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Un mois après l’échéancier fixé dans le protocole d’entente signé entre Ottawa et l'Alberta, aucun accord n’a été trouvé sur l’augmentation de la tarification carbone industrielle, une pièce clé de la politique climatique de Mark Carney.
Les deux ordres de gouvernement devaient normalement trouver un accord avant le 1er avril pour atteindre un prix réel du crédit carbone de 130 $ la tonne.
Même après le dépassement de cette date, la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, avait estimé qu’une entente était atteignable avant la fin du mois d’avril.

Le ministre Tim Hodgson estime que, tant que les deux ordres de gouvernement partagent la même vision, les négociations sont positives.
Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette
Présent à Calgary vendredi pour un déjeuner de l’Association des entrepreneurs en énergie du Canada (CAOEC), le ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson, n’a pas donné d’indice sur le progrès des négociations.
Quand on arrive à un échéancier, il faut se regarder dans les yeux et se demander si on partage toujours la même vision, a-t-il expliqué. Je crois que le gouvernement fédéral et le gouvernement de l’Alberta partagent toujours la même vision de faire du Canada une superpuissance énergétique propre.
Retard pour réduire les émissions
L’absence d’accord inquiète toutefois des organisations environnementales.
Tant qu'on ne sait pas exactement quel sera le prix pour la tarification du carbone, c'est l'incertitude pour les entreprises. Donc, on se demande si on peut investir. Combien est-ce qu'on devrait investir?, souligne Claudine Brulé, cheffe des communications à l’Institut climatique du Canada.
Elle ajoute que chaque retard ajoute à la difficulté d’atteindre les objectifs nationaux de réduction d’émissions. La tarification du carbone industriel, c'est la politique climatique qui réduit le plus les émissions au Canada.
Un système défaillant à corriger
Janetta McKenzie, la directrice du pétrole et du gaz à l’Institut Pembina, dit que la conclusion d’un accord est d’autant plus importante que le système de tarification actuellement en place en Alberta, TIER, ne fonctionne pas correctement.
Le marché du système TIER s'est effondré ces dernières années. Les crédits peuvent s’échanger autour de 11 $ ou 12 $, ce qui est extrêmement bas. Très peu d'entreprises vont investir dans des technologies comme le captage du carbone quand on trouve des crédits à très bas prix qui circulent dans le système TIER, explique-t-elle.
Prix affiché et prix réel du carbone
L’Alberta a gelé son prix sur la tonne de carbone émise par les grands pollueurs à 95 $ la tonne, mais ce prix affiché n’est pas le prix de crédit minimal réel de 130 $ la tonne dont le protocole d’accord parle.
Les entreprises doivent payer ce prix de 95 $ la tonne si leurs émissions dépassent le plafond fixé par le gouvernement. Toutefois, elles peuvent aussi acheter des crédits carbone à d’autres entreprises pour remplir leurs obligations environnementales. Le marché des crédits carbone a été tellement abondant que ces crédits ont pu être achetés à moins de 20 $ la tonne en Alberta. C’est ce prix réel qui devra être augmenté à 130 $ la tonne. Toute la question est à quelle date et comment.
Pendant les négociations, le gouvernement fédéral a aussi suspendu l’application des règlements sur l’électricité propre.
Janetta McKenzie souligne également qu’un accord n’est qu’une première étape.
Il y a l’annonce et puis il y a les détails de sa mise en œuvre, dit-elle. Le diable est dans les détails pour une politique comme la tarification carbone. C’est complexe, technique et il y a différentes manières d’ajuster le système pour arriver à 130 $ la tonne.
L’Institut climatique du Canada a ainsi modélisé plusieurs scénarios de tarification qui aboutissent à des résultats de réduction d’émissions très différents selon la date à laquelle le prix du crédit carbone de 130 $ la tonne est atteint.
Une industrie pétrolière dans l'attente
Les organisations environnementales et l’industrie de l’énergie propre ne sont pas les seules à attendre une clarification de la tarification carbone.

Tristan Goodman, le président de l'EPAC, rappelle que la tarification carbone est un des points clés du protocole d'accord entre l'Alberta et Ottawa.
Photo : Radio-Canada / Monty Kruger
D'après Tristan Goodman, président de l'Explorers and Producers Association of Canada (EPAC), les investisseurs pétroliers et gaziers s’abstiennent de prendre des décisions dans l’attente des détails de cette tarification.
La réalité, c’est que cela fait une différence dans la viabilité économique d’un projet, souligne-t-il.
Tristan Goodman n’est toutefois pas inquiet de l’absence d’un accord pour l'instant et a été rassuré par les mots du ministre.
Le pire, ce serait de se précipiter pour conclure un mauvais accord.
Il espère toutefois un développement d’ici un à deux mois parce que, si la négociation a toujours cours à l’automne, ce sera problématique.
Selon Tristan Goodman, la tarification carbone est un élément important pour que les pétrolières augmentent leur production, ce qui est aussi une composante clé de la construction de nouveaux pipelines.


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