Le 14 septembre 1962, l’équipe restée en surface annonce à Michel Siffre que l’expérience est terminée. Le spéléologue de 23 ans pense être le 20 août. Il lui manque 25 jours, perdus dans le noir, sans montre, sur un glacier souterrain.
Personne ne lui avait glissé de fausses informations.
Spéléologue et géologue, il était descendu seul le 16 juillet 1962 dans le gouffre de Scarasson. Son idée tenait en une phrase : étudier son propre rythme veille-sommeil en l’absence de tout repère temporel. Il n’emportait ni montre ni horloge, et rien ne l’informait de l’heure, du jour ou de la nuit. L’expérience proprement dite commence le lendemain de la descente, et elle fonde ce qu’on appellera plus tard les expériences « hors du temps ».
À retenir
- Michel Siffre descend seul dans le gouffre de Scarasson le 16 juillet 1962.
- Son cycle veille-sommeil dure environ 24 h 30 sans aucun repère temporel.
- Il est remonté le 17 septembre, après avoir cru que nous étions le 20 août.
Sommaire
Un glacier souterrain, côté italien
Le gouffre de Scarasson se trouve dans le massif du Marguareis, sur la frontière franco-italienne, mais bien du côté italien : sur la commune de Briga Alta, dans le Piémont. Il domine La Brigue et Tende, deux villages français voisins, ce qui explique qu’on le croie souvent chez nous. La confusion est courante, la géographie ne laisse pourtant aucun doute.
Sa profondeur varie selon les récits. Dans son livre, Siffre parle d’environ 130 mètres, tandis que d’autres documents évoquent plutôt 100 mètres. Le glacier souterrain où il s’installe s’étend entre -100 et -130 m, ce qui réconcilie à peu près les deux versions.
Les conditions, elles, ne prêtent pas à discussion. La température y reste inférieure à zéro, l’humidité atteint environ 98 %, et la lumière du jour n’arrive jamais jusque-là. Des chutes de pierres ont régulièrement mis en danger le jeune homme, selon le récit qu’il publie en 1963. Sa seule compagnie sera une araignée.
Pourquoi ce glacier ? Un an plus tôt, Siffre cherchait de la glace dans le massif et avait découvert cette masse enfouie dans le Scarasson. La course à l’espace, qui opposait alors les États-Unis et l’URSS, a nourri sa réflexion sur l’isolement : vivre sous terre sans repères, c’était un peu s’entraîner à vivre loin de la Terre.
Une radio à sens unique
Siffre n’était pas coupé de tout, mais la communication ne fonctionnait que dans un sens. Il appelait la surface par radio pour signaler les grands moments de sa vie : réveil, repas, coucher. Ses correspondants enregistraient ces messages sans jamais lui donner la moindre information en retour. Une date de fin avait été fixée à l’avance, et il l’ignorait.
Aucun moyen de mesurer les durées, ni dehors ni dedans.
Ce dispositif a livré un résultat que Siffre n’avait pas forcément anticipé. Son cycle veille-sommeil durait environ 24 h 30, soit une demi-heure de plus que la journée solaire. Livré à lui-même, le corps humain ne s’arrête pas : il suit une horloge interne légèrement décalée par rapport au soleil. C’est cette découverte qui lui vaut d’être cité comme le premier à avoir démontré l’existence de l’horloge biologique humaine.
Reste le mystère des 25 jours. Un cycle de 24 h 30 ne suffit pas à l’expliquer, et c’est là que la perception du temps entre en jeu. Des récits de l’expérience rapportent par exemple qu’une tâche censée durer 2 minutes lui en demandait plus de 5. Le temps vécu s’étirait, les journées paraissaient plus courtes qu’elles n’étaient, et les semaines s’écoulaient sans qu’il les compte.
Pour lui, l’été s’attardait en août alors que septembre était déjà bien entamé.
Une remontée à dos d’homme
L’annonce de la fin intervient le 14 septembre, mais la remontée n’a lieu que le 17. Trois jours de décalage, qui expliquent que certains récits retiennent l’une ou l’autre date comme point final. Siffre sort du gouffre épuisé, à bout de forces. On lui pose de grosses lunettes opaques sur les yeux, pour lui éviter d’être aveuglé par la lumière du jour retrouvée.
Il est ensuite porté à dos d’homme jusqu’au camp de base. Un hélicoptère l’évacue alors vers Nice. Pour un homme de 23 ans qui venait de passer environ 2 mois sous terre, le retour à la normale commençait par une évacuation médicalisée.
Les expériences hors du temps de longue durée venaient de naître.
La suite a confirmé l’intérêt scientifique de l’épreuve. Siffre en tire un livre publié en 1963, Hors du temps, qui raconte la descente au Scarasson de l’intérieur. Il a ensuite renouvelé l’expérience sur invitation de la NASA. D’autres ont suivi ses traces, jusqu’à l’expérience « Deep Time » conduite par Christian Clot, qui a enfermé volontairement un groupe sous terre, loin de toute horloge.
Michel Siffre est mort le 24 août 2024, à 85 ans. Quant à la durée exacte de sa première descente, les récits donnent 60, 61 ou 63 jours selon qu’on compte à partir de la descente ou du début officiel de l’épreuve, et selon qu’on s’arrête à l’annonce ou à la remontée. D’où l’expression prudente que l’on retrouve partout : environ 2 mois.
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Sources : gallica.bnf.fr | mediatheques.strasbourg.eu


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