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Bastien Rimondi, révélation de la soirée Charpentier à Lanaudière

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William Christie et Les Arts florissants présentaient, samedi à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay, l’œuvre de Marc-Antoine Charpentier de laquelle l’ensemble tire son nom. Mais plutôt que cette partition amphigourique, flagorneuse et longuette, on retiendra de la soirée l’admirable Descente d’Orphée aux enfers et son héros, le ténor Bastien Rimondi.

Les présences récurrentes de William Christie à Lanaudière n’élargissent aucunement le bassin de clientèle de la musique baroque en milieu verdoyant, en dépit d’un (fort relatif) effet d’optique engendré par la distribution de billets gratuits sur la pelouse aux résidents du coin.

Garanties

Tant que le Festival peut se payer de telles largesses… elles sont en revanche à la fois garantes que le socle de clientèle pour ce répertoire sera au rendez-vous et que le niveau artistique sera remarquable. Ce fut à nouveau le cas, samedi, du moins pour l’exécution musicale, très soignée dans les équilibres et les nuances (la fin de La descente d’Orphée aux enfers !), ainsi que pour le choix des chanteurs.

L’effectif orchestral était plus modeste que dans des projets antérieurs de Christie, ici (2 violons, 2 flûtes, violoncelle, luth, contrebasse, percussion et claviers), et les lauréats du 12e « Jardin des voix » rassemblaient cette année nombre de « bons » et de « très bons » profils, mais peu de chanteurs exceptionnels. Se détachent du lot la soprano Camille Chopin, que l’on entendait en Musique dans Les arts florissants et en Eurydice dans La descente d’Orphée aux enfers, ainsi que le ténor Bastien Rimondi, l’Orphée de la seconde œuvre.

Même s’il n’y a pas grand-chose à redire techniquement, le joli soprano de Josipa Bilić manquait de rayonnement pour l’omniprésence qui lui était accordée dans le rôle de la Paix dans Les arts florissants. Olivier Bergeron avait beaucoup d’abattage en Discorde.

Orphée

Les metteurs en scène Stéphane Facco et Marie Lambert-Le Bihan ont pris soin d’animer en permanence, avec quatre danseurs et plein d’outrances expressives, Les arts florissants, pédante allégorie qui tient de l’art aulique (œuvre dont la fonction est de flatter un souverain). Si Les arts florissants ont une place historique certaine dans le baroque français en positionnant Charpentier face à la figure tutélaire de Lully, on peut estimer que nous servir le courtisan cirage des pompes de Louis XV en 1685 à la cour de Versailles, parce que l’œuvre qui en est le cadre a donné son nom à l’ensemble d’un souverain contemporain du baroque, a un potentiel d’édification des esprits limité un 11 juillet 2026 au Québec.

Changement total de ton et de portée après la pause, avec une œuvre qui n’a inspiré la dénomination d’aucun ensemble baroque (on le comprend !), mais valait sérieusement le détour, par sa facture, son contenu et son interprétation.

L’Orphée de Charpentier a ceci d’original que son « dénouement » est l’acceptation de Pluton (Kevin Arboleda-Oquendo fait partie des « très bons ») qu’Orphée aille chercher Eurydice. Le IIIe acte est-il perdu ? En tout cas on ne voit pas Orphée se retourner.

Il y a dans cette œuvre lyrique de 60 minutes maints moments exceptionnels. Certains mobilisent le trio Tantale, Ixion et Titye à l’acte II, mais la plupart concernent Orphée. Et ce fut, là, le lumineux bonheur de la soirée, car dans ce 12e « Jardin des voix » il y a un ténor nommé Bastien Rimondi. Dès qu’il commence à chanter, on entend un futur grand titulaire du rôle emblématique de Platée (opéra de Rameau). Mais Rimondi est capable de plus que cela : ses inflexions, ses nuances, son expression (« Rends-moi, dieu des enfers, cette rare beauté » !) faisaient chavirer les sens.

La justesse des impulsions et des nuances de Willian Christie, la cohérence d’un spectacle sans cesse animé et vivant pour un opéra mis en espace, la beauté de cette Descente d’Orphée ainsi que la révélation de Bastien Rimondi et de Camille Chopin ont fait le sel de cette soirée.

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