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La Couronne a mis fin à ses arguments au procès de Frank Stronach afin de laisser la place à la défense pour qu'elle appelle ses propres témoins. L’homme d’affaires de 93 ans fait maintenant face à neuf accusations à caractère sexuel après que la Couronne a abandonné l’accusation de grossière indécence, un des trois chefs concernant la septième plaignante.
AVERTISSEMENT : cet article pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs.
Deux accusations avaient déjà été abandonnées lundi au sujet de la plaignante no 6. Les dernières accusations d’agression sexuelle se rapportent à des faits qui remonteraient jusqu’en 1977 à Toronto.
La présumée victime de 69 ans, qui en avait 24 ou 25 à l’époque, affirme qu’elle a rencontré Frank Stronach en 1982 ou en 1983 dans sa boîte de nuit et qu’il l’a conviée au restaurant sept jours plus tard.
L’identité de la sexagénaire est protégée par une ordonnance de non-publication.
Elle a déclaré que l’homme d’affaires, qui avait alors 49 ou 50 ans, l’avait ensuite violée dans sa garçonnière du centre-ville, où il l’avait invitée à prendre un dernier verre après le souper.
Fin abrupte du contre-interrogatoire
La défense a suggéré mercredi que la dernière accusatrice de son client est toujours motivée à le poursuivre au civil parce qu’elle n’est pas aussi riche qu’elle le prétend.
L’avocate Leora Shemesh a laissé entendre que la plaignante no 7 aimait se faire passer, aux yeux de la juge, pour une femme très occupée et fortunée, question d’asseoir sa crédibilité.
La femme a expliqué qu’elle était très accaparée par les affaires de sa compagnie. Je suis en train de rater une conférence majeure à Toronto en ce moment parce que je suis assise ici, a-t-elle dit.

La juge Anne Molloy, de la Cour supérieure de l’Ontario, a rappelé à la plaignante numéro 7 qu’elle était toujours sous serment au troisième et dernier jour du témoignage de cette femme de 69 ans.
Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould
Elle a affirmé qu’elle était en contact avec la vice-présidente de l'exploitation de sa société pour qu’elle la tienne au courant de ce qui passe à cette conférence.
La plaignante a assuré qu’elle n’était pas descendue au même hôtel que sa collègue, mais elle a avoué qu’elle est une amie de longue date et qu’elles s’étaient parlé au téléphone hier soir.
Nous n’avons pas discuté de ce qui s’est dit au procès durant la journée, a-t-elle déclaré. Elle m’a toutefois révélé qu’on l’avait citée à comparaître.
Me Shemesh lui a ensuite posé des questions sur les revenus de l’entreprise qu’elle possède.
La femme a admis que sa société ne faisait plus beaucoup d’argent depuis la fin de la pandémie et qu’elle a été transformée en société de holdings.
Elle a mentionné qu’elle avait cumulé des revenus commerciaux de 800 000 à 900 000 $ durant la pandémie pour des services de vente et que ses revenus personnels atteignent environ 60 000 $ par année.
Elle a expliqué que son comptable avait la responsabilité de remplir ses déclarations de revenus. Mais bien sûr que je déclare mes revenus, a-t-elle souligné, offusquée.
La femme avait en outre révélé mardi qu’elle n’avait aucune intention de poursuivre Frank Stronach.
Nouvelles insinuations de mensonge
Me Shemesh est par ailleurs revenue à la charge mercredi en disant à cette femme qu’elle avait menti durant son témoignage au procès.
L’avocate faisait référence au témoignage de la plaignante lors de l’enquête préliminaire en avril 2025, lorsqu’elle avait dit qu’elle n’avait pas lu un article de presse sur une autre plaignante, qui soutient elle aussi que Frank Stronach lui a déchiré ses collants lors de leur rencontre.
Or, la plaignante avait déclaré à la police et au procureur de la Couronne qu’elle avait bien lu l’article en question.
La femme a précisé que son témoignage au procès était inexact parce qu’elle était bouleversée et désorientée par son expérience au tribunal.

À la fin de son contre-interrogatoire, Me Shemesh a dû affronter une femme toujours aussi combattive qu’au premier jour.
Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould
Me Shemesh a également mentionné d’autres déclarations de cette femme à l’enquête préliminaire dans lesquelles elle affirmait qu’elle n’avait contacté personne avant de dénoncer Frank Stronach au poste de police en août 2024.
La plaignante no 7 avait cependant dit, plus tôt cette semaine, qu’elle avait bien consulté un avocat avant de contacter la police à la fin juillet 2024.
Elle a expliqué qu’elle pensait que sa conversation avec un avocat constituait des informations confidentielles.
Elle a en outre reconnu qu’elle avait demandé à la vice-présidente de l'exploitation de l’accompagner au poste de police parce qu’elle était craintive et avait besoin d’un soutien moral.
J’ai été étonnée d’apprendre qu’elle avait elle aussi fait une déposition à la police, mais nous n’avons pas parlé ensemble de nos déclarations respectives aux détectives, a-t-elle assuré.
Dernier témoin à charge du procès
La Couronne a appelé à la barre des témoins la vice-présidente en question pour éclaircir le témoignage de la plaignante.
Le nom de cette femme est lui aussi protégé pour éviter d’identifier la plaignante no 7.
Dans son contre-interrogatoire, l’amie de la plaignante a confirmé qu’elle n’avait pas parlé de l’affaire Stronach dans la voiture lorsqu’elle l’a raccompagnée après la visite au poste de police.
Nous trouvions bizarre d’être convoquées par la police de Peel puisque sa rencontre avec M. Stronach s’était passée à Toronto, a-t-elle déclaré.

La procureure Jelena Vlacic interroge son dernier témoin à charge, une amie et collègue de la plaignante numéro 7. Sa consœur, Julia Bellehumeur, est assise à ses côtés.
Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould
La témoin a ajouté que son amie avait été désemparée mais satisfaite d’apprendre qu’elle n’était plus la seule.
Elle a rappelé la façon dont son amie lui avait confié son secret.
Il y a 7 ou 10 ans, nous avions organisé une foire commerciale à Québec et nous regardions, le soir à l’hôtel, un documentaire sur des violeurs en série et elle m’a dit qu’elle avait déjà été violée, mais sans mentionner qui que ce soit, s’est-elle rappelée.
Elle a précisé qu’elle ne lui avait rien demandé à ce sujet parce qu’elle sait d'expérience qu’il est très difficile pour une victime de révéler de telles choses.
Elle a confirmé qu’elle avait compris bien plus tard, en juin 2024, qu’il s’agissait de Frank Stronach lorsqu’elles ont entendu aux nouvelles qu’il faisait face à des accusations d’agressions sexuelles de la part de trois femmes.
Elle criait : "C’est lui, c’est lui!" a-t-elle souligné.

La juge Anne Molloy a discuté avec la procureure Jelena Vlacic (à gauche) et avec l’avocate de la défense, Leora Shemesh, de l’horaire des prochaines audiences.
Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould
Avec ce dernier témoignage, la Couronne a mis fin à son argumentation. Ce sera au tour de la défense d’appeler ses témoins à partir de lundi. L’audience a donc été ajournée à vendredi.
Me Shemesh compte toutefois présenter auparavant une requête pour demander à la juge d’imposer un verdict immédiat au sujet des allégations des plaignantes no 2 et no 3.
On ne connaît pas la teneur du verdict imposé qu’elle réclame, mais il ne peut pas s’agir d’un acquittement, selon la loi.
Dans un aparté avec un journaliste de CBC, Frank Stronach a déclaré, lors de la suspension de l’audience, mardi, que la justice triomphera à l’issue du procès.


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