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« Nouvelle réalité » : 12 écoles de Québec accueillent une majorité d’élèves immigrants

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L’immigration a transformé le visage de plusieurs écoles de Québec, alors que le nombre d’élèves nés à l’extérieur du Canada a doublé depuis cinq ans. Ces élèves sont maintenant majoritaires dans une douzaine d’établissements de la capitale qui mettent en place différentes initiatives pour faciliter leur intégration. La situation demeure toutefois à « géométrie variable », selon un syndicat d’enseignants qui affirme que les services sont « insuffisants » pour bien les accueillir.

Cette nouvelle réalité change beaucoup de choses dans la vie de l’école primaire Sainte-Geneviève, lance avec le sourire sa directrice, Marie-Pier Thibault. Dans cet établissement de Sainte-Foy, environ la moitié des élèves sont nés à l’extérieur du Canada et le tiers bénéficient de services de francisation.

Les nouvelles familles qui arrivent dans le quartier sont accueillies lors d’une rencontre avec une enseignante, qui leur explique le fonctionnement de l’école avant de leur remettre un sac à dos contenant tout le matériel dont l’enfant aura besoin. Des soirées de réseautage sont aussi organisées chaque année pour faciliter leur intégration. Notre objectif, c’est de créer un lien significatif avec nos familles pour qu’elles se sentent bien accueillies, explique Mme Thibault.

Ces nouveaux élèves peuvent aussi compter sur une communauté hyperengagée, ajoute-t-elle. Des bénévoles de la Maison des grands-parents de Sainte-Foy, située juste à côté de l’école, offrent de l’aide aux devoirs aux élèves. Une chorale est même organisée pour les élèves qui ont des services de francisation.

À l’école Sainte-Geneviève, les élèves apprennent aussi à faire du patin dès la maternelle et se déplacent en transport en commun pour suivre des cours de natation pendant les heures de classe.

Une femme se tient au centre du corridor d'une école primaire les bras croisées.

Marie-Pier Thibault est directrice de l'école Sainte-Geneviève, située dans le secteur de Sainte-Foy à Québec.

Photo : Radio-Canada / Daphnée Dion-Viens

Côtoyer ces élèves qui proviennent d’horizons divers est aussi très bénéfique pour les autres enfants, ajoute Mme Thibault. Ça développe encore plus chez les élèves une belle ouverture, une belle empathie, [...] ça développe aussi leurs compétences sociales, dit-elle. Je trouve que ça apporte quelque chose de différent.

Des élèves immigrants en majorité dans plusieurs écoles

Les élèves nés à l’extérieur du Canada sont maintenant deux fois plus nombreux qu’il y a cinq ans dans les écoles publiques de la Capitale-Nationale. De manière générale, ils représentent près d’un enfant sur cinq dans la région (18 %), mais leur concentration est beaucoup plus grande dans certains établissements, selon les secteurs.

Sur la rive nord, ils sont majoritaires dans une douzaine d’écoles, dont près de la moitié se trouvent dans Sainte-Foy. Les autres établissements sont situés dans les quartiers Vanier, Limoilou, Duberger–Les Saules et Loretteville. Dans ces établissements, la proportion d’élèves immigrants (de première génération) varie entre 50 % et 72 %.

Élèves nés à l’extérieur du Canada dans les écoles publiques de la Capitale-Nationale

NombreProportion
2021-2022853410,1 %
2025-202616 61617,7 %

Élèves nés à l’extérieur du Canada dans les écoles privées de la Capitale-Nationale

NombreProportion
2021-20229227 %
2025-202610527,4 %

Au Syndicat de l’enseignement de la région de Québec (SERQ), on souligne que plusieurs élèves ont de grands besoins et des retards d’apprentissage, notamment en raison de la maîtrise du français. L’obstacle principal, c’est la langue. Ç’a des impacts dans toutes les autres matières, affirme son président, François Bernier.

Les services sont souvent insuffisants pour répondre à leurs besoins, ce qui met une pression sur les enseignants, ajoute-t-il. On pourrait penser qu’avec les années, il y a une expertise qui s’est développée. Par contre, on est obligés de constater qu’il n’y a rien de parfait. Il y a des lacunes importantes, affirme M. Bernier, qui parle d’une situation difficile.

Le Centre de services scolaire de la Capitale, qui accueille le plus grand nombre d’élèves immigrants dans la région, indique qu’un guichet d’accueil est en place depuis déjà plusieurs années afin d’assurer une évaluation rigoureuse et un accompagnement adapté aux besoins des élèves.

Depuis trois ans, plusieurs efforts ont d’ailleurs été faits pour bonifier et stabiliser les services de francisation qui leur sont offerts, ajoute-t-on. Parmi les élèves nés à l’extérieur du Canada, environ 40 % en bénéficient présentement.

Il faut d’ailleurs éviter de confondre immigrants et allophones, souligne Maryse Potvin, sociologue à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), qui s’intéresse aux enjeux entourant la diversité en éducation.

Au cours des dernières années, les personnes ayant immigré au Québec proviennent en grande partie de pays francophones, souligne-t-elle. Être un immigrant, ce n’est pas quelqu’un qui ne parle pas français, affirme Mme Potvin.

Entre 2021 et 2025, les nouveaux arrivants provenaient, en ordre d’importance, de la France, du Cameroun, de la Chine, de l’Algérie et de la Tunisie, selon les données provinciales du ministère de l’Immigration.

Le président du SERQ mentionne toutefois que plusieurs élèves ont des lacunes importantes concernant la maîtrise de la langue, et ce, même s’ils proviennent de pays où le français occupe une place importante.

François Bernier en entrevue par visioconférence.

François Bernier, président du Syndicat de l'enseignement de la région de Québec (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Un apport incontournable

Stéphanie Arsenault, qui est responsable scientifique de l’Équipe de recherche en partenariat sur la diversité culturelle et l’immigration dans la région de Québec, tient de son côté à rappeler à quel point ces familles contribuent de manière très évidente à la vitalité économique de la région.

L’apport des personnes issues de l’immigration est assez incontournable à Québec, affirme-t-elle.

Elle est par ailleurs tout à fait en désaccord avec l’approche statistique pour dépeindre la place des élèves immigrants dans le réseau scolaire québécois.

Pour moi, peu importe la proportion que les enfants immigrants de première génération occupent dans une école, ce n’est pas problématique, affirme cette professeure de l’Université Laval. C’est plutôt le fait que leurs parents soient exposés à une multitude d’obstacles qui entraîne son lot de défis, dit-elle.

Un risque de déséquilibre?

Rachida Azdouz, psychologue et chercheuse associée au Laboratoire de recherche en relations interculturelles de l’Université de Montréal, affirme pour sa part que le fait d’avoir une majorité d’élèves nés à l’extérieur du Canada dans des écoles de Québec représente une donnée importante qui signifie que l’immigration contribue au renouvellement de la population.

La situation peut toutefois représenter un enjeu en termes d’intégration à la société d’accueil, ajoute Mme Azdouz. On peut effectivement craindre que ce déséquilibre ait un impact négatif sur l’intégration, en limitant les interactions entre accueillants et accueillis, affirme-t-elle.

Il faut toutefois bien faire la distinction entre les élèves nés à l’extérieur du pays, considérés comme des immigrants de première génération, et les enfants nés au Québec dont l’un des deux parents est né à l’étranger, considérés comme étant de deuxième génération, ajoute cette experte. Ces derniers peuvent grandement contribuer à l’accueil des nouveaux arrivants en servant eux-mêmes de modèles, dit-elle.

Le défi en matière d’intégration est par ailleurs moins grand lorsque les élèves nés à l’étranger proviennent de différents pays au sein d’une même école. S’il y a une forte concentration d'élèves issus d'un même pays ou d'une même aire géographique, c’est sûr que ça peut favoriser l’entre-soi et ça peut même créer des phénomènes de repli identitaire, affirme Mme Azdouz.

En revanche, une grande diversité ethnique entre les élèves eux-mêmes issus de l’immigration récente va favoriser le vivre-ensemble, en exposant les enfants à des systèmes de valeurs différents, ajoute-t-elle.

L’école à trois vitesses, un frein à l’intégration des élèves immigrants?

Alors que les élèves nés à l’extérieur du Canada sont presque deux fois plus nombreux dans les écoles publiques de Québec depuis cinq ans, leur nombre a à peine augmenté dans les écoles privées de la région.

Par ailleurs, les deux écoles secondaires de Québec qui comptent une majorité d’élèves immigrants, La Cité et Vanier, offrent le programme régulier plutôt que des programmes particuliers sélectifs.

La situation n’est pas étonnante puisque plusieurs familles issues de l’immigration récente n’ont pas l’argent pour envoyer leur enfant à l’école privée et ne savent pas comment fonctionne l’accès aux programmes particuliers dans les écoles publiques, affirme Maryse Potvin, sociologue de l’éducation à l’UQAM.

Ces données en disent toutefois long concernant l’impact de l’école à trois vitesses sur la mixité dans les écoles québécoises, ajoute-t-elle. Si on vide les écoles publiques de jeunes francophones [qui optent pour le privé], on ne peut pas dire après que les jeunes immigrants ne s'intègrent pas à la majorité francophone, lance Mme Potvin. C’est une responsabilité partagée.

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