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Quelques heures après la présentation des modifications à la Loi sur l’éducation, des voix s’élèvent pour critiquer un manque de compréhension des enjeux réels qui touchent les salles de classe en Alberta.
Avec son projet de loi 25, le gouvernement provincial souhaite retirer la politique et l’idéologie des salles de classe .
Selon le ministre de l’Éducation, Demetrios Nicolaides, ces modifications viendront clarifier l'une des responsabilités clés d'une division scolaire : s'assurer qu'elle présente les sujets ou discute des enjeux de façon équilibrée et impartiale, sans opinion.
Il ajoute que les élèves doivent apprendre comment penser, et non à quoi penser .
L’organisation à but non lucratif Public Interest Alberta craint plutôt que les changements proposés n'entraînent une éducation publique de style américain .
Ce projet de loi fait exactement le contraire de ce que prétend le gouvernement , soutient le directeur général de Public Interest Alberta, Bradley Lafortune.
Nous avons vu ce qui se passe lorsque les gouvernements étatiques et fédéraux imposent leur politique aux États-Unis, et les résultats sont catastrophiques, affirme-t-il. Les enseignants se sentent souvent confus, incertains et craintifs à l'idée d'enseigner de manière objective ; et les principes et valeurs de l'éducation publique et de la démocratie sont affaiblis par l'ingérence et le contrôle excessifs du gouvernement.
Neutralité : absolument absurde
L'idée selon laquelle les écoles pourraient être un lieu exempt de politique et d'idéologie est absurde , soutient la directrice générale du FireflyInstitute for Gender and Sexual Diversity , Glynnis Lieb.
Des propos qui entrent en résonance avec ceux de Lynette Shultz, professeure à la Faculté d'éducation de l'Université de l'Alberta. Elle estime que le projet de loi, s’il est adopté, créera une réelle confusion chez les enseignants.
Chaque fois que l'on commence à parler de l'éducation comme étant neutre, c’est une idée très problématique. Cela montre à quel point ce ministre est déconnecté de ce qui se passe réellement dans les écoles.
Selon la professeure Shultz, les enseignants agissent en professionnels lorsqu'il s'agit d'aider les étudiants à traiter des questions controversées de manière approfondie .
Elle redoute une aseptisation des matières scolaires.
Pas d'opinions politiques en classe
Le directeur général de Parents for Choice in Education, John Hilton-O’Brien, voit cette idée de neutralité d’un bon œil.
Il y a eu des épisodes portés à l'attention du ministre où une idéologie est mise de l’avant sans que personne dans l'école n'intervienne pour corriger le tir.
Le ministre de l’Éducation, lors de son annonce mardi, a fait référence à un incident survenu en janvier, où un enseignant dénigrant la culture du Parti conservateur uni avait été filmé à son insu.

Le gouvernement albertain souhaite « retirer la politique et l’idéologie des salles de classe».
Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle
Anne-Cécile Buffy est enseignante francophone auprès d'élèves de troisième année.
Elle affirme ne pas être choquée par la teneur du projet de loi 25, tant que cela ne va pas plus loin .
Je pense que nous traversons une période polarisée et le rôle de l’enseignant n'est pas de transmettre ses propres idéologies. Personnellement, j’ai des opinions assez tranchées, mais jamais je ne donnerais mon opinion politique en classe.
Elle admet que certains enjeux pourraient devenir plus délicats s’il faut présenter tous les points de vue, mais cela nous force à user d’intelligence dans notre façon d’amener les choses .
Par exemple, concernant les changements climatiques, je vais présenter la science, et non les idées des partis politiques.
Une distraction
J’ai l’impression que c’est une solution à un problème qui n’existait pas , estime Michael Janz, conseiller du quartier papastew à Edmonton et ancien commissaire scolaire.
C'est une distraction pour détourner l'attention de la grève des enseignants, une diversion face au nombre croissant d'enfants ayant des besoins particuliers qui ne sont pas soutenus, ou par rapport à la taille des classes qui ne cesse d'augmenter , affirme Michael Janz, qui est également parent d’un enfant d’âge scolaire.
Pour sa part, le président de l'Association des enseignants de l'Alberta, Jason Schilling, considère que le projet de loi présenté mardi après-midi est un fourre-tout , traitant aussi bien des drapeaux que du nom des écoles ou de l’hymne national.
Avant que tout règlement ne soit mis en œuvre dans nos écoles, l'Association doit être consultée, ce qui n'a pas été le cas jusqu'à présent. Il ajoute que ces modifications répondent peu aux préoccupations réelles des enseignants.
Drapeaux albertain, canadien… et franco-albertain
En n'autorisant que les drapeaux canadien et albertain, ainsi que le drapeau franco-albertain après révision, le gouvernement contredit son propre désir de neutralité, selon Glynnis Lieb.
Nous sommes encore une fois en train d'effacer l'histoire autochtone. Nous supprimons tous les autres drapeaux qui témoignent de la diversité des cultures et des expériences des gens.
Les deux plus importants conseils scolaires francophones de la province, le Conseil scolaire Centre-Nord et le Conseil scolaire FrancoSud, ont choisi de ne pas commenter le dossier pour le moment.
Avec les informations de Janet French, Annie Verreault et Eve Côté


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