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Les cosmonautes soviétiques partaient dans l’espace avec une arme dans leur kit : ce qu’elle devait tenir à distance n’était ni les Américains ni un équipier

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Un cosmonaute perdu en pleine taïga, entouré de loups, à des centaines de kilomètres de toute aide. Ce scénario n’a rien d’un film catastrophe : il s’est réellement produit en 1965. De cette mésaventure est né un objet insolite, toujours présent dans les capsules russes pendant des décennies.

À retenir

  • En 1965, Alexeï Leonov et Pavel Beliaïev ont atterri en pleine taïga sibérienne et ont dû survivre une nuit entourés de loups avec un simple pistolet Makarov.
  • Cet incident a conduit à la création du TP-82, une arme hybride de 2,4 kg à trois canons, dotée d’une lame intégrée et d’une portée efficace de 200 mètres.
  • Intégré au kit de survie NAZ des capsules Soyouz de 1986 à 2006, le TP-82 a ensuite été remplacé par un pistolet semi-automatique classique une fois ses munitions devenues inutilisables.

Un pistolet dans l’espace : l’arme qui n’a jamais visé un ennemi

Pendant des décennies, les capsules Soyouz ont embarqué un drôle de passager clandestin : une arme à feu. De quoi alimenter tous les fantasmes sur une guerre froide qui se serait prolongée jusque dans l’orbite terrestre. Sauf que la réalité est bien plus terre à terre, littéralement.

Les cosmonautes emportaient un pistolet TP-82 pour survivre aux atterrissages d’urgence dans les zones sauvages soviétiques. Pas pour repousser une attaque américaine, ni pour se défendre contre une improbable menace extraterrestre. L’ennemi, en l’occurrence, portait une fourrure et des crocs.

Cette arme hybride, conçue spécifiquement pour l’espace, raconte à elle seule une histoire méconnue de la conquête spatiale soviétique. Celle où la survie en milieu hostile comptait autant que les prouesses techniques. Et tout a commencé avec un homme qui a bien failli ne jamais rentrer chez lui.

Loups, ours et taïga sibérienne : le vrai danger après l’atterrissage

Le 18 mars 1965, Alexeï Leonov entre dans l’histoire en devenant le premier homme à sortir dans le vide spatial, depuis la capsule Voskhod 2. Une sortie extravéhiculaire de douze minutes et neuf secondes qui marque les esprits du monde entier.

Mais c’est au retour que les choses tournent mal. Le rétrofusée principal fonctionne mal, le module de service refuse de se séparer, et la capsule déstabilisée part loin de sa trajectoire prévue. Résultat : un atterrissage forcé dans l’Oural, à environ 180 kilomètres de la ville de Perm, selon les coordonnées officielles de la mission.

Leonov et son coéquipier Pavel Beliaïev se retrouvent alors seuls, en pleine forêt sibérienne, par un froid glacial. L’équipage est repéré quatre heures plus tard, mais la récupération effective ne se fera que deux jours après. Entre-temps, selon l’ESA, les deux hommes passent une nuit en forêt entourés de loups, leur seul armement se résumant à un pistolet Makarov de 9 millimètres, bien léger face à la faune locale.

Cette expérience traumatisante pousse Leonov à tirer une conclusion simple : un pistolet de poing classique ne pèse pas lourd face à un ours brun affamé. Il fallait repenser entièrement l’équipement de survie des cosmonautes.

Le TP-82, une arme à trois canons conçue sur mesure pour les cosmonautes

De cette mésaventure sibérienne naît le TP-82, une arme hybride particulièrement originale. Avec ses 2,4 kilogrammes crosse comprise, l’engin combine trois canons distincts : deux chambres en calibre 12,5×70 millimètres pour des cartouches de chasse, et un canon rayé en 5,45×39 millimètres pour un usage plus précis à distance.

Sa portée efficace annoncée atteint les 200 mètres, de quoi dissuader un prédateur avant qu’il ne s’approche trop près du campement improvisé. L’arme embarque même une lame intégrée à la crosse, pensée pour couper du bois ou se frayer un chemin dans une végétation dense.

Le TP-82 rejoint le kit de survie portable NAZ des capsules Soyouz à partir de 1986, après plusieurs années de développement et de tests. Il y restera de façon régulière jusqu’en 2006, traversant les dernières années de l’URSS puis les premières décennies de la Russie post-soviétique.

D’autres incidents viennent justifier cette prudence. Le module de descente de Soyouz-23, par exemple, amerrit sur le lac Tengiz le 16 octobre 1976, un cas toujours cité par le centre d’entraînement russe pour illustrer la nécessité de préparer les équipages à tous les scénarios, y compris ceux impliquant de l’eau plutôt que de la forêt.

En 2007, la presse rapporte que les munitions restantes du TP-82 sont devenues inutilisables avec le temps. Un pistolet semi-automatique classique prend alors le relais sur les missions suivantes, fermant le chapitre de cette arme si particulière, née d’une nuit glaciale passée au cœur de la taïga.

Au fond, le TP-82 raconte une vérité simple : l’espace n’est pas le seul danger auquel les cosmonautes doivent se préparer. Parfois, le plus grand péril les attend bien après l’atterrissage, sur une terre qu’ils connaissent pourtant par cœur.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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