Le stéthoscope que les médecins portent autour du cou descend d’une feuille de papier à lettre roulée en cylindre. En 1816, à l’hôpital Necker, à Paris, René Laennec pose une extrémité de ce rouleau sur la poitrine d’une jeune patiente cardiaque et appuie l’autre contre son oreille. Les battements du cœur lui parviennent nettement.
Un instrument de papier, au départ.
À retenir
- René Laennec invente le stéthoscope en 1816 en roulant une feuille de papier pour examiner une patiente cardiaque
- L’idée provient de l’observation d’enfants qui transmettaient du son à travers une poutre avec une épingle
- Le stéthoscope a évolué du papier roulé aux cylindres de bois avant de devenir l’instrument à deux oreillettes connu aujourd’hui
Sommaire
Une gêne, une feuille, un cœur qui s’entend
Tout commence par un embarras très concret. Laennec doit examiner une jeune femme atteinte d’un mal de cœur, et appliquer l’oreille directement contre elle le gêne. Selon le récit du Quotidien du médecin, la scène se déroule à Necker, où il vient d’être nommé en 1816.
Il prend alors une feuille de papier à lettre et la roule en cylindre pour s’en servir d’intermédiaire entre la poitrine et son oreille. Le détail de vocabulaire a son importance : son grand ouvrage parlera d’auscultation « médiate », c’est-à-dire qui passe par un intermédiaire.
Les récits ne s’accordent pas sur la nature exacte de l’objet. Le Quotidien du médecin évoque une feuille de papier à lettre, la Fondation Napoléon un cahier de papier roulé en cornet. Dans les deux versions, il s’agit d’un tube de fortune, léger, qu’on trouve sur n’importe quel bureau. Vous avez sans doute déjà roulé une feuille pour en faire un entonnoir ou une fausse longue-vue : c’est exactement le niveau de technologie en jeu.
Le jour exact varie selon les sources, pas l’année : 1816.
Des enfants, une poutre et une épingle
L’idée, elle, n’est pas tombée du plafond de l’hôpital. Elle vient d’enfants qui jouaient avec une poutre : l’un grattait un bout avec une épingle, les autres écoutaient à l’autre bout. Selon la Fondation Napoléon, Laennec traversait alors la cour du Louvre, encombrée de matériaux, pour aller voir une jeune fille cardiaque. Beaucoup de gens seraient passés sans lever les yeux, lui s’est arrêté sur ce que les enfants avaient compris avant les adultes.
Le principe, tout le monde l’a expérimenté un jour en collant l’oreille contre une table dont un ami gratte l’autre extrémité. La poutre transmet le grattement, et Laennec en tire aussitôt l’idée d’écouter le cœur de sa patiente avec du papier roulé. La Fondation Napoléon parle d’une révélation.
L’anecdote a la saveur d’une légende, et les détails varient d’un récit à l’autre. Les deux sources consultées s’accordent cependant sur l’essentiel : des enfants, une poutre, un son qui voyage. Quant à la jeune patiente, aucun des récits lus pour cet article ne donne son nom.
Du cylindre de papier au bois tourné
Laennec ne s’en tient pas à un coup d’essai. Revenu à l’hôtel Necker, il mobilise ses étudiants, en particulier ses cousins Laennec, qui se mettent à fabriquer des cylindres de papier.
Peu après, il améliore sa technique. Chez lui, un tour lui permet de créer différents modèles en bois. C’est à ces objets, et non au simple rouleau de papier, qu’il donne le nom de stéthoscope.
Stéthoscope : le mot est de Laennec, comme l’objet.
Il assemble deux termes grecs, stêthos, la poitrine, et skopein, examiner. Ce nom, forgé par un seul homme, désigne aujourd’hui l’instrument que, selon la Fondation Napoléon, tous les médecins utilisent pour ausculter leurs patients. Il a survécu à l’objet de papier qui l’a fait naître.
Quelques années plus tard, Laennec publie son Traité de l’auscultation médiate. Médiate, donc : l’oreille ne touche plus le corps, l’instrument s’intercale entre les deux. Le stéthoscope à deux oreillettes que l’on connaît aujourd’hui aurait été mis au point au milieu du XIXe siècle, bien après lui. Sur le chemin entre la feuille roulée de 1816 et l’appareil actuel, il y a donc eu des cylindres de bois, plusieurs générations de médecins et près de 210 ans d’ajustements.
Ce que cette histoire change dans votre regard de patient
Ce qui frappe dans cette invention, c’est la modestie du matériel. Aucune machine, aucun alliage rare : une feuille, un geste, un médecin qui accepte de modifier la façon dont il examine. L’innovation, ici, tient moins à l’objet qu’à l’attention portée à un problème de tous les jours, la gêne de l’oreille collée contre un patient.
La séquence racontée par la Fondation Napoléon est d’une clarté presque pédagogique : du papier d’abord, puis des cylindres de papier fabriqués par les cousins, puis des modèles en bois tournés chez Laennec, puis un nom grec. À la prochaine consultation, quand le médecin posera le pavillon sur votre dos, vous saurez que cet outil a commencé comme une feuille de papier à lettre, sur la poitrine d’une jeune patiente de Necker.
Sources : sante-orientation.fr | napoleon.org


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