La couverture vaccinale désigne la proportion d’une population ciblée ayant reçu le vaccin qui lui est recommandé, un indicateur clé pour mesurer la protection collective face aux virus saisonniers. Chaque automne, ce chiffre raconte une histoire qui se répète inlassablement : des millions de Français éligibles laissent filer leur rendez-vous avec l’aiguille, faute de temps, d’information ou tout simplement d’envie. Cette année pourtant, alors que le Covid-19 circule déjà activement sur le territoire, les autorités sanitaires ont choisi de bousculer les habitudes avec une stratégie misant sur la simplicité logistique. Reste une question qui mérite d’être posée : ce changement d’organisation suffira-t-il à combler un retard vaccinal qui se compte en millions de doses manquantes ?
À retenir
- Dès le 13 octobre, les personnes de 65 ans et plus et les publics à risque pourront recevoir le vaccin grippe et le vaccin Covid-19 lors de la même séance, un dans chaque bras
- ゥ La vaccination reste prise en charge à 100 % pour les publics ciblés, incluant le vaccin et l'acte d'injection
- ゥ Fin septembre, les indicateurs montraient déjà une nette reprise des pathologies respiratoires, avec une hausse de 22 % des passages aux urgences pour suspicion de Covid-19 en une semaine
Un retard vaccinal de 4,8 millions de doses face à l’objectif fixé par l’OMS
Le constat posé par Santé publique France ne laisse guère de place au doute : la couverture vaccinale contre la grippe reste nettement insuffisante en France, et ce malgré des campagnes répétées chaque année. Lors de la précédente saison, seulement 49,6 % des personnes à risque en métropole s’étaient fait vacciner contre la grippe, un chiffre qui peine à décoller depuis plusieurs années. Les personnes âgées, les publics vulnérables et même les professionnels de santé, pourtant en première ligne, affichent des taux de protection jugés trop bas par les autorités sanitaires. Cet écart, mesuré par rapport aux recommandations internationales de l’Organisation mondiale de la santé, représente aujourd’hui un manque estimé à 4,8 millions de vaccinations. Un chiffre qui donne le vertige et qui explique, en partie, pourquoi la grippe et le Covid-19 continuent de peser lourdement sur le système de soins à chaque rentrée.
Une double injection le même jour pour gagner du temps dès le 13 octobre
Face à ce retard persistant, la campagne 2026-2027 mise sur une simplification bienvenue. Dès le 13 octobre, les vaccins contre le Covid-19 et contre la grippe pourront être injectés lors de la même visite, un dans chaque bras, pour les personnes de 65 ans et plus ainsi que pour les publics à risque. Fini donc les deux rendez-vous séparés chez le médecin ou le pharmacien : une seule séance peut désormais suffire à cocher les deux cases. Côté vaccins antigrippaux, cinq options sont proposées cette saison, dont deux réservées spécifiquement aux personnes de 65 ans et plus, Efluelda et Fluad. Aucun vaccin antigrippal à ARNm ne figure parmi les choix disponibles cette année. Pour le Covid-19, c’est la formulation Comirnaty ciblant le sous-lignage XFG d’Omicron qui sera distribuée, aux côtés de Nuvaxovid XFG et du nouveau venu, mNEXSPIKE. Sont notamment concernés par cette double vaccination :
- Les personnes âgées de 65 ans et plus
- Les femmes enceintes
- Les personnes immunodéprimées ou souffrant de certaines comorbidités
- Les personnes présentant une obésité sévère avec un IMC supérieur ou égal à 40 kg/m²
- Les résidents d’établissements médico-sociaux
- Les professionnels de santé et les personnes en contact régulier avec des publics vulnérables
Bonne nouvelle pour le portefeuille : la vaccination reste prise en charge à 100 % pour ces publics ciblés, le bon de l’Assurance maladie couvrant à la fois le vaccin et l’acte d’injection.
Une circulation virale déjà active qui renforce l’urgence de la vaccination
Si la campagne débute le 13 octobre, les virus, eux, n’ont visiblement pas attendu le coup d’envoi officiel. Fin septembre, les indicateurs de Santé publique France montraient déjà une nette reprise des pathologies respiratoires dans toutes les classes d’âge. Aux urgences, les passages pour suspicion de Covid-19 ont bondi de 22 % en une semaine, soit plus de 114 passages supplémentaires. Du côté de SOS Médecins, les consultations pour suspicion de Covid-19 ont progressé de 19 %, avec 173 actes en plus, tandis que celles pour grippe ou syndrome grippal chez les adultes ont grimpé de 26 %, soit 719 actes supplémentaires. La Meuse et la Lozère figurent parmi les territoires les plus touchés. Selon l’épidémiologiste Antoine Flahault, cette vague aurait démarré dès la mi-août et pourrait se poursuivre jusqu’en décembre, un phénomène observé également en Europe, aux États-Unis, au Canada et en Asie. La surveillance des eaux usées, menée sur 54 stations de traitement, confirme elle aussi cette tendance à la hausse. Autant dire que la rentrée, entre écoles, bureaux et transports bondés, a fait son œuvre bien avant l’ouverture des créneaux de vaccination.
Ce que cette campagne express révèle des limites de la prévention vaccinale en France
Au-delà de l’aspect pratique, cette double injection en une seule visite interroge plus largement sur les freins à la vaccination en France. Simplifier l’accès semble être la voie choisie par les autorités pour toucher des populations fragiles qui, année après année, passent entre les mailles du filet. Cette édition marque d’ailleurs une étape supplémentaire avec le déploiement progressif de l’obligation vaccinale contre la grippe pour certains professionnels, signe que la simple recommandation ne suffit plus toujours à convaincre. Reste que le chemin est encore long : un objectif manqué de 4,8 millions de doses ne se rattrape pas en une seule saison, aussi bien organisée soit-elle. Les prochaines campagnes, grippe comme Covid-19, devront sans doute continuer d’innover pour transformer la bonne volonté en gestes concrets, surtout face à des virus qui, eux, ne prennent jamais vraiment de pause.
Entre simplification logistique et circulation virale déjà bien installée, cette campagne 2026-2027 ressemble à un pari sur le temps gagné. Un bras pour la grippe, un bras pour le Covid-19, et peut-être, enfin, un peu moins de rendez-vous manqués dans les salles d’attente.


3 hour_ago
32



























.jpg)






French (CA)