'on avait, puisqu'on n'a plus le droit de construire dans le village — ou très peu. L'État nous a annoncé un durcissement des règles, et lorsque c'est fini, il n'y aura plus aucune nouvelle construction dans le village.

Un second souffle pour Miquelon

Parmi les neuf maisons en construction, l’une est déjà terminée.

Sept d’entre elles appartiennent à des propriétaires dont les résidences ont été rachetées grâce au Fonds Barnier, un dispositif français destiné à accompagner les populations exposées à des risques naturels imminents.

C'est un projet compliqué. Il faut déconstruire les maisons, il faut faire accepter, il faut refaire des bâtiments publics.

Une fois que vous avez été sélectionné, les services de l'État vont aller dans votre maison. Ils mesurent la maison avec un géomètre agréé. Nous, à la mairie, on reçoit l'estimation, explique Franck Detcheverry.

Je la transmets aux habitants concernés qui ont, en général, environ un mois pour nous répondre à savoir s'ils acceptent ou pas la somme. Et une fois qu'ils l'ont acceptée, ils ont la somme, là, pour reconstruire.

Carte montrant le lieu de l'emplacement choisi pour le nouveau village de Miquelon-Langlade.

Lieu de l'emplacement choisi pour le nouveau village de Miquelon-Langlade.

Photo : Radio-Canada

M. Detcheverry souligne que les travaux de raccordement aux différents réseaux — aqueduc, eau potable, télécommunications et électricité — sont en voie d’être achevés. L'aménagement d’une nouvelle zone d’assainissement pour les eaux usées doit débuter très prochainement.

La municipalité prévoit la construction d’une dizaine de maisons par année, une cadence qui devrait permettre de relocaliser progressivement l’ensemble du village.

Cet immense projet donne une perspective aux jeunes qui ne pouvaient plus s'installer sur l'île.

Avec ça, on va pouvoir créer du logement, qui nous manque cruellement actuellement. On ne peut plus loger les gens, ici, sur Miquelon, note le maire. Aujourd'hui, on donne un second souffle [...] qu'on avait perdu. Ça génère des emplois, ça génère une perspective d'avenir, ça génère de l'activité.

Plusieurs autres étapes à franchir

Questionné sur la durée de ce projet historique, le maire ne peut se prononcer : On n'a aucune idée de la durée.

Plutôt que de réclamer d’un seul coup auprès de l’État français les quelque 100 millions d’euros nécessaires, la municipalité a préféré envisager des demandes de financement étalées sur une longue période, dit-il

Si on demandait cet argent petit à petit, sur une très longue période, ce serait plus facile d’obtenir de l’argent, a-t-il expliqué, estimant qu’une demande immédiate de la totalité de la somme aurait peu de chances d’aboutir.

On a préféré être pessimiste au départ. Ça demande beaucoup de financement. On parle d'à peu près 300 millions de dollars canadiens. Donc, c'est énorme.

Cette prudence se reflète également dans l’échéancier du projet, qui prévoit le déplacement progressif de la communauté.

Le chantier comporte aussi de nombreux défis, notamment la déconstruction des maisons existantes, l’acceptation du projet par la population ainsi que la reconstruction de bâtiments publics.

Une affiche indique Miquelon à l'entrée du village.

Le village de Miquelon est situé au nord de l'île.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

La municipalité est également à la recherche d’entrepreneurs, français ou étrangers, pour accompagner les résidents dans la construction de leur nouvelle maison.

Elle souhaite aussi offrir d’autres options de relocalisation, notamment la possibilité pour certains habitants de s’installer dans des logements en copropriété, comme des condos.

C'est là une des prochaines étapes auxquelles il va falloir s'atteler. C'est d'essayer de trouver des entreprises qui puissent proposer ça aux gens — des choses clé en main — qui ne peuvent pas construire leur maison.

Autre grand défi pour la municipalité : le transport des matériaux de construction, dont les coûts sont particulièrement élevés sur l’île.

Pour réduire cette dépendance et faciliter les travaux, une carrière devrait ouvrir d’ici un à deux ans. Elle pourrait notamment fournir les matériaux nécessaires à la construction du nouveau village et de la nouvelle route qui y mènera.

La visite du président français?

L'archipel doit recevoir le président français dans quelques semaines, souligne le maire. Il espère qu'un soutien financier accompagnera cette visite.

Le président Emmanuel Macron vient à la fin du mois de septembre, je l'espère, annoncer un engagement de l'État pour la phase deux. C'est un peu l'espoir qu'on a aujourd'hui, confie Franck Detcheverry.

Cette phase prévoit notamment la construction de routes, de trottoirs et de réseaux afin de pouvoir installer encore plus de nouvelles maisons.

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