Des chercheurs suédois et britanniques ont déclaré que dans leurs pays respectifs, l’IA était de plus en plus utilisée en politique afin de rédiger des motions, des déclarations, ainsi que des discours parlementaires. Ces travaux braquent les projecteurs sur une pratique visiblement de plus en plus massive mais surtout, totalement opaque pour le grand public.
Une « IA interprétable » pour analyser les textes des députés
Dans des pays comme le Royaume-Uni et la Suède, les responsables politiques semblent utiliser de plus en plus l’intelligence artificielle pour la rédaction de leurs textes parlementaires. Cette affirmation est celle de chercheurs de l’Université de technologie de Chalmers (Suède) et de l’Université Napier d’Édimbourg (Royaume-Uni), dont l’étude a fait l’objet d’une parution sur la plateforme ArXiv le 12 juin 2026.
Dans le cadre de ces travaux, les chercheurs ont développé des détecteurs d’IA spécialisés – en anglais et en suédois – afin d’analyser 13 565 motions parlementaires suédoises et 4 209 déclarations officielles du Royaume-Uni publiées entre 2021 et avril 2026. Des textes rédigés par des humains avant la large diffusion de l’IA générative ont permis d’entrainer ces systèmes. Les auteurs de l’étude ont également utilisé des versions générées par IA portant sur des thèmes politiques similaires.
« Nous utilisons ce que l’on appelle une IA interprétable. Cela signifie que nous pouvons non seulement déterminer si l’IA a été utilisée, mais aussi voir où cela apparaît dans le texte. En revanche, on ne peut pas dire que tel ou tel mot est un ‘mot d’IA’ : c’est plus complexe que cela. », a déclaré Mattias Wahde, professeur d’IA appliquée ayant participé à l’étude, des propos relayés dans un article publié par Euronews le 3 septembre 2026.
Crédit : Galeanu Mihai / iStock
Une tendance en augmentation, sans aucune transparence
Selon les résultats, près de 15% des textes soumis à l’analyse contiennent des segments ou des paragraphes entiers rédigés par une IA. En Suède, la part de motions contenant au moins un paragraphe généré par IA est passée de 1,7% en 2022-2023 à 9,4% lors de l’année parlementaire 2025-2026 – soit environ 300 motions. La progression est similaire au Royaume-Uni, puisque le taux frôle les 10 à 15 % sur la période récente, alors qu’il était de seulement 3,5% en 2022. Par ailleurs, lorsque les auteurs de l’étude ont évalué les textes dans leur intégralité plutôt que des passages isolés, 6,5% des motions suédoises ont été classées comme générées par une IA au cours de la dernière année parlementaire, contre 2,1% des textes britanniques en 2026.
Soulignons que le point le plus sensible de ces travaux est sans aucun doute le manque de transparence. En effet, l’utilisation de l’IA n’a jamais été mentionnée ou divulguée dans 100% des cas identifiés, ni aux électeurs, ni aux institutions. Par ailleurs, les chercheurs n’ont observé aucune différence significative entre les différents partis politiques. Au final, les députés semblent trouver dans l’IA un moyen de sous-traiter leur charge de travail administrative et rédactionnelle et ce, peu importe leur orientation politique.
Enfin, un de ces responsables a notamment réagi, à savoir Jan Riise député du Miljöpartiet – le parti vert suédois. L’intéressé a affirmé que les conclusions de l’étude concernant la Suède ne l’étonnait pas vraiment. Le député a également admis que son propre parti avait recours à l’IA mais à des fins de recherche, et que la politique interne de ce dernier appelle à la prudence quant à l’utilisation de cette technologie.


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