Verte, la statue de la Liberté ? Pas à l’origine. Inaugurée en 1886, elle arborait la teinte d’un sou neuf, et il lui a fallu une vingtaine d’années pour devenir la silhouette vert de mer que l’on reconnaît d’un coup d’œil. Selon le National Park Service (NPS), ce résultat n’était complet qu’en 1906.
Son premier manteau avait l’éclat d’une pièce fraîchement frappée.
À retenir
- La statue de la Liberté était couleur cuivre brillant à son inauguration en 1886, non verte.
- Une vingtaine d’années ont été nécessaires pour que la patine verte caractéristique recouvre entièrement ses 80 tonnes de cuivre.
- En 1906, le Congrès a envisagé de repeindre la statue, la croyant corrodée, mais l’opinion publique s’y est opposée.
Sommaire
Un sou neuf au milieu du port
L’œuvre de Bartholdi a été achevée en France en 1884, puis dédiée à New York en octobre 1886. Pendant ces premières années, les marins qui entraient dans la rade voyaient une géante rose orangé, et non la dame verte des cartes postales.
Les chiffres du NPS donnent la mesure de l’ouvrage : 176 000 livres de cuivre, soit environ 80 tonnes, composent la peau de la statue. Chaque feuille ne mesure que 3/32 de pouce d’épaisseur, soit environ 2,4 millimètres, ce que le NPS compare à l’épaisseur de deux pièces d’un cent empilées. Le métal est tendu sur une armature qui porte tout l’ensemble.
Pour le lecteur français, la comparaison fonctionne aussi avec la monnaie locale : une pièce de 2 euros mesure 2,2 millimètres d’épaisseur. Ces 80 tonnes, la masse d’une douzaine d’éléphants d’Afrique adultes, ne tiennent donc pas à l’épaisseur mais à l’étendue de la surface, répartie en quelque 300 pièces martelées à la main, selon la Copper Development Association.
Vingt ans de chimie dans l’air du port
Le cuivre neuf ne reste pas neuf longtemps. Au contact de l’oxygène, sa surface forme d’abord un minéral rose rouge, la cuprite, puis une couche noire, la ténorite, qui assombrit la statue. Viennent ensuite le dioxyde de soufre de l’atmosphère, qui donne naissance à la brochantite bleu-vert, et les embruns du port, dont les ions chlorure fabriquent l’atacamite vert olive. L’American Chemical Society résume ainsi la recette d’une patine « en vingt ans ».
Avant le vert, il y a donc eu le brun. D’après History.com, la statue est passée en une quinzaine d’années du cuivre brillant à une teinte sombre et terne. Le verdissement apparaît ensuite : la presse le mentionne dès 1902, et la patine est complète en 1906.
Le phénomène n’a rien d’exotique : la même réaction teinte les vieilles pièces de monnaie oubliées au fond d’un tiroir ou les toitures de cuivre des bâtiments anciens. À New York, le décor change tout : sel du port, air chargé de soufre et une surface de cuivre immense, offerte au vent.
Quand le Congrès a voulu la repeindre
En 1906, l’année même où le vert s’achevait, la peinture a failli l’emporter.
D’après plusieurs récits, dont celui de la Copper Development Association, le Congrès aurait alloué des fonds pour recouvrir la statue de peinture. L’idée reposait sur une certitude répandue : ce vert ne pouvait être que de la corrosion, le signe d’un monument en train de se dégrader. Les parlementaires pensaient sauver le cuivre, alors qu’ils s’apprêtaient à masquer sa meilleure protection.
La réaction publique ne s’est pas fait attendre. Selon l’association américaine du cuivre, un journal de l’époque a qualifié le projet de « sacrilège ». L’historien Daniel Wortel-London souligne, dans un entretien à History.com, qu’une couche de peinture aurait dû être refaite environ tous les 25 ans pour garder sa fraîcheur. Il ajoute qu’à mesure que les New-Yorkais grandissaient avec une statue verte, restaurer l’ancienne teinte perdait son sens.
Des ingénieurs de l’armée auraient été consultés et auraient jugé la patine sans danger pour la structure. Seul l’intérieur de la statue aurait finalement reçu de la peinture, d’après certains récits.
Face aux protestations, le projet a été abandonné.
Cette patine n’est pas la rouille du cuivre. Elle forme une couche stable qui isole le métal sain en dessous, si bien que la couleur jugée suspecte en 1906 protège en réalité la statue. Selon l’American Chemical Society, elle continue d’empêcher de nouvelles réactions chimiques sur le cuivre qu’elle recouvre.
À l’approche du centenaire, plus de 500 ouvriers qualifiés ont nettoyé le cuivre sous un échafaudage couvrant tout l’édifice, sans retirer la patine. À l’intérieur, les anciens revêtements, une dizaine de couches estimées, ont été décapés à l’azote liquide puis au bicarbonate de sodium.
La flamme fait exception au vert. Le NPS précise que la torche actuelle, installée en 1986, est en cuivre recouvert de feuille d’or 24 carats, qui reflète le soleil le jour. L’originale est exposée depuis 2018 dans la Torch Gallery du Statue of Liberty Museum.
Sources : spacestudy.blog | acs.org


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