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Presque complètement absents il y a quelques années, et encore largement minoritaires, les hommes sont un peu plus nombreux à travailler dans les services de garde.
À l'Académie d'exploration Rustico, un centre francophone de la petite enfance situé au Centre acadien Grand-Rustico de l'Île-du-Prince-Édouard, quatre des éducateurs sont des hommes.
On a aussi besoin d'hommes dans les garderies, dit l’un d’entre eux. Arold Ndzana souligne que les garçons ont besoin de modèles masculins, des personnes à regarder, des grandes personnes.
Il trouve important que les garçons puissent se reconnaître dans les adultes qui les entourent à la garderie qu’ils fréquentent plusieurs heures chaque jour, et se sentent mieux représentés.

Arold Ndzana est éducateur de la petite enfance à l'Académie d'exploration Rustico, à l'Île-du-Prince-Édouard.
Photo : Radio-Canada / Laura Meader
J'ai constaté, depuis que nous avons commencé à embaucher des hommes, des changements. Ce sont des changements très positifs, déclare la directrice de l'Académie d'exploration Rustico, Hanane Abdelqaoui.
La présence d’hommes sur le milieu de travail change la dynamique au sein de l’équipe, dit-elle, mais ce sont surtout les enfants qui en tirent avantage.
On remarque une énergie très positive, dit la directrice. Avec les hommes, ils [les enfants] sont toujours en mode go, go, go! Toujours en mode énergétique. Ça fait vraiment du bien.

Hanane Abdelqaoui est la directrice de l'Académie d'exploration Rustico, un centre francophone de la petite enfance situé à Rustico, à l'Île-du-Prince-Édouard.
Photo : Radio-Canada / Laura Meader
Les enfants bénéficient de modèles variés. Depuis des années, on s'est habitué seulement à voir des éducatrices, des profils de femmes, note-t-elle. On a remarqué que certains enfants adorent avoir des éducateurs [masculins].
Ces éducateurs sont bien conscients que leur choix de carrière étonne.
Ce travail, il faut avoir l'amour avant de le faire, parce que ce n'est pas facile, dit Mouhamadou Bamba Diagne, qui a gradué du Collège de l’Île le mois dernier.
Des fois, quand tu dis que tu es un éducateur à la petite enfance, les gens vont te regarder encore, parce qu'ils disent, dans leur tête : ça, c'est un métier pour les femmes, pas pour les hommes, explique-t-il.

Mouhamadou Bamba Diagne est éducateur de la petite enfance.
Photo : Radio-Canada / Laura Meader
Il raconte avoir grandi au Sénégal dans une grande famille, proche non seulement de ses frères et sœurs, mais aussi de cousins et neveux. Lorsque les parents sont au travail, les enfants plus âgés veillent sur les autres.
Son travail est en quelque sorte une extension de ce qu’il a connu dans sa jeunesse, et une façon de se préparer à un rôle futur. Je vais devenir un papa, alors je dois éduquer [...] Comme papas aussi, on doit éduquer nos enfants, note-t-il.
Quand tu le fais, tu trouves que c'est un travail de famille, en fait, renchérit Javan Nsangira. Quand il y a des éducateurs masculins qui travaillent, il y a cette connexion-là avec les enfants [...] comme si tu étais un père.
Les gens pensent que la petite enfance est seulement pour les femmes, alors que les hommes aussi, ils ont beaucoup de choses à apprendre sur les enfants, observe Arold Ndzana.
Je pense que ça peut leur permettre de se développer au niveau familial, au niveau éducatif, pour pouvoir aider les femmes et pouvoir aider, aussi, leurs enfants, affirme-t-il.
Si certains, comme Mouhamadou Bamba Diagne, sont arrivés sur ce métier en rebondissant sur leurs expériences d’enfance, d’autres s’avouent eux-mêmes surpris de la tournure de leur parcours professionnel.
Lorsqu’il étudiait l’administration des affaires à l’université, Javan Nsangira n’aurait pas imaginé travailler dans ce milieu. Il s’est découvert une vocation et s’est réorienté.

Même s'il envisageait autre chose à l'université, Javan Nsangira a réalisé qu'il a fait le bon choix de carrière.
Photo : Radio-Canada / Laura Meader
À 28 ans, il est non seulement éducateur au centre de la petite enfance, mais aussi assistant d'un enfant à besoins spéciaux.
Aider les autres a un impact très positif dans sa vie. J'aime voir le sourire aux lèvres des gens. Les enfants sourient tout le temps, ils n’ont pas d'émotions à cacher.
Chafiaa Ihamouchen, mentor pédagogique à l’Académie, croit que les mentalités évoluent et que les hommes qui deviennent éducateurs enrichissent l’expérience en service de garde.
Ils ajoutent une dynamique différente, mais positivement, déclare celle qui se dit admirative de son collègue Arold, devenu très populaire auprès des enfants avec son talent pour improviser des chansons en un instant.
Si on parle côté psychologique de l’enfant, oui, c'est très important d'avoir des hommes dans le domaine, indique-t-elle. Parce qu’ils [les enfants] ont tendance à avoir des éducatrices comme référents à leur maman, et tout le monde sait que le rôle du papa est tout aussi important [...] pour les enfants.

Chafiaa Ihamouchen est mentor pédagogique à l'Académie d'exploration Rustico.
Photo : Radio-Canada / Laura Meader
Selon Kathleen Couture, directrice de l'Association des centres de la petite enfance francophones de l’Île-du-Prince-Édouard, le nombre d’hommes dans les services de garde a commencé à augmenter il y a environ six ans.
Elle-même compte 40 ans de carrière dans le domaine, et dit n’avoir travaillé qu’avec des femmes pendant les 20 premières.
À l’Académie d'exploration Rustico, les quatre éducateurs sont employés à temps plein et, peu importe ce qui les a amenés sur cette route, ils ne considèrent pas cet emploi comme un accident de parcours.
Durant ma formation, au milieu de l'année, j'ai constaté que la petite enfance était un métier qui avait beaucoup à m’apprendre. C’est un métier très passionnant et très instructif pour nous, en tant qu'hommes, soutient Arold Ndzana.
Il y a beaucoup à découvrir avec les enfants et ça te garde jeune, dit Javan Nsangira.
Je reste dans cette carrière, lance-t-il, sans hésitation.
D'après le reportage de Laura Meader


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