Un bateau qui franchit 44,55 m de dénivelé en 4 minutes, sur une pente de 41 %, sans une seule écluse : cela existe en Moselle, à Saint-Louis, près d’Arzviller. Le plan incliné, installé sur le canal de la Marne au Rhin, fonctionne depuis le 27 janvier 1969. Il remplace 17 écluses et fait gagner une journée de navigation.
Avant 1969, la colline se franchissait écluse après écluse.
À retenir
- Le plan incliné d’Arzviller fonctionne depuis le 27 janvier 1969 et remplace 17 écluses.
- Un bac rempli de 730 000 litres d’eau gravit 44,55 m en 4 minutes de montée.
- Deux contrepoids de 450 tonnes chacun équilibrent le système grâce à 14 câbles d’acier.
- Plus de 8 500 bateaux de plaisance l’empruntent chaque année.
Sommaire
Une vallée, 17 écluses et une journée perdue
Dans la vallée du Teigelbach, ces 17 écluses se succédaient sur 4 km, soit une tous les 235 mètres environ. Pour les péniches commerciales qui reliaient Strasbourg à Paris, la traversée de la série représentait une journée de navigation entière.
Le dossier de presse publié par VNF pour les 50 ans de l’ouvrage rappelle que le plan incliné devait économiser cette journée, mais aussi augmenter la capacité de transport et la sécurité de la navigation. La conception démarre en 1962. Près de 700 ouvriers travaillent ensuite pendant 4 ans sur le chantier.
Le 27 janvier 1969, la péniche « Jeanne d’Arc » réalise la première descente. Le canal n’a plus besoin de son escalier d’écluses.
Un bac de 730 m³ d’eau qui roule sur rails
À l’aval, le canal conduit jusqu’au bac, une sorte d’ascenseur rempli d’eau et fermé par des portes mobiles. Le bateau y entre, puis il est hissé en douceur jusqu’au canal amont, situé 44,55 m plus haut. Le bac prend la forme d’un chariot en acier de 41,5 m de long, 5,5 m de large et 3,20 m de profondeur, qui contient 730 m³ d’eau, soit 730 000 litres. Il parcourt 108,6 m à l’horizontale, à peu près la longueur d’un terrain de football, pour gagner toute cette hauteur.
Le secret tient dans l’équilibre. Deux contrepoids en béton de 450 tonnes chacun, donc 900 tonnes au total (le poids d’environ 900 voitures compactes), sont reliés au bac par 14 câbles d’acier de 27 mm. Deux tambours de 22 tonnes interviennent dans le dispositif. Selon VNF, la montée s’effectue grâce au poids de l’eau et à ces contrepoids.
Rapportée à la géométrie, la pente de 41 % signifie 41 m gagnés pour 100 m parcourus, soit quatre fois une descente routière à 10 %. Les 44,55 m de dénivelé équivalent à un immeuble d’une quinzaine d’étages. Le bateau les avale sans que personne ait à manœuvrer la moindre vanne d’écluse.
Entre l’entrée et la sortie du bateau, 20 minutes s’écoulent.
La montée proprement dite n’en occupe que 4. Le reste du temps sert à entrer dans le bac, à refermer les portes et à ressortir par l’autre extrémité. Face à la journée d’autrefois, le gain reste considérable : on passe d’une série de 17 ouvrages à une seule manœuvre, qui se déroule en moins d’une demi-heure.
Un des trois ascenseurs de ce type en Europe
Le plan incliné d’Arzviller n’a que deux équivalents sur le continent : Krasnoïarsk, en Russie, et Ronquières, en Belgique. Mais il se distingue par sa construction, puisqu’il est le seul de type transversal. Selon le Cerema, les deux autres ouvrages sont de type longitudinal.
La fréquentation donne la mesure de son attrait. Plus de 8 500 bateaux de plaisance l’empruntent chaque année, et l’ouvrage accueille 75 000 visiteurs par an, soit environ 205 personnes par jour en moyenne.
L’ouvrage a pourtant été imaginé pour des péniches de fret. Aujourd’hui, VNF le décrit comme une porte d’entrée privilégiée du réseau fluvial français pour les plaisanciers allemands et néerlandais. Le Cerema note que depuis 1969, la baisse du transport fluvial de marchandises a été en partie compensée par le trafic touristique.


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