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Les États-Unis ont dépensé 1 milliard pour un avion superosnique deux fois plus rapide que le Concorde : ce qui a tout arrêté en 1971 n’était ni la vitesse ni la technique

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Imaginez un instant un avion capable de relier Paris à New York en un peu plus de deux heures, avec à son bord trois cents passagers confortablement installés, le tout à une vitesse deux fois supérieure à celle du Concorde. Ce rêve a bel et bien existé sur le papier, et les Américains y ont englouti l’équivalent d’un milliard de dollars de l’époque avant de tout arrêter net. Ce qui a mis fin à cette aventure ne relève ni d’un problème technique insurmontable, ni d’une panne de moteur, ni même d’un accident spectaculaire. La véritable cause est bien plus surprenante, et elle en dit long sur les tensions qui traversaient la société américaine au début des années 1970.

À retenir

  • Le Boeing 2707 devait voler à Mach 2,7 et transporter jusqu'à 300 passagers, contre Mach 2 et une centaine de places pour le Concorde.
  • Malgré un budget d'un milliard de dollars et 122 commandes fermes, aucun exemplaire n'a jamais été construit, seule une maquette grandeur nature a vu le jour.
  • Le programme a été annulé en mars 1971 par le Congrès américain à cause des nuisances du boom sonique, permettant à Boeing de concentrer ses ressources sur le développement du 747.

Un milliard de dollars et une promesse folle : Mach 2,7 pour 300 passagers

Tout commence en 1963, lorsque le président Kennedy lance officiellement le programme fédéral de transport supersonique, bien décidé à ne pas laisser les Européens et les Soviétiques rafler la mise dans cette course technologique. Trois ans plus tard, en décembre 1966, Boeing remporte face à Lockheed et son projet L-2000 le contrat tant convoité pour développer ce qui deviendra le Boeing 2707. L’ambition affichée est vertigineuse : concevoir un appareil capable de croiser à Mach 2,7, soit environ 2 900 kilomètres par heure, là où le Concorde plafonnait à Mach 2.

Pour financer cette folle ambition, l’État fédéral américain injecte près d’un milliard de dollars dans le projet, une somme colossale pour l’époque. Et la confiance des compagnies aériennes semble totale, puisque pas moins de 122 commandes fermes sont enregistrées auprès de 26 transporteurs différents, alors même qu’aucun exemplaire de l’appareil n’a encore vu le jour. Un pari sur l’avenir aussi audacieux que risqué, qui illustre l’euphorie technologique de cette période où tout semblait possible.

Le Boeing 2707, ce géant de 80 mètres qui devait écraser le Concorde

Sur le papier, le Boeing 2707 n’était pas simplement plus rapide que son rival franco-britannique, il était aussi nettement plus imposant. Avec un fuselage de 306 pieds, soit environ 93 mètres de long, l’appareil devait accueillir entre 234 et 300 passagers, contre une centaine tout au plus pour le Concorde. Une différence d’échelle qui aurait complètement changé la donne économique du transport supersonique, en permettant de rentabiliser des vols plus rapides sans pour autant sacrifier la capacité commerciale.

Pour donner corps à ce projet titanesque, Boeing fait construire une maquette grandeur nature de près de 80 mètres, destinée à valider l’ergonomie de la cabine et à convaincre les compagnies aériennes du bien-fondé de leurs commandes. Ce mastodonte, aujourd’hui visible au Museum of Flight de Seattle, reste le témoin le plus tangible de cette aventure inachevée. Car curieusement, alors que les plans, les maquettes et les commandes s’accumulaient, pas un seul rivet de l’appareil réel n’a jamais été assemblé. Le 2707 est resté, pour l’essentiel, un projet sur le papier.

Le boom sonique, l’ennemi invisible qui a fait plier le Congrès

C’est ici que se cache la véritable révélation de cette histoire. On aurait pu croire que l’arrêt du programme résultait d’un problème de moteur, d’un souci aérodynamique ou d’un dépassement budgétaire incontrôlable. En réalité, ce qui a fait vaciller le projet, c’est un phénomène invisible mais terriblement audible : le boom sonique. Chaque fois qu’un avion franchit le mur du son, il génère une onde de choc capable de faire trembler les vitres et d’effrayer les riverains, un désagrément qui devenait particulièrement problématique pour un appareil destiné à survoler des zones habitées.

Face à cette menace bien réelle pour la qualité de vie des Américains, une coalition inattendue se forme. Des conservateurs soucieux des finances publiques, des militants écologistes de la première heure et des citoyens fatigués par les dépenses gouvernementales liées à la guerre du Vietnam unissent leurs voix contre le projet. Cette pression finit par payer : en mars 1971, le Sénat américain vote contre la poursuite du financement par 51 voix contre 46, une décision confirmée peu après par la Chambre des représentants, à 215 voix contre 204. Le couperet tombe, et avec lui s’effondre l’un des programmes aéronautiques les plus ambitieux jamais lancés par les États-Unis.

Dix-neuf ans dans un hangar : ce qu’il reste du rêve supersonique américain

Après l’annulation du programme, la fameuse maquette grandeur nature entame un parcours pour le moins chaotique. Ballottée d’un lieu à l’autre, elle sert un temps de décor dans une église avant de frôler la destruction pure et simple dans une casse. Elle passera finalement près de dix-neuf ans stockée dans un entrepôt en Floride, oubliée de tous, avant d’être sauvée puis restaurée pour rejoindre les collections du Museum of Flight de Seattle, où elle raconte aujourd’hui cette page méconnue de l’histoire aéronautique.

Il y a pourtant une forme d’ironie réjouissante dans cet échec. En abandonnant le 2707, Boeing a pu concentrer l’intégralité de ses ressources sur un autre programme jusque-là freiné par la priorité donnée au supersonique : celui du 747. Ce gros-porteur, devenu par la suite une véritable icône de l’aviation commerciale et surnommé le Jumbo Jet, doit ainsi indirectement son essor à l’abandon de son cousin supersonique. Comme quoi, parfois, un échec retentissant ouvre la voie à un succès qui marquera durablement l’histoire du transport aérien.

Cette histoire du Boeing 2707 rappelle qu’une prouesse technique, aussi impressionnante soit-elle, ne suffit jamais à garantir la réussite d’un projet. Les considérations environnementales, sociales et politiques peuvent tout aussi bien décider du sort d’une innovation que ses performances brutes. À l’heure où de nouveaux projets d’avions supersoniques refont surface, la question du bruit et de l’acceptabilité sociale reste plus que jamais d’actualité : l’histoire se répétera-t-elle, ou les ingénieurs d’aujourd’hui ont-ils enfin trouvé la parade au fameux boom sonique qui a eu raison du rêve américain?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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