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Le Canada a-t-il besoin d’un nouveau pipeline?

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Le gouvernement albertain devrait déposer une proposition d’oléoduc vers la côte Ouest au Bureau des grands projets pour le faire désigner d’intérêt national. Clé pour déclencher la superpuissance énergétique canadienne ou pari économique risqué, les avis divergent.

Pour bien comprendre l’intérêt de construire un nouveau pipeline, le professeur de droit et d’économie à l’Université de l’Alberta, Andrew Leach, compare le système actuel à un réseau routier congestionné.

Ça devient difficile pour les gens d’arriver où ils souhaitent se rendre à l’heure et c’est un peu le problème qui se présente avec le pétrole, dit-il.

Le pipeline Trans Mountain, qui transporte du pétrole de l’Alberta au terminal maritime de Vancouver, a ainsi annoncé avoir atteint sa pleine capacité de transport en juin.

La promesse de bénéfices économiques

Cette congestion a une influence sur la valeur du prix du pétrole canadien et force les producteurs à accepter des prix plus bas que le prix du marché.

L’impact se répercute aussi sur les finances publiques. Toute baisse d’un dollar du prix canadien du pétrole crée une perte de près d’un milliard de dollars pour les coffres de l’Alberta.

Ça se traduit par de grandes pertes pour le gouvernement.

À l’inverse, obtenir un meilleur prix pour le pétrole canadien a des effets bénéfiques sur l’économie, et au-delà des finances provinciales, ajoute-t-il.

Pour le reste du Canada, on a des avantages du point de vue des impôts fédéraux [...] Ce sont des compagnies qui sont dans les plans de pension de tous les Canadiens. On va avoir des enjeux pour les actifs financiers de tous les Canadiens, observe-t-il.

Un panneau d'avertissement.

Le projet d'agrandissement du pipeline Trans Mountain a été beaucoup critiqué pour ses dépassements de coût, mais aussi célébré pour ses capacités d'exportation en dehors des États-Unis.

Photo : Radio-Canada / Joshua Mclean

Il cite l’exemple du projet d’agrandissement de Trans Mountain qui a coûté environ 34 milliards $. Si on regarde les bénéfices dans l’économie, ça devient un investissement qui est certainement rentable, dit-il.

L'économiste en chef à Servus Credit Union, Charles St-Arnaud, a ainsi calculé que ce projet a permis d'accoître les revenus albertains de 5,5 milliards $ et les revenus fédéraux de 2 milliards $ dans sa première année d'activité.

L'Ouest, la meilleure option

Construire un nouveau pipeline permettrait de donner aux entreprises une optionalité où on peut aller chercher un meilleur prix pour notre ressource, abonde-t-il.

Il y a un cas économique pour avoir un pipeline vers la côte ouest, si on peut justement avoir une capacité importante, parce qu’il y a la demande.

Les deux économistes ne doutent pas que la côte Ouest est la meilleure direction pour construire ce nouvel oléoduc puisque le marché américain est saturé et que la croissance de la demande a plus de chances de venir des pays asiatiques. L’Inde a ainsi clairement signifié son intérêt à acheter du pétrole canadien (nouvelle fenêtre).

Si on ajoute à ça les questions de l'administration Trump, les avantages pour un oléoduc qui sert à livrer notre pétrole à partir d'un port canadien, on a moins de dépendance à l'économie américaine, souligne Andrew Leach.

Donald Trump et Mark Carney discutent debout près d'une table de conférence, devant une vitre arborant le logo du G7.

Les différents commerciaux avec les États-Unis sont un des arguments avancés pour promouvoir un pipeline permettant de réduire la dépendance d'exportations envers le voisin du Sud.

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

Les producteurs sont-ils intéressés?

Le plaidoyer économique pour un nouveau pipeline n’est toutefois pas si simple, met en garde Charles St-Arnaud.

D’autres projets d’agrandissement de la capacité de transport pétrolier ont été annoncés. Entre les propositions de Trans Mountain, les investissements d’Enbridge et la relance d’un projet similaire à Keystone XL, près de 900 000 barils de pétrole supplémentaires pourraient être exportés rapidement, ce qui pourrait rendre inutile un nouveau pipeline d’un million de barils par jour.

Jon McKenzie tient un lutrin marqué Global Energy Show à Calgary le 9 juin.

Le PDG de Cenovus, Jon McKenzie, a mis en doute la viabilité du projet albertain d'oléoduc si plus de réformes réglementaires n'avaient pas lieu.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Pour que l’oléoduc vers la côte Ouest ne se retrouve pas sous-utilisé et donc en difficulté financière, les pétrolières devront accroître de manière importante leur production et, selon Charles St-Arnaud, c’est loin d’être garanti.

C’est une question qui vaut à peu près 100 milliards $ parce que c’est le coût à peu près des capitaux nécessaires pour augmenter la production de un à deux millions de barils par jour, explique-t-il.

Y a-t-il vraiment une demande à long terme?

Pour le professeur à HEC Montréal et titulaire de la chaire de gestion du secteur de l’énergie, Pierre-Olivier Pineau, l’absence d’un promoteur privé pour le projet est la preuve qu’aucun investisseur n’est prêt à engager de tels montants.

On est dans un contexte économique où c'est très difficile de voir comment des investisseurs prendraient le risque d'investir des milliards de dollars pour produire davantage et construire un pipeline alors que le monde est en surproduction de pétrole.

Les importations chinoises de pétrole brut ont ainsi dégringolé à leur plus bas niveau en huit ans.

Si on a cette instabilité mondiale, le Canada pourrait devenir un fournisseur de l'Asie plus important. Mais si on n'a pas cette instabilité, c'est difficile de voir comment on pourrait aller de l'avant, affirme-t-il, sans compter les conséquences environnementales.

La rapidité avec laquelle ce projet de pipeline pourrait se construire est donc un facteur clé, selon Charles St-Arnaud.

Pour moi, la question, c’est dans quelle mesure le projet est réalisable dans un horizon raisonnable?

Andrew Leach rappelle toutefois que les réponses à ces questions n’arriveront pas au dépôt de la proposition albertaine.

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