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Dans une lettre confidentielle datée du mois de mars et obtenue par CBC, des médecins winnipégois préviennent des cadres de santé que les centres de soin d’urgence mineure pourraient devoir fermer si les conditions continuent à s’y dégrader. Ils alertent également sur le risque de décès de patients.
La lettre indique également que les médecins sont régulièrement contraints de choisir quel patient soigner en priorité, tandis que faire attendre les autres patients peut faire s'aggraver leur état.
Nous demandons que des mesures urgentes soient prises dès maintenant afin d'éviter un décès qui pourrait être évité et de garantir que les Manitobains puissent compter sur des soins d'urgence rapides, sûrs et prodigués avec bienveillance lorsqu'ils en ont le plus besoin, indique la lettre.
Aucun des signataires de la lettre, des directeurs médicaux dans des hôpitaux communautaires de Winnipeg, n’a accepté d’entrevue.
Depuis la rédaction de cette lettre, le gouvernement provincial a mis en place une nouvelle prime pour inciter les médecins à exercer dans les hôpitaux de proximité. Il a aussi recruté des médecins généralistes pour les former à assurer des gardes dans les services d’urgence hospitaliers et dans les centres de soin d’urgence mineure.
Uzoma Asagwara, ministre de la Santé, a déclaré que les effectifs s'étaient améliorés.
Une pénurie croissante
Selon la lettre, les situations dans lesquelles un seul médecin doit gérer à lui seul l'ensemble d'un service des urgences, tout en intervenant simultanément dans des situations critiques ailleurs dans l'hôpital, se produisent désormais quotidiennement , ce qui conduit à des situations à haut risque de plus en plus fréquentes .
Un médecin ne peut pas simultanément prendre en charge deux patients dans un état critique en toute sécurité, indiquent ses signataires.
Si l'un de ces patients venait à connaître une issue défavorable, nous devrions expliquer à sa famille pourquoi cela s'est produit et si cela aurait pu être évité.
La lettre indique que plus de 28 % des gardes aux urgences devaient rester vacantes en avril. Elle ajoute que la pénurie risque de s'aggraver d'ici l'été, une période pendant laquelle 45 % des gardes pourraient ne pas être pourvues à l’Hôpital général Seven Oaks.
Les auteurs de la lettre recommandent donc de mettre en place des plans d'urgence avant toute réduction forcée ou fermeture des services.
Toute fermeture aurait des conséquences à l’échelle du système , selon la lettre. Certains hôpitaux refuseraient les transferts. L'Hôpital Seven Oaks ne serait pas en mesure d’assurer la sécurité des opérations d’hémodialyse, un traitement vital en cas d’insuffisance rénale, tandis que le personnel de Concordia pourrait ne pas avoir les capacités nécessaires pour pratiquer des opérations de prothèse articulaire.
Nous sommes sans cesse contraints de choisir les patients qui semblent les plus gravement malades, en acceptant que d’autres puissent voir leur état s’aggraver pendant l’attente, qu’ils repartent sans avoir reçu de soins ou qu’ils reviennent plus tard dans un état critique. Cela génère une profonde détresse morale chez l’ensemble du personnel et accélère le roulement du personnel, précise la lettre.
Les directeurs médicaux affirment également que l’Hôpital Victoria, qui fonctionne actuellement comme un centre de soins d’urgence mineure, n’est pas prêt à redevenir un service pour les urgences plus intensives en 2027. La lettre précise que bon nombre des médecins de l’hôpital n’ont pas entretenu, voire n’ont jamais acquis, les compétences nécessaires pour travailler dans un service d’urgence.
Un changement de statut sans préparation adéquate ne fera qu’accroître les risques, et non l’accès des patients.
Des mesures à prendre
Les directeurs médicaux ont présenté plusieurs mesures qui, selon eux, permettraient de maintenir des soins de haute complexité.
Ils suggèrent de nouvelles incitations financières pour encourager les médecins à consacrer davantage d’heures aux hôpitaux communautaires. Sur les 15 médecins du service de soins d’urgence de Seven Oaks, seuls deux y travaillent à temps plein depuis le mois de mars.
La lettre indique que de nombreux médecins partagent leur temps entre plusieurs établissements, car ils sont mieux rémunérés dans les hôpitaux tertiaires de Winnipeg, au Centre des sciences de la santé de Winnipeg ou à l’Hôpital Saint-Boniface, ainsi que dans les cliniques sans rendez-vous où ils sont confrontés à bien moins de cas graves, de responsabilités, de détresse morale et de travail posté .
La bonne nouvelle, c’est que les solutions à notre crise de personnel existent déjà au Manitoba.
Leur lettre réclame, notamment, davantage de travailleurs sociaux, ainsi que des services spécialisés dans les dépendances, la santé mentale et le diagnostic au sein des hôpitaux communautaires. Ils affirment que la décision de l’ancien gouvernement conservateur de transformer trois des services d’urgence de Winnipeg en centres de soins d’urgence mineure a créé un décalage. En effet, les services continuent à dispenser des soins intensifs sans même bénéficier des moyens nécessaires à la médecine intensive.
Une résonance nationale
Cette lettre fait écho à une publication de l’Association canadienne des médecins d'urgence (ACMU) (nouvelle fenêtre) qui date du 26 juin dernier.
L’ACMU y alerte sur l’encombrement des services d’urgence, qui constitue une urgence de santé publique.
Elle précise que c’est la capacité d'accueil insuffisante en hospitalisation qui cause principalement le maintien prolongé des patients admis au service des urgences et engendre une surpopulation.
La surfréquentation ne constitue pas uniquement un problème opérationnel au sein des services d'urgence, mais plutôt le reflet de défaillances systémiques plus larges en matière de politique de santé et de capacité de soin.
Face à ce problème, l’ACMU formule dix recommandations dans le but d’améliorer le fonctionnement des services d’urgence.


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