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Terre-Neuve-et-Labrador retient son souffle face aux spéculations sur un nouveau protocole d'entente avec le Québec concernant les projets hydroélectriques du fleuve Churchill. Selon des sources de Radio-Canada et de CBC, un accord provisoire renégocié par les deux provinces pourrait être signé dès le début de la semaine prochaine.
Dans cet accord remanié, Terre-Neuve-et-Labrador obtiendrait un accès garanti de 985 mégawatts au réseau d’Hydro-Québec, d'après des informations du média allNewfoundlandLabrador confirmées par une source de CBC. Cela permettrait à la province de l’Atlantique de vendre son électricité ailleurs qu’au Québec, comme elle l’exigeait lors des plus récentes négociations.
Les rumeurs d'un nouveau protocole d'entente vont bon train depuis quelques jours.
La visite du premier ministre Mark Carney à Saint-Jean de Terre-Neuve, le 7 août dernier, a mis la puce à l’oreille de plusieurs journalistes.
Les intentions affichées par la première ministre du Québec, Christine Fréchette, de conclure une entente avant le déclenchement des élections québécoises du 5 octobre prochain, en marge du Conseil de la fédération à Charlottetown, ont également alimenté les suppositions.

La première ministre du Québec, Christine Fréchette, alors qu'elle était ministre de l'Énergie, et le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeham, lors d'un point de presse le 17 novembre 2025, à Saint-Jean. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Du côté du bureau de la première ministre québécoise, on affirme toutefois ne pas être en mesure de confirmer ni d’infirmer ces informations pour le moment.
Les discussions se sont accélérées ces derniers temps et ça me rend très confiante quant à la possibilité qu'on signe quelque chose à brève échéance. C'est un enjeu d'une très grande importance pour le Québec. La sécurité énergétique des québécois, c'est important assurer cette sécurité là pour les prochaines décennies à prix compétitif, a ajouté Christine Fréchette jeudi matin en point de presse.
On a des régions qui ont besoin d'énergie, on a des entreprises qui ont besoin d'énergie, et c’est ce qu’offre une entente avec Terre-Neuve Labrador.
À Terre-Neuve-et-Labrador, le bureau du premier ministre Tony Wakeham quant à lui a confirmé par courriel que des progrès importants ont été réalisés au cours des derniers jours dans nos négociations avec le Québec et le gouvernement du Canada en vue de remplacer le protocole d’entente de 2024 par une nouvelle entente concernant Churchill Falls et Gull Island. À l’heure actuelle, aucune entente définitive n’a été signée.
Les réactions nombreuses à T.-N.-L.
Ron Penney, ancien sous-ministre de la Justice de Terre-Neuve-et-Labrador qui s'indigne du contrat de Churchill Falls depuis des décennies, dit qu'il n'est pas surpris d’apprendre qu’une nouvelle entente de principe pourrait être conclue. Il souligne les impératifs politiques auxquels fait face la première ministre Christine Fréchette, qui doit parvenir à une entente à l’approche des élections au Québec.

Ron Penney, ancien sous-ministre de la Justice de Terre-Neuve-et-Labrador, s'indigne du contrat de Churchill Falls depuis des décennies. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Il est donc évident qu’elle subissait une pression considérable. Et, bien sûr, nous aussi sommes sous pression, car, en vertu du protocole d’entente précédent, nous aurions reçu immédiatement des versements annuels en espèces, dont nous avons désespérément besoin, affirme M. Penney.
Il estime aussi que la situation politique actuelle au Québec complique les choses, même si une entente devait être annoncée prochainement.
Je ne crois pas qu’il faille trop célébrer, même si [un nouveau protocole d'entente] est signé, parce que les sondages indiquent que le Parti québécois sera le prochain gouvernement au Québec, et il s’oppose au protocole d’entente actuel.
Il ajoute qu’il est impossible de mener des négociations pendant une campagne électorale. Il est donc tout simplement impossible que le protocole d’entente soit transformé en un accord juridique entre les deux provinces au cours des prochaines semaines, un processus qui peut prendre plusieurs mois.
De son côté, le chef de l’opposition officielle de Terre-Neuve-et-Labrador, John Hogan, critique le manque de transparence du gouvernement Wakeham et que l’information a coulé d’un média québécois.
S’il y a une entente finale, nous avons hâte d’en connaître les détails exacts la semaine prochaine, a-t-il déclaré jeudi, ajoutant qu’il espère que le premier ministre et les ministres de sa province seront disponibles pour répondre aux questions à ce sujet.

Le chef du Parti libéral de Terre-Neuve-et-Labrador, John Hogan, répond à une question devant la Chambre d'assemblée à Saint-Jean, le 11 mars 2026. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Du côté des citoyens, sur plus d’une dizaine de personnes interrogées jeudi sur la rue à Saint-Jean de Terre-Neuve, plusieurs n’ont pas voulu donner leur avis par manque d’intérêt, de connaissances ou même de confiance envers le gouvernement.
Pour moi, je sens qu’on a nous a gardés dans le noir pendant tout le processus, a déclaré l'une d'elles, Leonard Pecore, un résident de Saint-Jean.
Des mois de renégociation
Une entente de principe a été annoncée entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador le 12 décembre 2024 afin de remplacer le contrat de 1969 qui lie les deux provinces concernant la production d'électricité du complexe hydroélectrique de Churchill Falls, au Labrador.
L'entente en vigueur depuis 57 ans – et qui ne vient à échéance qu'en 2041 – permet à Hydro-Québec d'acheter de l'électricité aux exploitants de la centrale de Churchill Falls à très bas prix. Elle est depuis longtemps contestée par le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador, qui s'est tourné vers les tribunaux à plusieurs occasions sans succès.

Le chef du Parti progressiste-conservateur de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeham, en campagne électorale le 25 septembre 2025 à Marystown. (Photo d'archives)
Photo : CBC / Darrell Roberts
En campagne électorale l'automne dernier, Tony Wakeham a promis qu'il ne signerait jamais une mauvaise entente pour sa province. Un rapport d'experts commandé par son gouvernement progressiste-conservateur a conclu que l’entente de principe signée par l'ancien gouvernement libéral en 2024 n'assurait pas suffisamment de revenus ni d’électricité pour Terre-Neuve-et-Labrador.
Des négociations ont alors repris entre les deux provinces pour en arriver à un nouveau protocole d'entente.
Le gouvernement Wakeham a exigé qu'un nouvel accord garantisse un meilleur prix pour l’électricité produite au complexe existant de Churchill Falls et aux futurs barrages sur le fleuve Churchill, qu'il garantisse l'accès à davantage d'énergie pour le Labrador, et qu'il permette à Terre-Neuve-et-Labrador d'utiliser le réseau de distribution d'Hydro-Québec pour acheminer son électricité vers d'autres provinces et vers des États américains.


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