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«Les taux d’occupation atteignent difficilement 15%» : peut-on revenir en Nouvelle-Calédonie ?

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13 mai 2024 : ce territoire français du bout du monde s’embrase, sous l’effet d’une crise politique. Les images de violence, de barrages, d’incendies et de pillages dans le Grand Nouméa plongent la Nouvelle-Calédonie dans un marasme sans précédent qui casse net la dynamique touristique. Deux ans plus tard, l’espoir renaît chez les professionnels du secteur, mais l’aérien ou l’hôtellerie tournent encore au ralenti.

Le temps a fait en partie son œuvre. Les souvenirs sont douloureux, les traumas atténués mais les rancœurs sont-elles estompées ? Aujourd’hui, la Nouvelle-Calédonie, territoire ultramarin situé dans le Pacifique, à 17 000 km de la France, continue de panser ses plaies, tandis que le processus politique reste au point mort. Mais il faut «aller de l’avant», le mantra martelé par les professionnels du tourisme calédoniens, tous sur le pont pour relancer la machine. La tâche est immense. De 126 000 en 2023, la fréquentation touristique a chuté à 58 000 visiteurs en 2025 et encore, pas le genre de voyageur à dépenser pour des activités : il s’agit essentiellement de métropolitains venus rendre visite à des membres de leur famille installés sur le “Caillou”.

La priorité des professionnels est de redorer le blason de la destination. Ils sont unanimes : ils assurent que, côté sécurité, tout est rentré dans l’ordre, les touristes peuvent circuler partout et librement, sans la moindre manifestation d’hostilité, bien au contraire. «Il n’y a plus aucune tension. Les touristes n’ont d’ailleurs jamais été pris à partie lors des émeutes de 2024, qui ont été un problème interne à la Nouvelle-Calédonie», insiste Julie Laronde, directrice générale de Nouvelle-Calédonie Tourisme, l’organisme officiel chargé de la promotion du territoire à l’étranger.

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«Il faudra du temps»

«Sur place, la fluidité est totale et les infrastructures touristiques sont opérationnelles. C’est un nouveau départ», embraie Hélène Bertheau, la représentante de Nouvelle-Calédonie Tourisme au niveau national. Depuis l’année dernière, cet organisme a multiplié les actions de communication. «Après la phase de gestion de crise, nous misons désormais sur la promotion. Nous avons fait venir des tour-opérateurs, des médias et des influenceurs, pour qu’ils rendent compte de la situation sur place. Leurs réactions ont été très enthousiastes et tous sont repartis avec des étoiles plein les yeux», poursuit Julie Laronde, pour qui l’objectif est de regagner la confiance du public, recrédibiliser la destination et restaurer son attractivité.

«Il faudra du temps pour contrebalancer les effets de la médiatisation négative, c’est un travail de longue haleine qui mobilise tous les prestataires, qui se sont réorganisés et professionnalisés. Tous attendent les visiteurs à bras ouverts», complète Eugénie Kerleau, qui pilote l’agence d’attractivité de la Province Sud. De fait, depuis quelques mois, la reprise est amorcée. Fragile, certes, mais tangible. «On fait à nouveau des devis», se réjouit Stéphane Michaut, responsable commercial de Naar Voyages, une agence B2B. «Et l’on note une évolution sensible au niveau du service, c’est bon signe».

Air Calédonie en difficultés

Même son de cloche chez Ultramarina, un voyagiste spécialisé dans la plongée. «Ça bouge. Les retours de mes clients sont très positifs. Ils ont apprécié la qualité de l’accueil», souligne Gérard Carnot, le directeur. Côté transport, l’ouverture d’une liaison aérienne directe Paris-Nouméa via Bangkok, en décembre 2024, par la compagnie Aircalin, a joué un rôle dans cette dynamique frémissante.

Sur place, en revanche, il reste quelques points noirs. Air Calédonie, la compagnie aérienne qui effectue les vols intérieurs, a du plomb dans l’aile. Quant au secteur hôtelier, il tourne pour l’instant au ralenti. «Les établissements hôteliers sont en ordre de bataille, mais les taux d’occupation atteignent difficilement 15%», se désole Lancelot Paillotin, directeur général de l’hôtel Beaurivage à Nouméa et secrétaire de l’Union des Hôteliers de Nouvelle-Calédonie. «Depuis les émeutes, on s’est remis en question, on a modernisé nos outils de travail. Tout est prêt pour le retour des touristes», invoque-t-il.

Une bonne partie des familles kanak de l’île [de Lifou] vivent du tourisme et n’ont qu’une seule envie : que l’activité reparte. »

Béatrice Camallonga, qui y vit depuis 25 ans

L’hôtel de luxe Wadra Bay, implanté sur une magnifique plage sur l’île de Lifou (archipel des Loyauté), qui a ouvert ses portes en décembre dernier, devait être le porte-étendard de l’hôtellerie insulaire calédonienne. Las, il n’a loué pour l’instant qu’une poignée de bungalows. Béatrice Camallonga, artiste-peintre installée à Lifou depuis 25 ans, est aux premières loges : «Je croise très peu de touristes, c’est une sensation étrange. Dommage, car une bonne partie des familles kanak de l’île vivent du tourisme et n’ont qu’une seule envie : que l’activité reparte.»

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«Accepter une touche d’aventure»

Et si, au fond, ce «sous-tourisme» était un atout ? La Nouvelle-Calédonie n’a jamais vraiment subi le tourisme de masse, mais aujourd’hui plus qu’avant, cette période de redémarrage et de transition permet de vivre des expériences extraordinaires. Les plus belles plages du Pacifique pour soi seul ? Le lagon et ses îlots en mode Robinson Crusoé ? Les sourires (et les échanges) sincères de la population, Kanak et Caldoches ? Les sites de plongée et les sentiers de randonnée totalement préservés ? Les prestataires motivés et attentionnés ? Un sens de l’hospitalité accru ?

À en croire nos interlocuteurs, nous nous trouverions dans une capsule spatio-temporelle unique, qu’il serait judicieux de découvrir avant un retour à la ’normale’. «C’est une période exceptionnelle pour explorer la Nouvelle-Calédonie, à condition d’adopter le bon état d’esprit», assure Lancelot Paillotin. «Être plus voyageur que touriste, accepter une touche d’aventure, composer avec une part d’aléa logistique et savoir prendre son temps. Alors, l’île des Pins, les îles Loyauté et la Grande Terre, c’est le paradis sur terre.»

Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, l’immense lagon calédonien n’a jamais été aussi tentateur pour les passionnés du Grand Bleu. «C’est du jamais vu» confie Lionel Traut, directeur du centre de plongée Abyss à Nouméa. «On plonge en petit comité sur des récifs en parfaite santé, avec une faune abondante, raies manta, bancs de requins… Un régal absolu pour les plongeurs».

Un appel du pied aux allergiques au surtourisme. «On est seul sur des plages de rêve, on se ressource, au cœur de la nature», s’enthousiasme Julie Laronde. Et de rappeler que «la Nouvelle-Calédonie, dans toute sa diversité culturelle et naturelle, c’est un mélange de Madagascar, de Réunion et de Seychelles

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