Le petit boîtier beige envahit les foyers français dès 1982, distribué gratuitement par les PTT, c’est ainsi qu’on appelait France Télécom avant 1988. Son écran minuscule affichait des caractères verts ou orange sur fond noir, et le clavier se rangeait sous l’appareil quand on ne s’en servait pas. Rien de tout cela n’a eu sa peau : ce qui a condamné le Minitel, c’est un modèle économique fermé, incapable de survivre face à un réseau ouvert par nature.
À retenir
- France Télécom a distribué gratuitement 9 millions de Minitels à partir de 1982 pour remplacer l’annuaire papier.
- Le système du Kiosque a permis aux éditeurs de monétiser leurs services sans gérer eux-mêmes les paiements des utilisateurs.
- Le Minitel a échoué car son modèle fermé exigeait une autorisation administrative pour publier, contrairement à Internet ouvert à tous.
Sommaire
Un pari inédit : équiper les foyers gratuitement
Tout commence à Saint-Malo, à l’été 1980.
Cinquante-cinq premiers utilisateurs sont équipés gratuitement en juillet 1980 du tout premier terminal, capable d’afficher l’annuaire électronique. Grâce à lui, il devient possible d’obtenir sans sortir de chez soi le téléphone et l’adresse de n’importe qui en France, et pas seulement de son département. L’expérience se généralise vite : dès la fin de l’année 1983, l’Hexagone compte 120 000 terminaux. Les terminaux sont distribués gratuitement par France Télécom puisque cette technologie est destinée à remplacer la version papier de l’annuaire téléphonique.
Le 7 mai 1985 est ouverte la base nationale de l’annuaire électronique, offrant à chaque utilisateur l’équivalent de « cent kilos de papier et de trois mètres de rayonnage ». Quelques mois plus tard, en septembre, le cap du million de Minitels distribués est franchi.
Le kiosque, le tiroir-caisse qui a fait vivre vingt ans de services
En 1984, le modèle économique « Kiosque » est instauré, véritable moteur du système. L’utilisateur paie à France Télécom la consultation d’un service en fonction de sa durée de connexion, 85 % des revenus générés étant ensuite reversés au fournisseur du service. Suivant le positionnement de son service, l’éditeur choisit lui-même son niveau de rémunération parmi une large gamme de tarifs possibles en fonction des numéros d’accès, mais la marge prise par France Télécom reste fixe.
Un éditeur pouvait lancer un service sans mettre en place son propre système de paiement, et l’utilisateur payait l’ensemble au même endroit, sur sa facture de téléphone. Ce mécanisme a permis l’essor rapide de services que le grand public ne redécouvrira que quinze ans plus tard sur Internet : la presse, la vente par correspondance, la billetterie SNCF, les banques et la messagerie.
Le succès le plus rentable, lui, ne fut pas prévu.
Les messageries roses, apparues avec le kiosque, reposaient sur l’anonymat, personne ne sachant qui se cachait derrière le pseudo, et sur une facturation invisible, intégrée à la facture de téléphone, sans que l’utilisateur voie l’addition défiler en temps réel. Au pic de son succès, à la fin des années 1980, le Minitel rose génère à lui seul plusieurs centaines de millions de francs de chiffre d’affaires annuel pour l’opérateur historique.
Un jardin fermé face à un réseau sans porte
Le kiosque n’était pourtant pas un espace libre. Il fallait posséder un numéro de commission paritaire de la presse pour ouvrir un service Minitel, une contrainte administrative imposée à l’époque pour protéger les intérêts de la presse elle-même. La consommation était mesurée par France Télécom, portée directement sur la facture de l’abonné, puis reversée en partie à l’éditeur du service : un guichet unique, mais aussi un point de passage obligé pour quiconque voulait publier. Sur Internet, à l’inverse, n’importe qui pouvait ouvrir un site sans autorisation préalable ni intermédiaire financier imposé.
France Télécom a fini par renoncer à la mise à disposition gratuite des terminaux, ce qui a obligé les nouveaux abonnés à les acheter ou à les louer. Après avoir compté jusqu’à 9 millions d’utilisateurs, cette création française originale a alors progressivement perdu ses adeptes.
Le verrou n’était pas technique, il était contractuel.
En février 2009, le réseau Minitel maintenait encore 10 millions de connexions mensuelles, vingt-sept ans après son lancement officiel. Le service n’est pas mort de vieillesse : il a fini par se heurter à un web où personne n’a besoin d’un numéro de commission paritaire pour publier une page.
Sources : minitel.fr | letribunaldunet.fr | clubic.com


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