Un seul animal a suffi à lancer l’histoire. En 1840, un dromadaire débarque en Australie pour épauler l’exploration du continent, avant que
Camels were first brought to Australia in 1840, when a single animal was imported to assist with the exploration of the continent’s vast interior. Over the following decades, thousands more camels were imported from India, Afghanistan, and the Middle East, along with their handlers, the Afghan cameleers, or « Afghans » as they became known. Un siècle et demi plus tard, il a fallu mobiliser des tireurs embarqués à bord d’hélicoptères pour abattre approximativement 160 000 camels de leurs descendants devenus sauvages. Entre les deux, une histoire improbable de colonisation ratée, d’animaux abandonnés et d’une invasion biologique record.
À retenir
- Un seul dromadaire au départ, mais 20 000 importés en 60 ans pour conquérir l’outback australien
- Abandonnés lors de l’arrivée du camion et du train, les descendants se sont multipliés sans prédateur naturel
- 160 000 dromadaires abattus en 4 ans par hélicoptères : une solution temporaire face à une population qui rebondit chaque année
Sommaire
- Une importation stratégique pour dompter le désert
- L’automobile signe la fin d’un partenariat
- Une armée de dromadaires hors de contrôle
- Des hélicoptères pour réguler l’irrégulable
Une importation stratégique pour dompter le désert
Chevaux et bœufs ne supportaient pas la chaleur écrasante ni l’absence de points d’eau de l’outback australien. Les autorités coloniales ont alors regardé vers l’Asie et le Moyen-Orient. Camels were first introduced to Australia in the 1840s to aid in the exploration of the continent’s vast interior, with up to 20,000 imported from India in the six decades that followed. Vingt mille bêtes, acheminées par bateau sur des mois de traversée, pour former l’ossature logistique d’un pays qui n’avait ni routes ni rails.
Ces dromadaires ne voyageaient pas seuls. Plus de 120 ans auparavant, des milliers de conducteurs de chameaux venus d’Afghanistan et de ce qui est aujourd’hui le Pakistan et l’Inde arrivaient sur les côtes australiennes, avec des trains de chameaux qui ont circulé jusqu’à l’introduction du rail et de la route dans les années 1920. Ces hommes, surnommés les « Afghans » ou cameleers, ont littéralement dessiné la carte logistique de l’intérieur du pays. Leur mission consistait à mener les trains de chameaux à travers l’outback pour transporter des vivres vers les villes, les mines et les stations isolées ; ils servaient aussi de guides d’expédition, localisaient les points d’eau et sécurisaient les voyages. Sans leur contribution, les communautés de l’outback n’auraient pas survécu. C’est aussi cette communauté qui a introduit l’islam en Australie et bâti les premières mosquées du pays, à Marree notamment.
L’automobile signe la fin d’un partenariat
Le camion et le train ont eu raison, en quelques décennies, d’un siècle d’organisation logistique bâtie autour du dromadaire. L’avènement des transports motorisés dans les années 1920 et 1930 a rapidement rendu le chameau obsolète comme animal de travail. À mesure que camions et chemins de fer remplaçaient les trains de chameaux, des milliers d’animaux ont été relâchés dans la nature ou simplement abandonnés dans le désert. Ces animaux libérés, parfaitement adaptés à l’intérieur australien hostile, ont prospéré et commencé à se reproduire, formant le socle de la population sauvage actuelle. Personne, à l’époque, n’imaginait qu’un abandon logistique deviendrait un problème écologique national.
Sans prédateur naturel et avec un territoire grand comme un continent à disposition, la dynamique démographique s’est emballée. Les populations de dromadaires sauvages ont le potentiel de doubler tous les huit à dix ans dans des conditions favorables. Sans prédateur naturel en Australie et avec accès à de vastes étendues d’habitat adapté, la population a crû régulièrement tout au long du XXe siècle. Une croissance discrète, presque invisible, jusqu’à ce qu’elle devienne ingérable.
Une armée de dromadaires hors de contrôle
Les chiffres donnent le vertige. L’Australie abrite aujourd’hui la plus grande population de dromadaires sauvages au monde, estimée entre 300 000 et plus d’un million d’individus, qui parcourent environ 3,3 millions de kilomètres carrés de l’outback australien, entre l’Australie-Occidentale, le Territoire du Nord, l’Australie-Méridionale et l’ouest du Queensland. une surface équivalente à celle de l’Inde entière est aujourd’hui parcourue par des animaux censés avoir disparu du paysage avec l’arrivée du moteur.
Le problème n’est pas seulement démographique. Dans les terres APY d’Australie-Méridionale, les dromadaires marchaient dans les rues, endommageant bâtiments et propriétés en cherchant de l’eau, tout en abîmant la végétation native, souillant les réserves d’eau et détruisant des sites culturels. Une bête d’environ 450 kilos qui débarque en meute dans une communauté aborigène isolée pour boire un point d’eau, ce n’est pas une anecdote : c’est une urgence sanitaire et sociale.
Des hélicoptères pour réguler l’irrégulable
Face à l’ampleur du phénomène, le gouvernement australien a fini par sortir l’artillerie lourde, au sens propre. Entre 2009 et 2013, un programme fédéral d’envergure a été lancé. L’Australian Feral Camel Management Project, mis en œuvre de 2009 à 2013 dans plusieurs États et territoires, a permis d’abattre environ 160 000 dromadaires, principalement par tir aérien, pour un coût total de 19 millions de dollars australiens financé par le gouvernement fédéral, ciblant les zones à forte densité pour réduire l’impact sur les points d’eau et la végétation, avec des baisses de densité localisées atteignant 80 % dans certaines zones. Un chiffre qui donne une idée de la démesure : cent soixante mille animaux abattus en quatre ans, soit l’équivalent de vider une ville comme Avignon de tous ses habitants, remplacés un par un par des dromadaires tombés du ciel.
Le répit n’a été que temporaire. La sécheresse historique de 2019 a de nouveau poussé des troupeaux entiers vers les zones habitées. Des tireurs embarqués en hélicoptère ont abattu plus de 5 000 dromadaires lors d’une opération de cinq jours visant des troupeaux sauvages qui menaçaient des communautés autochtones dans des zones frappées par la sécheresse. Ces campagnes, aussi spectaculaires soient-elles, ne résolvent rien durablement : le programme a estimé qu’environ 300 000 dromadaires subsistaient, la population croissant de 10 % chaque année.
La méthode divise, forcément. Le tir aérien de troupeaux entiers, à un coût estimé à 50 dollars australiens par animal, a été proposé périodiquement au cours de la dernière décennie à mesure que les Australiens s’inquiétaient de l’explosion démographique des dromadaires. Des associations de défense animale dénoncent des tirs imprécis depuis un appareil en mouvement sur une cible elle-même mobile, jugeant la méthode incompatible avec toute notion de mise à mort humaine. D’autres voix, du côté de l’industrie pastorale, plaident pour une filière viande plutôt qu’un gaspillage de carcasses laissées à pourrir dans le sable. Reste un paradoxe assez savoureux : l’Australie, qui a payé cher pour importer des dromadaires capables de dompter son désert, paie aujourd’hui tout aussi cher pour s’en débarrasser, sans que la balance penche durablement d’un côté ou de l’autre.
Sources : feral.org.au | halaltimes.com | abc.net.au


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