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C'est presque la fin d'un calvaire pour un père de famille dont le fils a été battu à mort dans les toilettes des bureaux de la Société d'aide à l'enfance de Toronto en 2023. Shardanae Cousins-Emily a été condamnée vendredi à la prison à vie sans droit de libération conditionnelle avant 18 ans pour le meurtre non prémédité de Quinn.
AVERTISSEMENT : cet article pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs.
Le procès avait démontré que la jeune femme avait battu à mort le garçonnet de trois ans dont elle avait la garde l'après-midi du 2 décembre 2023.
La mère de l'enfant lui avait remis son garçon la veille pour le reprendre le lendemain. Les deux femmes étaient de très bonnes amies et elles avaient grandi toutes deux en foyer d’accueil.
Retour sur les événements
Shardanae Cousins-Emily s'est rendue ce matin-là aux bureaux de la SAE, rue Isabella, au centre-ville, pour visiter son propre fils qui était sous la supervision des travailleurs sociaux.
Une première caméra de surveillance a capté Quinn en train de jouer dans la salle de jeu et de manger un muffin.
Bien après avoir vu son fils, Mme Cousins-Emily est retournée à l'agence avec Quinn assis dans sa poussette. Les bureaux étaient vides. Seul un agent de sécurité était sur place.
Une autre caméra de surveillance a surpris la femme qui entrait dans la toilette avec l'enfant à 15 h 20 puis en sortir à 16 h 45.

La petite victime, Yverson Belotte Junior, mieux connue sous le nom de Quintanni ou de son diminutif Quinn.
Photo : GoFundMe
L'enfant apparaît sans vie dans la poussette. Il ne porte ni pantalon ni de chaussures. Le coton ouaté qu'il portait est maintenant à l'envers et lui recouvre le visage.
Avant de quitter l'édifice, le gardien de sécurité lui demande si elle a besoin d'une assistance médicale, mais la femme refuse son offre.
La femme s'est rendue chez elle, a mis l'enfant au lit, avant d'appeler le lendemain le 911. Quinn était déjà mort.
L'autopsie a révélé que le garçonnet est mort à la suite d'un traumatisme contondant après avoir reçu 40 coups à la tête et à la nuque. Il avait aussi des blessures secondaires au visage, au thorax et aux bras.
Nombreux facteurs accablants
Dans son jugement, la juge Judy Byrne, de la Cour supérieure de l'Ontario, explique que le meurtre du petit Quinn était brutal, cruel et insensé.
La violence de cette agression dépasse l’entendement, il s’agit d’un déchaînement de violence d’une sauvagerie inexplicable contre un enfant sans défense, un élément dont le poids est considérable en tant que circonstance aggravante, déclare-t-elle.
Les blessures à la main et aux bras de l'enfant montrent qu'il s'est défendu de façon instinctive.
Je ne peux qu’imaginer la douleur, la terreur et la confusion que Quinn a dû ressentir lorsqu’une personne qu’il connaissait et aimait s’en prenait à lui, poursuit-elle.
La magistrate souligne que l'enfant n'est pas mort sur le coup, parce qu'une caméra de surveillance de la CTT a capté la meurtrière avec l'enfant.

Yverson Belotte affirme que le combat n'est pas fini, puisqu'il envisage une poursuite au civil et demande à la province une enquête du coroner sur la mort de son fils.
Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau
L'enfant avait, cette fois, le visage découvert, avec le capuchon de son coton ouaté couvert de sang sur la tête.
On y voit le garçonnet bouger son bras vers le haut au moment où la femme soulève brièvement le capuchon. C'est la dernière fois que l'enfant a été vu en vie.
Voir un enfant souffrir de la sorte alors que le gardien de sécurité lui avait offert de l'aide est profondément exaspérant, ajoute la magistrate.
La juge affirme par ailleurs que Mme Cousins-Emily a tenté d'effacer toute trace de son crime en nettoyant la toilette des bureaux de la SAE, en faisant passer sa propre préservation avant celle de l’enfant sans défense dont elle avait la garde.

Yverson Belotte porte fièrement à la boutonnière de son veston un macaron à l'effigie de son fils Quinn.
Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau
Elle retient quelques facteurs atténuants, comme le fait que la meurtrière a eu une enfance malheureuse.
Le rapport présententiel indique qu'elle a été retirée à sa mère à l'âge de 20 mois pour être remise à son père jusqu'à l'âge de 14 ans avant de lui être enlevée pour le comportement violent de l'individu.
Shardanae Cousins-Emily est par ailleurs tombée enceinte après avoir atteint sa majorité. Son environnement est devenu encore plus instable à cause de sa santé mentale et d'une dépendance aux drogues.
Elle aura un autre enfant après le premier, mais ils seront saisis par la Société d'aide à l'enfance à un très jeune âge.
Mme Cousins-Emily s’était vu confier la garde du petit Quinn; au cours de cette période, elle l’a battu à mort. La loi est claire : lorsque des sévices sont infligés à un enfant, les principes de dissuasion et de dénonciation doivent prévaloir en matière de détermination de la peine, comme c'est le cas ici, mentionne néanmoins la magistrate.
Questions toujours en suspens
C'est une victoire sur toute la ligne pour la Couronne qui avait réclamé une peine de 18 ans ferme. La position des procureurs est fondée et justifiée, conclut la juge en notant que la meurtrière n'a exprimé aucun remords.
La défense avait plutôt demandé une peine à perpétuité sans droit de libération conditionnelle avant 15 ans. Elle avait notamment expliqué que sa cliente n'avait aucun souvenir d'avoir battu l'enfant à cause de sa toxicomanie.
Visiblement émue par la lecture de son propre jugement, la magistrate a offert ses sincères condoléances aux parents de la victime qui étaient présents dans le prétoire.
À la sortie du tribunal, le père de la victime, Yverson Belotte, ne cachait pas sa satisfaction, même s'il dit qu'il ne pourra jamais voir son fils grandir à ses côtés.

La sentence de la juge Byrne a été rendue vendredi matin au palais de justice de Toronto.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Je suis heureux que justice ait été rendue et je remercie la juge, le jury et les médias et ma famille pour leur soutien, je vous en suis très reconnaissant, a-t-il déclaré.
Le meurtre du petit Quinn soulève néanmoins de nombreuses questions sur les employés de la Société d'aide à l'enfance qui, non seulement n'ont rien vu ce jour-là, mais ont autorisé la meurtrière à avoir la garde d'un enfant.
Yverson Belotte affirme d'ailleurs que cette sentence ne met pas fin à son combat pour obtenir des réparations et des explications sur la responsabilité de la protection à l'enfance dans la mort de son fils.
Il confirme qu'il a embauché des avocats pour s'assurer que les personnes en cause soient tenues responsables de leur inaction.
Personne ne l'a aidé, mis à part le gardien de sécurité. La mort de mon fils aurait pu être évitée, a-t-il poursuivi.
Je n'en ai pas fini avec la Société d'aide à l'enfance, a-t-il conclu en ajoutant qu'une enquête du coroner sur la mort de Quinn pourrait aussi être utile pour faire la lumière sur toute cette tragédie.


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