Un tuyau d’arrosage de jardin affiche en général deux à trois centimètres de diamètre. Le câble sous-marin qui porte la quasi-totalité de l’internet entre deux continents ne fait guère plus gros : le cœur de la fibre est logé à l’intérieur d’un tube d’acier de moins de 3mm, le tout n’étant le plus souvent pas plus large qu’un « tuyau d’arrosage ». Sous cette gaine anodine circule pourtant la quasi-totalité des échanges numériques d’un pays entier.
À l’intérieur, quelques fils de verre plus fins qu’un cheveu.
Ces brins de fibre baignent dans un cœur protégé, et un tube plastique protège une gaine en cuivre qui contient les fibres optiques, ce tube de cuivre permettant le transport de l’électricité nécessaire aux répéteurs. Une gaine d’acier, de silicone et un gel anti-pression assurent ensuite la protection et l’étanchéité de l’ensemble. Le diamètre de la fibre optique nue ne dépasse généralement pas 1,4 centimètre, mais une fois le câble complet assemblé, il peut atteindre environ dix centimètres de diamètre.
Plus les câbles s’approchent des côtes, plus ils doivent être enterrés pour éviter qu’un bateau ne les atteigne, et reçoivent au passage une double couche d’armure. Au large, le câble repose nu sur le fond, protégé par une seule couche de fils d’acier : deux couches de fils d’acier de trois diamètres différents, placés de façon précise pour constituer une voûte dite de Warrington. Cette voûte doit garantir la résistance à une pression de 800 bar et limiter la torsion du câble, tandis qu’un enrobage de cuivre alimente en courant continu les répéteurs et unités de branchement depuis la station terrestre. Tous les quelques dizaines de kilomètres, un boîtier en forme d’ogive, de l’ordre d’un mètre de long pour trente centimètres de diamètre et pouvant peser jusqu’à 300 ou 400 kilogrammes, coûtant jusqu’à un million de dollars pièce, amplifie le signal lumineux avant qu’il ne s’affaiblisse trop pour être lu.
Poser un tel câble ne le met pas à l’abri pour autant. La grande majorité des avaries n’ont rien d’un sabotage : elles sont accidentelles, et surviennent surtout là où l’eau reste peu profonde.
À retenir
- Plus de 99% du trafic internet intercontinental transite par 574 câbles sous-marins en fibre optique
- Entre 150 et 200 pannes de câbles surviennent chaque année, principalement dues à la pêche commerciale et aux ancres de navires
- Seulement 62 navires spécialisés dans le monde peuvent réparer ces câbles, créant des files d’attente de plusieurs semaines
Sommaire
Pourquoi les câbles cassent
Selon l’International Cable Protection Committee, l’organisme qui recense les avaries mondiales, 70 à 80% des ruptures sont causées par une activité humaine accidentelle, principalement la pêche commerciale et les ancres de navires, le reste étant attribué aux aléas naturels ou aux défaillances techniques. Un autre décompte, centré uniquement sur les ancres, chiffre les dommages liés aux ancres traînées à environ 30% des incidents chaque année, soit une soixantaine d’avaries. Ces accrochages se concentrent dans les eaux côtières peu profondes, là où filets de pêche de fond et ancres qui dérapent se croisent avec le trafic maritime.
Plus au large, les causes changent de nature.
Passé le plateau continental, ce sont les glissements de sédiments et les tremblements de terre sous-marins qui menacent la ligne. Les séismes et les glissements de terrain sous-marins représentent environ 18% des ruptures, loin derrière la pêche et les ancres mais capables de sectionner plusieurs câbles d’un coup sur de longues distances. Ces avaries en eau profonde sont aussi les plus longues à réparer : selon l’ICPC, sur 206 réparations menées en 2023 dans 136 juridictions différentes, la plus longue a nécessité 947 jours. Un cas extrême, mais qui donne la mesure de ce qu’il faut parfois affronter à plusieurs milliers de mètres de fond.
Tout commence par une mesure, pas par une plongée.
Les opérateurs envoient une impulsion lumineuse dans la fibre depuis chacune des deux extrémités du tronçon suspect ; le temps mis par le signal à revenir indique, avec une précision kilométrique, l’endroit exact de la rupture. Un navire câblier appareille alors vers ce point, l’un des soixante navires environ dans le monde dédiés à ce type d’intervention, opérant sur alerte pour réparer les avaries. Sur zone, le bâtiment drague le fond à l’aide d’un grappin pour accrocher le câble et le hisser à la surface.
Une fois le premier tronçon remonté, l’équipage le sectionne, le teste, puis le relâche, retenu par une bouée, le temps d’aller chercher le second bout de l’autre côté de la coupure. Les deux extrémités sont ensuite réunies sur le pont, à l’abri de la poussière et du vent. Chaque fibre de verre, plus fine qu’un cheveu, est ressoudée une à une sous loupe binoculaire, un travail de précision qui peut occuper plusieurs heures pour un câble comptant de nombreuses paires. Le signal est retesté avant que la boucle de mou ne soit redéposée sur le fond, pour une opération complète qui dure en moyenne de dix à vingt jours.
Une dépendance que peu de gens soupçonnent
Le réseau mondial a grossi en dix ans : la longueur totale des câbles sous-marins de télécommunication est passée d’environ un million de kilomètres en 2014 à approximativement 1,7 million de kilomètres en 2025. Sur cette masse, la centaine d’avaries évoquée par l’industrie ne pèse presque rien : entre 150 et 200 pannes de câbles de télécommunications sous-marins surviennent chaque année dans le monde, ce qui revient à environ trois réparations de câbles par semaine quelque part sur la planète.
Les satellites, malgré leur image futuriste, ne portent qu’une fraction résiduelle de ce trafic : plus de 99% de l’ensemble du trafic internet intercontinental transite par un réseau de 574 câbles sous-marins commerciaux en fibre optique s’étendant sur 1,42 million de kilomètres au fond des océans. La résilience numérique d’un territoire se mesure alors à un chiffre simple : le nombre de câbles qui touchent ses côtes, chacun capable de prendre le relais si un chalutier accroche le mauvais fil.
Cette flotte de réparation reste minuscule au regard de l’enjeu : seuls 62 navires spécialisés dans la pose et la réparation de câbles existent dans le monde, dont une partie mobilisée en permanence sur d’autres chantiers. Quand plusieurs coupures surviennent au même moment dans la même mer, la file d’attente s’allonge, parfois de plusieurs semaines, avant qu’un bateau ne soit disponible pour renouer le fil qui relie un pays au reste du monde.
Sources : techniques-ingenieur.fr | lundi.am


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