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La planète peut-elle vraiment nourrir 10 milliards d'humains ? Des scientifiques répondent

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En quelques décennies, la population humaine a littéralement explosé : alors que nous étions 2,5 milliards sur Terre en 1950, nous nous dirigeons vers une trajectoire à 9,7 milliards d'êtres humains d'ici 2050. À l'occasion de la fête internationale de la science, les chercheurs du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) et de l'Inrae (l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement) ont organisé un webinaire sur une question centrale : comment nourrir 10 milliards d'habitants en 2050 tout en respectant les limites planétaires.

« La population mondiale va croître, mais à des rythmes différents selon les continents. C'est principalement l'Afrique subsaharienne qui va contribuer à la croissance démographique des années à venir, explique Bénédicte Gastineau, démographe au Laboratoire Population Environnement Développement. La République Démocratique du Congo, le Nigéria et l'Éthiopie vont connaître des croissances démographiques relativement rapides, et à l'inverse, on va avoir un grand nombre de régions qui vont connaître une décroissance de leur population : le Chine, le Japon et l'Europe ». Cette évolution est jugée fiable, « à moins d'une catastrophe inédite qui provoquerait un grand nombre de décès chez les jeunes ».

La planète est actuellement en surproduction alimentaire !

Dans ce contexte continu de croissance de la population, est-ce une illusion de penser pouvoir nourrir tout le monde ? « Le lien entre population et crise alimentaire est complexe, cela dépend de nombreux facteurs, pas seulement du nombre de personnes », précise la démographe. Parmi ces facteurs, on trouve bien sûr l'état de l'agriculture, l'évolution du climat et les aléas météorologiques, mais aussi la politique de ces pays en croissance et les conflits armés.  

Paule Moustier, directrice UMR Moisa (une unité de recherche pour des systèmes agri-alimentaires durables), au Cirad, pointe un problème qui joue un rôle fondamental dans l'accès à la nourriture, la dépendance aux acteurs économiques dominants : « 10% des grands propriétaires contrôlent 89% des terres ».

La crise alimentaire d'un pays ne peut pas non plus se résoudre en interne : ces crises montrent que nous sommes tous dépendants de l'international pour notre accès à la nourriture. Car actuellement, la nourriture ne manque pas sur Terre, elle n'est juste pas partagée de manière équitable. « La planète se trouve en surproduction alimentaire, et cela se fait au prix d'importants coûts environnementaux sanitaires et sociaux, selon Paule Moustier. Pourtant depuis 7 ans, on constate une augmentation de la sous-alimentation en lien avec les conflits. Il ne s'agit donc pas de produire plus. »

Les ressources sont actuellement suffisantes, mais pas assez partagées entre les différents habitants de la Terre. ©  Prostock-studio, Adobe Stock

Des solutions existent, mais il faut repenser notre agriculture et nos choix

L'Inrae le confirme : il ne faut pas forcément produire plus, mais différemment et mieux. Carole Caranta, directrice déléguée générale science et innovation à l'Inrae, travaille sur l'adaptation de l'agriculture face au défi du changement climatique. L'Inrae élabore justement un programme de sélection d'espèces productives et résilientes avec :

  • des espèces plus résistantes (capables de résister au gel tardif par exemple), des espèces avec une teneur en protéines plus élevée ;
  • des plantes qui atténuent davantage le changement climatique, avec des racines plus performantes pour stocker plus de carbone dans le sol ;
  • des plantes plus attractives pour les abeilles afin d'améliorer la pollinisation, pour limiter la perte de rendements des cultures.

Outre la sélection d'espèces différentes, un retour à des modes de culture plus durables s'impose : l’agroécologie en fait partie. D'autres experts proposent de mieux orienter nos choix alimentaires, des choix que nous faisons tous par simple préférence, sans forcément s'occuper de l'impact sur l'environnement et des ressources disponibles.   

Face au changement climatique et à l'évolution de la population, l'agriculture doit se transformer. © Jacob Lund, Adobe Stock

Face à la croissance de la population, les scientifiques offrent donc des solutions, mais celles-ci nécessitent de repenser notre société, notre agriculture et nos relations internationales. Pour réussir cet immense défi mondial, notre système d'alimentation doit devenir « sain, juste et durable », annonce Fabrice DeClerck, directeur scientifique de la fondation EAT. Et actuellement, ce n'est pas le cas.

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