Les prévisions du 5 octobre annoncent 25 °C lundi et mardi, puis 11 à 15 °C jeudi et vendredi. Un 15 °C de mai pousse à sortir en tee-shirt, alors que celui de jeudi fera ressortir le manteau. Le thermomètre affichera pourtant le même chiffre : ce qui change, c’est ce que le corps et la tête ont vécu les jours précédents.
Même chiffre, deux ressentis.
À retenir
- La température de confort suit la moyenne glissante des jours précédents, pas la température du moment
- Un 15 °C après 25 °C demande une cible de confort autour de 24 à 25 °C, tandis qu’un 15 °C après une période froide vise 21 à 22 °C
- Les normes ASHRAE et EN 16798-1 créent un écart de plus de 3 °C entre les deux cas pour le même thermomètre
Sommaire
Le thermomètre mesure l’air, pas le confort
Un thermomètre ne dit rien des vêtements qu’on porte ni de ce qu’on attendait de la journée. Pendant longtemps, les normes se sont appuyées sur l’indice PMV, développé par Fanger en 1970, qui voit le confort comme un bilan thermique entre le corps et son environnement. Cette physique de l’instant explique bien un laboratoire climatisé. Un second courant, dit adaptatif, est venu la compléter à partir de mesures de terrain.
Le modèle adaptatif repose sur des données relevées dans 160 bâtiments, un travail associé à de Dear et Brager. Son principe est que les occupants d’un bâtiment ventilé naturellement ajustent leurs vêtements, leurs attentes et l’ouverture des fenêtres. La température jugée confortable à l’intérieur suit donc celle de l’extérieur au lieu de rester figée. Les chercheurs de Berkeley rappellent que la plage étroite des essais en laboratoire était difficile à tenir dans de vrais bâtiments, surtout ceux dont les fenêtres s’ouvrent. Le modèle est né de cet écart entre la théorie et la vie réelle.
La norme américaine ASHRAE 55 donne la température de confort par 0,31 × la température extérieure moyenne dominante + 17,8 °C. La norme européenne EN 16798-1 retient 0,33 × la moyenne glissante + 18,8.
Le mot « glissante » compte, car il s’agit d’une moyenne sur les jours passés et non de la température du moment. L’ASHRAE la calcule sur 7 à 30 jours selon la méthode retenue. Dans la formule approchée de l’EN 16798-1 citée par la REHVA, la veille pèse 1, l’avant-veille 0,8, puis le poids décroît jusqu’à 0,2 pour le septième jour. Un jeudi à 15 °C, précédé de deux jours à 25 °C, tomberait donc sur une moyenne encore marquée par la chaleur de début de semaine.
Le calcul : plus de 3 °C d’écart pour le même 15 °C
Faisons un calcul d’école, avec des moyennes choisies pour l’exemple (ce ne sont pas des mesures). Posons une moyenne glissante de 20 °C après des journées chaudes : la formule ASHRAE donne 0,31 × 20 + 17,8, soit 24,0 °C de température de confort. Pour un mois de mai resté frais, prenons 10 °C de moyenne : 0,31 × 10 + 17,8 donne 20,9 °C. Les deux cas ont le même 15 °C dehors, mais pas la même cible.
Avec la formule européenne, on obtient 0,33 × 20 + 18,8 = 25,4 °C dans le premier cas, et 0,33 × 10 + 18,8 = 22,1 °C dans le second. L’écart atteint 3,1 °C côté ASHRAE et 3,3 °C côté EN 16798-1.
Plus de 3 °C d’écart sur la cible, pour le même 15 °C dehors.
Ces chiffres illustrent une logique, ils ne prédisent pas votre ressenti sur le trottoir. Le modèle ASHRAE ne vaut que pour des espaces sans système de chauffage ou de refroidissement en fonctionnement. Les occupants doivent pouvoir adapter leurs vêtements dans une plage de 0,5 à 1,0 clo. Leur activité doit rester modérée, entre 1,0 et 1,5 met. Transposer ces chiffres à la rue relève de l’analogie, pas de la mesure.
Vêtements, attentes, physiologie : ce que « s’adapter » recouvre
En mai, 15 °C arrive après l’hiver, et on peut penser que l’attente est alors celle du redoux, ce qui rend le tee-shirt presque naturel. En octobre, la même valeur arrive après 25 °C, soit entre 10 et 14 °C de moins que le début de semaine.
Les vêtements forment le levier le plus visible, puisque le modèle suppose que les occupants les ajustent librement. Lundi et mardi, à 25 °C, la garde-robe légère était de mise. Jeudi et vendredi, entre 11 et 15 °C, elle ne suffira sans doute plus.
Le modèle range sous le mot adaptation les vêtements, les attentes et la physiologie. La formule suggère un lissage : la cible de confort se déplace avec la moyenne des jours récents, pas d’un jour à l’autre. Un jeudi à 11-15 °C, juste après un début de semaine à 25 °C, tomberait donc sur une cible encore haute, d’où l’impression de froid. Côté geste, une couche supplémentaire le matin, retirée l’après-midi si les 15 °C se confirment, compense l’écart.
Reste la physiologie : la durée de l’acclimatation n’est pas chiffrée dans les sources consultées.
Autour de la cible, l’ASHRAE 55 ménage une bande de ±2,5 °C pour 90 % d’acceptabilité et de ±3,5 °C pour 80 %. Les 3,1 °C d’écart calculés plus haut entre nos deux cas ont donc la taille de cette bande entière. Le modèle ne s’applique toutefois que si la moyenne extérieure dominante reste comprise entre 10 et 33,5 °C.
Sources : rehva.eu | cbe.berkeley.edu | tameteo.com


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