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La réplique exacte du San Juan, un galion basque échoué au Labrador en 1565, doit traverser l’océan Atlantique en 2028, de Pasaia, en Espagne, jusqu’à Red Bay, dans le sud du Labrador. Un événement historique très attendu, mais qui pourrait être compromis par l’état déplorable du quai du village.
La vue sur le quai délabré et fissuré est frappante lorsque les visiteurs arrivent sur le site historique de Red Bay. Délimité par une structure orange, il tranche nettement avec les paysages pittoresques environnants.
Malgré sa petite taille et son emplacement reculé, Red Bay, qui compte 140 habitants, est loin de passer inaperçu. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2013 en raison de sa riche histoire basque, il accueille chaque année près de 10 000 passionnés d'histoire.
Ce nombre risque d’exploser avec l’arrivée du San Juan, mais on est loin d’être prêt.
Des milliers et des milliers de personnes vont venir pour cette histoire et ce grand événement. Ce n’est pas juste à propos de Red Bay, c’est à propos de toute une région!
Des Basques venus d’Espagne et de France s’y rendaient dans les années 1500 pour chasser la baleine, récolter son huile et éclairer ainsi des milliers de chaumières en Europe.

Des fragments de tuiles basques se trouvent un peu partout dans le village de Red Bay et sur l’île Saddle.
Photo : Radio-Canada / Marie-Eve DuSablon
Ce sont ces vestiges qu’on retrouve encore un peu partout. Sur la terre ferme, avec ces milliers de fragments de toitures orangées, mais aussi dans les eaux, où reposent plusieurs navires naufragés, dont le véritable galion basque San Juan, qui gît au fond du havre de Red Bay depuis 1465.
Après que [l’historienne] Selma Barkham ait fait une quantité incroyable de recherches sur les Basques, Parcs Canada et [l’archéologue] Robert Grenier ont fait des plongées sous-marines incroyables, et ont documenté tout cela, explique Lisa Dempster, députée provinciale de la région.

Les fouilles subaquatiques se sont déroulées pendant huit ans.
Photo : Gracieuseté - Alabaola Itsas Kultur Faktoria
De l’autre côté de l’Atlantique, à Pasaia, en Espagne, le maître charpentier naval Xabier Agote a eu l’idée de reconstruire le galion en se basant sur trois décennies de recherche effectuée par Parcs Canada, puis de faire voyager l’œuvre de sa vie jusqu’à son lieu d’origine, comme le faisaient les Basques il y a 500 ans.
Le quai provincial s’effondre
Bien que la municipalité attende ce moment avec impatience et optimisme, de grands défis se dressent à l’horizon pour accueillir le San Juan et des milliers de visiteurs pendant plusieurs semaines. Parmi ces défis, l’état de détérioration du quai de Red Bay, qui appartient au gouvernement provincial.

En piètre état, le quai de Red Bay est maintenant fermé au public.
Photo : Radio-Canada / Marie-Eve DuSablon
En 2024 , des études ont été menées par le gouvernement libéral de l’époque, pour finalement reconnaître que les choses ne sont pas bonnes, rappelle Lisa Dempster.
Aujourd’hui, en 2026 , rien n’a encore été fait. Le compte à rebours est lancé, souligne Keith Pike, directeur des services municipaux à Red Bay.
Il reconnaît que les travaux dans cette région prennent plus de temps et coûtent plus cher, en raison de son isolement géographique. Les travaux sont estimés à environ 1,6 million de dollars, selon Mme Dempster.
Celle-ci ajoute que ce quai serait un investissement tellement précieux et pas un gros, à mon avis, étant donné les bénéfices que cela apporterait non seulement à Red Bay [...], mais à la région entière et à la province entière. C'est une affaire énorme.
Tout le monde devrait travailler ensemble, y compris le cabinet du premier ministre. C'est un événement international. Nous devons faire en sorte que cela se produise.
Le ministre a dit dans le passé que l’investissement ne serait pas fait, parce que Red Bay n’est pas un quai actif. Mais c’est loin de la vérité. C’est un port très actif, ajoute Keith Pike.

Keith Pike est le directeur des services municipaux du village de Red Bay.
Photo : Radio-Canada / Marie-Eve DuSablon
Il dit tout de même avoir bon espoir de recevoir de l’aide du fédéral, malgré le temps qui passe à la vitesse grand V.
Selon la députée Lisa Dempster, Parcs Canada travaille actuellement en étroite collaboration avec l’Espagne afin d’anticiper l’affluence attendue pour cet événement. La réplique du San Juan pourrait rester à quai à Red Bay pendant environ deux mois, avant de poursuivre sa route vers d’autres ports, notamment Montréal.
Ce serait une terrible injustice pour cette ville, cette région et cette province, parce que le potentiel est ici.
Ce n'est pas un cas où nous disons : si nous faisons cela, nous pensons que les gens viendront. Nous ne sommes pas là. Nous avons dépassé ce point. Les gens sont ici. Ils viennent et sont plus nombreux, affirme-t-il.
Selon lui, il s’agit aussi d’un investissement à long terme pour la région.
Qu’en est-il du logement?
Comme dans les autres villages du sud du Labrador, loger et nourrir autant de visiteurs promet d'être un défi. Bien qu’il existe des possibilités d’hébergement à au moins 30 minutes dans les villages voisins, Red Bay n’a pas reçu de financement pour accueillir plus de visiteurs la nuit. Pourtant, ce besoin est criant.
Je pense qu'ici à Red Bay, il y a eu un bon travail de fait pour commercialiser l'endroit et de plus en plus de gens viennent. Nous avons beaucoup de trafic de véhicules récréatifs qui passe par l'Ontario, le Québec maintenant. Et avec l'Expédition 51°, ces chiffres vont augmenter chaque année, dit M. Pike.

Sheena Fowler est directrice de l’entreprise Whaler’s Quest.
Photo : Radio-Canada / Marie-Eve DuSablon
Selon Sheena Fowler, directrice de l’entreprise Whaler’s Quest, la liste des choses à accomplir est longue, notamment en matière d’hébergement, mais aussi pour mettre en place une station-service, un point d’approvisionnement en eau et des installations pour la vidange.
Keith Pike rappelle que les Labradoriens sont habitués à faire avec peu, à se retrousser les manches et à s’entraider.
Il espère toutefois toujours une réponse du gouvernement, non seulement pour assurer la réussite de cet événement mondial, mais aussi pour contribuer à l’avenir de la communauté.


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