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Près du quart des profs québécois enseignent dans des classes surpeuplées

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Enseigner à des classes surpeuplées est une réalité de plus en plus répandue dans les écoles québécoises. Près du quart des enseignants ont été dédommagés parce que le nombre d’élèves dans leur classe a dépassé le maximum prévu. Le montant qui y est consacré a doublé depuis cinq ans. Coût de l’opération : 21 millions $, pour une année seulement.

C’est beaucoup trop, lance Richard Bergevin, président de la Fédération des syndicats de l’enseignement.

Selon les plus récentes données du ministère de l’Éducation obtenues par Radio-Canada grâce à une demande d’accès à l’information, environ 20 000 enseignants ont reçu cette indemnité en 2024-2025, ce qui représente une proportion de 23 % (en équivalent temps plein). Il y a cinq ans, cette proportion était plutôt de 19 %.

Les contraintes financières, de même que le manque d’espace et de personnel qualifié, peuvent expliquer la situation, indiquent des acteurs du réseau scolaire.

Ce mécanisme de compensation financière est prévu à la convention collective des enseignants. Les montants sont bonifiés chaque année, mais cette augmentation ne permet pas à elle seule d’expliquer que les indemnités sont passées de 9,1 millions $ en 2020-2021 à 21,2 millions $ en 2024-2025.

Le nombre de classes surpeuplées augmente, tout comme le nombre d’élèves excédentaires, en conclut la Fédération des syndicats de l’enseignement.

Ce n’est pas rendre service aux élèves

Il s’agit d’une réalité très répandue, confirme Sylvain Dancause, qui enseigne dans une école secondaire de Québec. N’importe quel prof qui est dans le système depuis quelques années a déjà vécu un dépassement en cours d’année, affirme-t-il, surtout dans les écoles où le manque d’espace est criant.

L’impact est particulièrement marqué dans les classes dites régulières, où les élèves ont de plus grands besoins. C’est sûr que ce n’est pas l’idéal, ajoute-t-il. Ce n’est pas rendre service à l’enseignant et ce n’est pas rendre service aux élèves non plus.

Des directions d’écoles s’attendent par ailleurs à ce que le montant consacré aux compensations financières soit encore plus élevé pour l’année 2025-2026 en raison des compressions qui ont réduit encore davantage la marge de manœuvre pour l’organisation scolaire. Les chiffres vont bondir encore plus, prévoit Francis Côté, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement. L’impact, il est direct pour les élèves, ajoute-t-il.

Une indemnité dont se passeraient plusieurs enseignants

Des enseignants avec qui Radio-Canada s’est entretenu disent préférer le respect du nombre maximum d’élèves à l’indemnité financière, qui n’est pas si élevée en réalité, explique-t-on.

La compensation annuelle en vigueur est d’environ 3000 $ pour un premier élève, 3800 $ pour un deuxième et 4600 $ pour chaque autre élève excédentaire.

Ce montant peut paraître alléchant à première vue, mais il s’agit d’une somme théorique, puisque l’indemnité est calculée selon le nombre de jours de dépassement dans l’année scolaire. Si le groupe compte un élève excédentaire, la prime n'est pas versée les journées où un élève est absent, ce qui peut faire diminuer considérablement le montant accordé en fin d’année.

Une enseignante de sixième année a calculé avoir reçu 750 $ après impôts pour avoir enseigné l’an dernier à un groupe comptant un élève excédentaire.

Le jeu n’en vaut pas la chandelle, lance-t-elle*. J’aurais aimé avoir plus de temps à consacrer à mes élèves, plutôt que la compensation financière. C’est indéniable.

Nombre maximum d’élèves par classe*

  • Maternelle : 17 pour les groupes de 4 ans, 19 pour les groupes de 5 ans
  • Primaire : 22 en première année, à 26 en sixième année
  • Secondaire : 28 en première secondaire, à 32 en cinquième secondaire

*Le maximum autorisé est plus bas dans les écoles situées en milieu défavorisé, dans les groupes multiniveaux et dans les classes spécialisées.

Source : Convention collective nationale des enseignants

L’augmentation du nombre d’élèves peut faire toute une différence dans les groupes où ils sont nombreux avec des besoins particuliers, confirme l'ancien président du Conseil supérieur de l'éducation, Claude Lessard.

Si on a déjà une classe avec des élèves qui ont des besoins diversifiés et complexes à gérer, si vous en ajoutez quelques-uns, ça peut représenter un point de bascule, affirme-t-il. Ça peut altérer le sentiment de maîtrise et de compétence des profs.

L’impact peut toutefois être minime dans un groupe composé d’élèves qui fonctionnent bien, sans problème de comportement ou d’apprentissage majeur, ajoute-t-il.

Il n’a pas été possible jusqu’à maintenant d’obtenir de commentaire à ce sujet de la part du ministère de l’Éducation. Le cabinet de la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, a pour sa part décliné notre demande de réaction.

*L’enseignante a demandé de s’exprimer de façon anonyme parce qu’elle n’est pas autorisée à nous parler, notamment en raison des obligations liées à son code d’éthique.

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