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Toilettes bouchées, rambarde manquante, nombre insuffisant de vestes de flottaison, bouton d’alerte inexistant : la liste des manquements commis par le capitaine Jean-Pierre Alarie, le 6 juillet 2024, est longue. C’est ce qu’entend démontrer le ministère public au cours des trois prochaines semaines dans le cadre de son procès pour négligence criminelle causant la mort de William Eduardo Santander, qui s’est ouvert mardi au palais de justice de Montréal.
L’homme de 33 ans prenait part avec une vingtaine de passagers à une fête bien arrosée sur le bateau du capitaine Alarie, lorsqu’il est tombé dans le fleuve. Le capitaine est accusé d’avoir causé sa mort par négligence en contrevenant à un ordre de Transports Canada et en ne respectant pas les normes en vigueur.
On va vous prouver qu’un capitaine raisonnable placé dans la même situation que Jean-Pierre Alarie aurait prévu le risque qu’un passager tombe à l’eau et pris toutes les mesures nécessaires pour l’éviter, a martelé la procureure de la poursuite, Me Sylvie Dulude, dans sa déclaration d'ouverture adressée au jury.
À leur arrivée pour la croisière d’une durée de quatre heures, les passagers ont été informés que les toilettes n’étaient pas fonctionnelles sur le navire nommé Océane. Aucun plan B ne leur a été proposé, selon la poursuite.
Plus tard en soirée, la victime s’est rendue à l’arrière du bateau où une passagère était déjà en train d’uriner. L’homme de 33 ans a alors chuté du palier en haut des marches qui mènent à la plateforme arrière. Il ne portait pas de veste de flottaison. Alerté, le capitaine a rapidement fait demi-tour, mais la victime était introuvable. Son corps a été repêché six jours plus tard.

William Eduardo Santander, 33 ans, a perdu la vie en chutant d'un bateau de croisière dans le fleuve Saint-Laurent, en juillet 2024.
Photo : Instagram
L'enquête policière qui a suivi a révélé que Jean-Pierre Alarie et son bateau avaient été impliqués dans un incident 14 jours avant le drame. Les services nautiques de la police de Longueuil avaient dû intervenir parce que des passagers du capitaine Alarie qui se baignaient sans veste de flottaison étaient partis à la dérive, en raison de forts courants.
Ainsi, l’accusé avait été avisé par un inspecteur de Transports Canada, la veille de la croisière mortelle, qu’il lui était formellement interdit de transporter des passagers, a souligné Me Dulude.
L'enquête de Transports Canada a aussi révélé l'absence d'une rambarde à l'arrière du bateau, l’absence de formation du personnel à bord, un nombre insuffisant de vestes de flottaison, l’absence de bouton d’urgence, le fait que le capitaine a fait l’appel « mayday [SOS] » seulement 5 minutes après avoir été avisé de la chute et qu’il a donné une position inexacte de deux kilomètres au technicien, a indiqué la procureure Dulude.
Au cours des prochaines semaines, 13 témoins sont attendus à la barre. Des civils qui étaient sur le bateau, des enquêteurs et un expert en sécurité maritime se succéderont à la barre. Une personne coupable de négligence criminelle causant la mort s’expose à une peine pouvant aller jusqu’à la prison à vie.


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